Parti sans laisser d’adresse

Si vous êtes un fidèle de ce blog, vous savez que nombres de rues de Levallois ont changé de nom. Mais je suis loin de vous avoir tout dévoilé ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir quelques- unes des rues les plus longues, qui traversent notre ville de part en part, de Paris à la Seine, et qui ont changé d’identité.

Rue de Cormeille

C’est une rue que vous connaissez forcément…  Elle s’appelle d’abord rue de Cormeille, car elle a été ouverte sur les terrains de Claude de Cormeille vers 1851, et s’arrêtait au niveau de l’actuelle rue Paul-Vaillant-Couturier. Cette rue a été prolongée à deux reprises, et n’atteindra sa longueur définitive qu’après la Première Guerre mondiale.

En 1920, la municipalité de Louis Rouquier pense à la renommer rue Marius Aufan, mais les commerçants s’y opposent, et vont même jusqu’à adresser un courrier de protestation au Préfet de la Seine. Ils argumentent que cela les obligeraient à renouveler toutes les en-têtes de leurs imprimés. Cette rue changera finalement de nom 5 ans plus tard, mais ne prendra pas celui de Marius Aufan.

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Cette rue commerçante a abrité notamment : une manufacture de piano, une gendarmerie, des ateliers de construction automobile, trois blanchisseries, deux épiceries, un médecin, trois coiffeurs, la société industrielle des téléphones, l’ Alliance des travailleurs… et un marchand d’escargots ! Mais surtout, depuis 1937, le métro court dans ses entrailles, et trois stations en surgissent. Ils s’agit de la rue Anatole France (nouvelle fenêtre).

Rue de Courcelles

Faisons un grand saut en arrière dans l’histoire. Le château de la Planchette a été donné à Adrien de Courcelles par François Ier en 1528. L’ancien chemin de Courcelles, la rue de Courcelles (dans Paris) et la rue du faubourg Saint-Honoré seraient la trace du trajet reliant directement le domaine de la Planchette au Louvre.

C’est autour de 1845 que Nicolas Levallois entreprend le lotissement des terrains de Léon Noël, et les premières maisons du village sont construites à l’angle du chemin du Bois (actuelle rue Jean Jaurès) et du chemin de Courcelles.

C’est dans l’une d’elles que Nicolas Levallois installe son bureau pour y recevoir les futurs acquéreurs. Le village se développe rapidement le long du chemin de Courcelles.

Dès 1867, le premier conseil municipal de Levallois-Perret entreprend l’adaptation des rues à la circulation de lignes de tramway et leur viabilité. Un plan d’alignement de la rue de Courcelles porte sa largeur à 12 mètres. Il faut  « permettre aux voitures de circuler de chaque côté de la ligne de tramways ».  Les travaux de son élargissement débutent en 1869. L’égout de cette rue est le premier à provenir de la capitale.

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Après la Première Guerre mondiale, la popularité de Thomas Woodrow  WILSON – Président des États-Unis d’Amérique depuis 1913 –est immense. Levallois (comme  beaucoup de  communes en France) souhaite lui rendre hommage. La municipalité songe à attribuer ce nom à la rue de Courcelles pour que cesse la confusion d’avec la rue de Courcelles à Paris.

Malgré le fait que ce changement n’ai pas été bien accueilli, voir vécu péniblement car la plupart des hommes revenaient du front, le 1er avril 1919, la rue de Courcelles devint la rue du Président Wilson.

Depuis la fin du XIXème siècle cette rue est une des plus  animée de la Ville et le commerce y bat son plein. Vingt deux marchands de vins, six épiceries, quatre chapeliers, cinq médecins et deux pharmacies s’y côtoient. Vous avez besoin de chaussures ? Vous trouverez six marchands, vous avez besoin de vous faire couper les cheveux ? Vous aurez plus de choix route d’Asnières. En revanche, vous pouvez aller au  casino !

Route d’Asnières

Chemin de passage depuis ses origines, c’est le long de cette route que les premières industries s’établissent dans le futur « village Levallois », notamment grâce à l’apparition de la ligne de chemin de fer en 1837.

Dés 1845, le long de cette voie, un village se forme. Les immeubles d’habitation et les usines s’enchevêtrent dans cet environnement peu salubre.  Devant cette recrudescence d’industries insalubres à Levallois, les propriétaires riverains de cette rue craignent ne pas pouvoir construire d’immeubles de rapport*  « Condamnant en un mot cette portion de Levallois à rester constamment déshéritée de constructions ». Le développement rapide de cette cité a raison de cette crainte, malgré la poursuite de l’industrialisation du quartier.

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Le 22 mai 1885, Victor Hugo (nouvelle fenêtre), figure littéraire incontournable du XIX ème siècle, décède à Paris. Quelques jours seulement après cette disparition, le 9 juin, le Conseil municipal souhaite lui rendre hommage. Après débat sur le choix de la rue, le Conseil décide de rebaptiser la route d’Asnières du nom de l’illustre poète.

Je vous ai invité à vous faire couper les cheveux dans cette rue, car vous aurez le choix entre huit salons différents, en revanche moins de choix pour des chaussures ! Les marchands de vin sont là aussi très présents, on en dénombre dix-neuf.

*un immeuble de rapport est divisé en plusieurs logements, loués par un ou plusieurs propriétaires. Sa construction est le résultat d’une opération immobilière. Il est conçu comme un placement par le propriétaire. Ce type architectural s’est beaucoup étendu au XIXème siècle.

Rue des Arts

La rue des Arts marquait, jusqu’en 1867 (date de la création de notre commune), la limite entre Neuilly-sur-Seine et Clichy-la-Garenne.

En 1882, le lavoir « de la fontaine » ouvre ses portes au 57 de