Il les aimait « bien carrossées »

Si pour la plupart d’entre nous un carrossier est un professionnel spécialisé dans la tôlerie automobile, qui répare les voitures accidentées, remet en état ce qui peut l’être par débosselage, planage, ponçage, remodelage, ou qui remplace les éléments trop endommagés d’une voiture, certains carrossiers sont des constructeurs, et parfois concepteurs de carrosseries pour véhicules automobiles. Il y en a eu de forts célèbres, l’un d’entre eux a sévi à Levallois.

Henri CHAPRON, une légende pour les connaisseurs

Henri CHAPRON est né en 1886 en Sologne, à Nouan-le-Fuzelier. A l’âge de 14 ans, alors apprenti sellier, il part sur son vélo, en tant que « compagnon du Tour de France ». Henri apprendra tous les métiers de la carrosserie, allant de ville en ville, de patron en patron.

Après la Première Guerre mondiale, (durant laquelle il a servi son pays) en décembre 1919, Henri ouvre son atelier de carrosserie à Neuilly-sur-Seine. Il construit lui-même son atelier avec ses économies.

Il rachète le surplus des Ford T, laissées par l’armée américaine, au Domaine après la Première Guerre mondiale pour les transformer d’abord en véhicules utilitaires, puis en voitures de tourisme. Le style CHAPRON prend forme. Son audace, sa créativité et son talent lui donnent un certain crédit auprès des constructeurs automobiles. Il travaille pour de grandes marques comme Hispano Suiza, Bugatti, Rolls-Royce… En 1923, il décide de s’agrandir et emménage à Levallois, au 114-116 rue Gravel (Aristide BRIAND).

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Henri CHAPRON

Coïncidence, ou signe du destin, la charpente métallique des ateliers dans lesquelles s’installe Henri CHAPRON a été réalisée par «  La Société de Construction de Levallois-Perret », ancienne société d’un autre génie : Gustave EIFFEL !

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Détail de la charpente métallique

Un succès sur les chapeaux de roues

Henri CHAPRON imagine, adapte, ajuste et crée à la demande de ses clients, de nouvelles lignes de carrosseries prestigieuses sur des voitures de grandes séries. L’innovation est le maître mot des commandes qui lui sont faites. A la fin des années 1920, avec DELAGE,PANHARD et LEVASSOR (nouvelle fenêtre)  entre autres, il conçoit des modèles considérés comme des œuvres d’art. En 1927, son affaire est prospère, et Henri CHAPRON emploie trois cent cinquante personnes, il arrive à sortir trois voitures par jour.

En 1928, il décroche la médaille de Vermeil du Concours d’élégance de Vichy, avec une limousine Unic 11 CV.

Il est présent chaque année lors de tous les grands salons automobiles, à Londres, Paris ou Genève.

Lors du salon de l’automobile de 1936, il présente un superbe cabriolet quatre places, carrossé sur DELAGE D8 120.

 Un changement d’activité forcé

Lors de l’occupation allemande de la région parisienne, les ateliers du carrossier sont réquisitionnés. Se refusant à licencier son personnel, Monsieur CHAPRON démarre une activité de fabrication de poêles à charbon. L’occupation ne va pas arrêter la production de la carrosserie CHAPRON pour autant. Les ouvriers sont moins nombreux, mais l’occupant impose des commandes : l’aménagement de certaines voitures en gazogène et la réparation du faible parc automobile permettent de conserver une activité à Levallois.

À l’issue du conflit, Henri CHAPRON est très fier d’avoir réussi à éviter à la totalité de ses ouvriers de partir au STO (service du travail obligatoire) en Allemagne.

L’après-guerre, un nouveau départ

Après la guerre, la crise économique pousse H. CHAPRON à dessiner des carrosseries plus compactes.

C’est lors du salon d’octobre 1950 que démarre la collaboration du carrossier de Levallois avec les émirs d’Arabie Saoudite. Il réalise pendant vingt-cinq ans de luxueuses Cadillac, véritables palais roulants.

Le Président René COTY lui commande une limousine décapotable de quatre places à partir du châssis de la Citroën Traction 15 Six-H à suspension hydropneumatique. Mise en service en octobre 1956, elle participera à de nombreux défilés et cérémonies du début de la Vème République.

Le carrossier de la République

Des ateliers CHAPRON sortent des prototypes de carrosseries pour DS. En 1958, la DS Prestige, puis le cabriolet Croisette font leur entrée dans le monde. Henri CHAPRON devient le carrossier officiel de l’Élysée.

Il carrosse la DS 19 (avec un toit surélevé) réalisée sur mesure pour le Général de Gaulle en raison de sa grande taille. Cette voiture est heureusement fiable, et c’est ce qui sauvera la vie au Général et son épouse, victimes d’un attentat au Petit-Clamart (nouvelle fenêtre) le 22 août 1962.

Cible de nombreuses balles, la voiture arrive à poursuivre sa course malgré un pneu avant-gauche et un pneu arrière-droit crevés. C’est un exploit, car les voitures de l’époque sont incapables de garder une tenue de route acceptable dans de telles conditions, elles partent aussitôt en tête-à-queue. Le chauffeur réussit à se dégager grâce à l’embrayage automatique. La DS a donc contribué à sauver le Général et son épouse ! C’est décidément une voiture à part.

Henri CHAPRON carrosse et assemble d’autres voitures pour l’Élysée, (mais aussi pour de nombreux autres clients fortunés, tel que le Roi du Maroc) notamment en 1969, la DS présidentielle immatriculée 1 PR 75. Cet exemplaire unique est pour l’époque le comble du luxe.

La fin d’une belle épopée

En 1974, la carrosserie CHAPRON ne compte plus que soixante-quatorze employés, l’entreprise rencontre des difficultés. En 1978, âgé de 92 ans, Monsieur CHAPRON décède. La carrosserie va survivre quelques années à son fondateur, jusqu’en 1985, mais l’âme de la carrosserie s’est envolée. Madame CHAPRON a repris la direction de l’entreprise, mais les temps ont changé. Les prix des prestations flambent et les clients ne sont plus au rendez-vous.

Françoise CHAPRON dépose le bilan de la carrosserie, et la liquidation judiciaire est prononcée.

Levallois Perret 1992 A Briand 114 - 116 bis

L’évocation du nom de CHAPRON fait encore frémir de plaisir et d’envie les amateurs de belles voitures. Il était le spécialiste avant l’heure de la « customisation », il savait répondre aux désirs et envies les plus folles de ses clients. Sa renommée a contribué à faire briller Levallois.

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« C21H22N2O2 », L’héroïne de nombreux romans policiers.

 

Nous avions envie de célébrer avec vous une découverte vieille de 200 ans. C’est en effet en 1818 que la molécule de la strychnine a été isolée.  Les effets liés à son absorption font de cette substance un poison et un remède. Cette découverte , nous la devons à deux pharmaco-chimistes  : Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou.

La strychnine, qu’est-ce donc ?

Sous ce nom compliqué se cache un alcaloïde très toxique. A très faible concentration, il est utilisé en pharmacie pour ses propriétés stimulantes (du système digestif, et du système nerveux central), mais il est aussi un poison très puissant. Son effet est foudroyant, quelques milligrammes suffisent à entrainer la mort.

Vous seriez surpris d’apprendre que certains d’entre nous en consommons. En effet, il est aujourd’hui connu en homéopathie sous le nom de « nux vomica » car il provient des fruits du vomiquier :  la noix vomique, nux vomica, ou encore « noix qui font vomir ». Ses fruits sont ronds, et leurs couleurs varient du vert à l’orange.

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Strychnos nux vomica : arbre à feuillage persistant originaire d’Asie du sud est
Les chimistes Pelletier et Caventou parviennent en 1818 à en extraire la molécule presque pure. Pour l’époque, nous pouvons parler d’un exploit.

Un chimiste de talent

Joseph Pelletier est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Fils d’un maitre en pharmacie, et petit fils d’un maitre-apothicaire, il a travaillé dès l’âge de 12 ans dans l’officine de sa mère.

Après être entré à l’école de pharmacie de Paris, il obtient différents prix : premier prix de chimie à la fin de sa première année, prix de Botanique et d’Histoire naturelle…

Rapidement, il se lance dans l’étude de diverses résines, gommes et substances colorantes. Il est  précurseurs dans l’étude du pigment des feuilles vertes, qui s’appelle aujourd’hui, grâce à lui, chlorophylle.

Il poursuit ses recherches avec Joseph Caventou, et ils découvrent la strychnine en 1818,  la quinine en 1820. Il s’agit d’un autre alcaloïde naturel, antipyrétique ( lutte contre la fièvre), analgésique et antipaludique. Ils n’en retirent aucun bénéfice financier, car ils décident de rendre publique leur découverte . Cela vaudra à Pelletier le titre  de bienfaiteur de l’humanité.

A l’école de pharmacie de Paris, il obtient une chaire de professeur d’histoire naturelle, et en devient par la suite, le directeur adjoint. Il est également nommé membre de l’Académie royale de médecine, et officier de la Légion d’Honneur.

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Une industrie pharmaceutique à Levallois

En 1821, Joseph Pelletier acquiert des terres, une maison et ses dépendances dans le hameau de la Planchette. Il vient y habiter, et y crée une fabrique de produits chimiques, qui est l’une des premières industries du Village Levallois,  la quinine y est fabriquée, et commercialisée. Pelletier est un des premiers créateurs d’une industrie pharmaceutique en France. La Planchette est un petit hameau qui cette année là comptait 27 habitants, vraisemblablement les ouvriers de Pelletier.

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Publicité pour les capsules de Quinine parue dans « Le Monde Illustré » du 10/06/1899

Joseph Pelletier meurt en 1842, et c’est l’un de ses élèves qui reprend la fabrique jusqu’en 1850, date à laquelle cette activité pharmaceutique à Levallois s’arrête.

La fabrique se situerai aujourd’hui à l’emplacement de la crèche « La planchette » et du siège social de « Plastic Omnium ».

La strychnine,  héroïne malgré elle

La strychnine est un poison extrêmement violent. En général, elle est utilisé dans la lutte contre les corbeaux, les petits rongeurs…

C’est aussi un stimulant du système nerveux central. Elle accroît le goût, l’odorat et la vue. A dose moyenne elle augmente l’amplitude respiratoire.
C’est un poison incolore, inodore qui a une saveur amère. Il peut être ingéré, inhalé ou mixé à une solution et injecté par intraveineuse.

Un produit dopant

Nous avons vu que la strychnine augmente l’amplitude respiratoire. Au début du siècle des athlètes se dopaient à la strychnine. Citons quelques cas célèbres:

Le cas de Thomas Hicks champion olympique de marathon en 1904. Il reçoit une première dose d’1 mg alors qu’il ralentissait. Puis, la première dose ne faisant pas effet, il en reçoit une deuxième et gagne. A l’arrivée, il s’effondre. Une troisième dose aurait pu lui être fatale.

Il y a ensuite le cas Dorando Pietri. Aux jeux olympiques de 1908 à Londres, arrivé en tête, il s’effondre dans les derniers mètres du marathon devant 75000 spectateurs terrorisés. Il tombe cinq fois de suite et est relevé à chaque fois par les officiels jusqu’à l’arrivée. Il sera disqualifié pour « aides étrangères ». On l’aurait vu absorber des pastilles d’atropine et de strychnine. Il aurait pu mourir sans les massages cardiaques.

L’haltérophile Kirghiz Izzat Artykov est contrôlé positif à la strychnine aux Jeux de Rio en 2016

Un produit létal

L’ampleur de l’empoisonnement dépend de la quantité ingérée, inhalée…

L’empoisonneur de Lambeth, l’assassin à la strychnine de quatre prostituées, fut pendu en 1892.

Le guitariste de Blues Robert Johnson aurait été empoisonné en 1938, à la strychnine à l’aide d’une bouteille de whisky offerte par le tenancier d’un bar, jaloux de le voir tourner autour de sa femme.

Le bandit Gaspare Pisciotta (1924-1954) fut empoisonné en prison par la mafia ; de la strychnine fut versée dans son café.

Le neurochirurgien Thierry De Martel se suicide le 14 juin 1940 en absorbant de la strychnine alors que les troupes allemandes entrent à Paris. Désespéré, il écrit avant sa mort : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j’y resterai mort ou vivant.……. Adieu. Martel. »

Héroïne de romans policiers

Dans le tout premier romans d’Agatha Christie, intitulé « La mystérieuse affaire de Styles » et écrit en 1917, la strychnine est au cœur de l’intrigue

De nombreux auteurs ont utilisé cette substance.; pour faire disparaitre leurs personnages : G.Simenon (le chien jaune), H.G.Wells (l’homme invisible), Sir Arthur Conan Doyle (le signe des quatre), F.Thilliez (la mémoire fantôme)….

Si la strychnine a fait aussi ses pas au cinéma (Arsenic et vieilles dentelles, les dents de la mer…), on la retrouve dans une chanson de Nino Ferrer « le roi d’Angleterre »:

Madame Joséphine
Nourrit de strychnine
Toutes ses voisines
De l’étage en dessous

À Levallois, Eugène Morel crée la lecture publique pour tous !

Nous avions conclu notre précédent article « l’histoire de La Médiathèque de Levallois, 1ère partie-1873-1912» en citant le nom d’un des grands fondateurs de la lecture publique en France, celui d’Eugène Morel connu surtout dans le monde professionnel du livre pour avoir fortement influé sur l’évolution des bibliothèques françaises au XXème siècle.

Faire de la bibliothèque un lieu propice à la découverte, au savoir et à la distraction.

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Quand est inaugurée en 1898 la bibliothèque de l’hôtel de ville de Levallois, cela fait un peu plus de cinq ans qu’Eugène Morel vient de quitter son métier d’avocat pour devenir bibliothécaire au service de la Bibliothèque Nationale.

Bien que nouveau dans le métier, Morel va très vite porter un regard critique sur l’état de la Nationale et celui des bibliothèques en général qu’il qualifie alors de lieux poussiéreux, mal conçus pour le public et aux horaires inadaptés. À l’image des bibliothèques « librarians », qu’il visite lors d’un séjour dans les pays anglo-saxons, Morel préconise des mesures radicales en terme de services et de collections qu’il expose, dès 1908, dans un premier ouvrage intitulé : Bibliothèques, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans les deux mondes (1908-1909) puis dans un second en  1910 : La Librairie publique.

La modernisation des bibliothèques françaises selon Eugène Morel

Jugeant l’état des bibliothèques françaises déplorable et non adapté au public, avec comme fil conducteur le principe d’un accès au savoir pour tous,  Morel va définir son objectif de rénovation en trois axes : rénovation du lieu bibliothèque ;  classification des collections ; formation des bibliothécaires à cette évolution.

  1. L’espace : construire des bibliothèques libres d’accès, gratuites et bien visibles de l’extérieur. Y concevoir un aménagement intérieur clair et accueillant pour changer radicalement l’image de ces lieux. La bibliothèque doit être un lieu convivial et animé où tous les citoyens peuvent aussi venir se distraire.
  2. La composition des fonds : le fonds doit être divers et actualisé pour satisfaire le plus grand nombre de lecteurs. Un espace entièrement dédié aux périodiques doit être prévu (journaux, revues, gazettes…) et un autre à la jeunesse.

Les documents doivent être prêtés gratuitement, ce qui suppose de mettre en place un service de prêt pour tous types de documents par un système de classification simple et pratique afin que chacun puisse trouver et emprunter facilement un ou plusieurs documents. L’objectif est de permettre aux lecteurs d’acquérir de l’autonomie, dans la liberté de choix qui est la leur, pour trouver ce qu’ils cherchent ou découvrir de nouvelles disciplines.

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Il est donc impératif de tenir les collections à jour et disponibles.  Morel propose à cet effet un classement par matières et un système à trois chiffres selon la méthode mise en place aux États-Unis par Dewey . Un catalogue à destination du public dans lequel chaque titre est répertorié selon sa nature et son sujet va compléter cette démarche afin que tout lecteur puisse connaitre l’ensemble du fonds et se repérer facilement dans les rayons.

La formation des bibliothécaires : un aménagement et des techniques de classement et d’accueil nouveaux qui exigent une formation appropriée du personnel.

En ce début de XXe siècle, la seule véritable formation pour les bibliothécaires est celle de l’École des Chartes, fondée en 1821, que Morel considère beaucoup trop spécialisée, trop axée sur l’histoire médiévale et la paléographie, loin des attentes du public. Toujours conformément au modèle anglo-saxon, Morel souhaite former le bibliothécaire de demain. Il expose son projet de formation pour les bibliothécaires, dans La Librairie publique :

Il faut exciter sans cesse le public, le fournir de renseignements de toute sorte, chercher pour lui, non dans d’insipides catalogues, mais en place, les volumes ou documents les plus utiles, suivre l’actualité, dresser à chaque moment l’état des ressources de la librairie sur les sujets les plus divers : une guerre, des tarifs douaniers, une loi sociale, une invention nouvelle…

Une première approche de cet enseignement voit le jour en 1910 avec la création de la section des Bibliothèques modernes fondée à l’initiative de Morel avec l’appui de la toute jeune Association des bibliothécaires français ABF . C’est donc sous la forme d’un cycle de conférences que Morel  va proposer les premiers enseignements de cours de bibliothéconomie moderniste. Un cycle qui s’étalera sur quatre ans de 1910 à 1914. Une cinquième série de conférences avait été prévue pour l’année 1914-1915, mais n’eut finalement pas lieu, la France étant entrée en guerre début août 1914. Morel a semble-t-il tenté de reconduire le programme en 1915-1916, mais sans succès. La Grande Guerre a donc mis un terme définitif aux conférences sur les bibliothèques modernes. Elles sont aujourd’hui accessibles sur le site de l’ABF.


La bibliothèque de Levallois : le premier catalogue Dewey et la première section de lecture enfantine de France.

Il s’agit alors pour Morel de convaincre les municipalités de créer des espaces proposant des collections à destination de tous les publics ! Mais la plupart restent frileuses à ce nouveau  mode de fonctionnement.
En 1911,  la municipalité de Levallois-Perret a pourtant le projet de rénover et d’agrandir les locaux de sa bibliothèque municipale créee en 1898. Ayant eu connaissance des conférences de « bibliothèques modernes » d’un certain Eugène Morel, le Conseil municipal de Levallois eut l’idée de faire appel à lui en vue de ce réaménagement. C’est pour Morel l’occasion inespérée d’introduire et de mettre en pratique en France le modèle d’organisation anglo-saxonne, modèle jusqu’alors rejeté par les gens du métier.
En deux ans, Morel va procéder à des achats massifs de documents, reclasser l’ensemble du fonds en utilisant la classification décimale Dewey avec des indices à trois chiffres, constituer une section de lecture enfantine, introduire pour la première fois  un système de libre-accès aux documents et publier un catalogue de près de 700 pages avec une longue introduction qui est à la fois un manifeste et un manuel technique pour la bibliothèque publique moderne. Toute la problématique de la bibliothèque publique y est énoncée : locaux, collections, catalogues, horaires, prêt, publicité, gestion, autonomie du lecteur, accès libre au rayon. Morel espère démontrer que ce système est applicable en France dans toutes les bibliothèques.

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Le catalogue de Levallois fut rédigé en deux ans  de 1911 à 1913 et  a donc été le tout  premier essai en France de catalogue important et systématique appliqué à une bibliothèque populaire. Tiré en 2000 exemplaires, il fut presque aussitôt épuisé.  Ce n’est qu’en 1921 que celui-ci put être réédité, au lendemain de la Première Guerre mondiale.

La conséquence de la rédaction du catalogue et de la modernisation du lieu : les prêts et la fréquentation  furent rapidement doublés.

MERCI MONSIEUR MOREL !

Cet article n’est qu’un bref aperçu de l’œuvre de Morel qui retrace les grandes lignes de son immense influence pour innover, transformer les bibliothèques et le métier de bibliothécaire. Il insiste sur le fait que c’est d’abord à la bibliothèque de Levallois que cet homme précurseur a eu l’occasion et la liberté de développer et d’instaurer ses idées. Son action à Levallois demeure un tournant dans l’histoire de la bibliothèque publique en France.
En 1911, à Levallois, pour la première fois en France, une bibliothèque a été conçue et reconnue comme une institution formatrice et culturelle destinée à un public plus large.
Ce service n’a cessé d’être au cœur des préoccupations des générations de bibliothécaires qui se sont succédé à Levallois. S’il a, aujourd’hui, largement dépassé le cadre du simple prêt de documents, force est de constater que les défis et les idées révolutionnaires de Morel restent toujours d’actualité. Au cours des dernières décennies, La Médiathèque de Levallois contribue à la modernisation des bibliothèques suivant l’évolution et les nouveaux besoins de la société. Elle propose un accès à Internet, des ressources en ligne, du prêt de livres numériques et des animations pour la jeunesse autour du numérique et ce, dans un souci constant d’intérêt général, de service pour tous les usagers et de lien social.

Hommage à Monsieur Cinéma

Parcours, en images, de l’enfance levalloisienne de Pierre Tchernia.

Né à Paris en 1928 d’un père immigré russe et d’une mère française, Pierre Tchernia a grandi à Levallois.

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Détail d’une photo de classe à laquelle appartenait Pierre (croix blanche)

Enfant, Pierre a fréquenté l’école publique de garçons Anatole France située rue Danton. À cette époque, l’école n’est pas encore mixte. L’école des filles Anatole France se situe rue Marius Aufan.

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Grâce aux registres de recensement, ce document nous apprend que la famille a habité au 40 rue Danton. Sur celui de  1946, Pierre Tchernia (né Tscherniakoffsky) est déjà  étudiant. Il  vit seul avec sa mère depuis le décès de son père en 1943 à Levallois.

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Extrait du registre de recensement de 1946. Immeuble du 30 rue Danton

Très jeune, il a fréquenté la bibliothèque municipale sous le numéro d’inscrit 2000. Voici quelques images de la première bibliothèque municipale, créée au sein de l’Hôtel de Ville.

Observez une vue de la rue Henri Barbusse (anciennement rue du marché), avec la façade du cinéma « Le Magic », lieu où Pierre Tchernia a pu visionner ses premiers films. Son goût pour celui-ci ne le quittera jamais. Il l’a poussé à étudier à l’École Technique de Photographie et de Cinématographie, puis à l’Institut des Hautes Études  Cinématographique.

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Sur la seconde image, c’est à nouveau la façade du « Magic », mais cette fois, avec à l’affiche, le Viager, le premier film que Monsieur « Magic ciné » a réalisé en 1972.

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Pierre Tchernia nous a quitté le 08 octobre 2016.

Marcel Cerdan. Une légende « aux mains d’argile » est née il y a 100 ans !

À Levallois, le patronyme de Marcel Cerdan évoque une allée, une rue, un parking, et un Palais des Sports moderne situé près du Front-de-Seine (Il accueille depuis 1991 toutes les grandes manifestations sportives dont certaines sont retransmises à la télévision). Ce nom est avant tout celui d’une légende de la boxe. Les archivistes vous proposent de retracer sa carrière fulgurante.

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Marcel Cerdan « le bombardier marocain » 22 juillet 1916-28 octobre 1949

Marcel Cerdan naît le 22 juillet 1916 à Sidi Bel Abbès en Algérie. En 1922, la famille Cerdan s’établit au Maroc, à Casablanca. Le père de Marcel monte un café-bal. Dans sa salle de danse, il aménage un ring qui est destiné aux exhibitions de boxe de ses quatre fils. Marcel y effectue son premier combat de boxe à l’âge de huit ans. En guise de victoire, il remporte une paire d’espadrilles.

Il connait une forte attirance pour le ballon rond, il est d’ailleurs un ailier de talent. Il sera sélectionné aux cotés de Ben Barek dans la sélection du Maroc et affrontera l’équipe de France pendant la Guerre.

Son père est son manager. En 1933, celui-ci confie son destin sportif à Lucien Roupp. La même année, Marcel dispute son premier combat professionnel contre Gomez à Casablanca. Il n’a que seize ans. Il combat dans la catégorie des Mi-Moyens et il en ressort victorieux aux points. A partir de ce moment, il enchaine les combats sans jamais être battu.

L’homme, un boxeur de légende

En juillet 1937, à sa majorité (21 ans), Marcel Cerdan signe son contrat avec Lucien Roupp. Il quitte le Maroc pour la France, et s’installe à la Celle-Saint-Cloud au camp d’entraînement du Vélo Club de Levallois. Paul Ruinart, ancien pistard (coureur cycliste), en est le directeur.

Le jeune boxeur talentueux connait sa première défaite le 9 janvier 1939. Cet évènement survient au Albert Hall de Londres, contre Harry Craster par disqualification.

Marcel Cerdan effectue deux carrières : la première en Mi-Moyen (welterweight) et la seconde, en Moyen (middleweight) à partir de 1945. Son palmarès sportif est impressionnant. Il livre 123 combats avec 119 victoires dont 61 par KO.  Il enchaine les titres, 5 fois Champion de France, 4 fois Champion d’Europe, une fois Champion du Monde des poids moyens en 1948. Il est surnommé « le bombardier marocain » et « The B52 ».

En juillet 1946, il combat contre Williams à Rolland Garros, et malgré une fracture à la main droite, il remporte le match ! Il gagne ainsi son « passeport » pour les USA. 5 mois plus tard, il rencontre Abrams au Madison  à New York. Il gagne aux points et conquiert New York et l’Amérique.

Marcel Cerdan est aussi connu pour sa relation avec la célèbre chanteuse Édith Piaf. Inspirée par cette passion, « la môme » écrira un de ses grands succès l’Hymne à l’amour. De façon peut-être prémonitoire, elle l’interprétera pour la première fois en septembre 1949 à New York (il décédera en octobre). Ce bijou de la chanson française sera enregistré en 1950.

Malheureusement, Marcel Cerdan trouve la mort dans un accident d’avion aux Açores le 28 octobre 1949. Il a 33 ans. La France entière porte le deuil et la légende laisse place au mythe.

Rue Marcel Cerdan, à Levallois, un buste en bronze est dédié à la mémoire du boxeur. Il a été réalisé à partir d’une œuvre du sculpteur Lyle Barcey et a été inauguré le 14 novembre 2003. Cet hommage montre aussi l’attachement de la cité levalloisienne à la boxe.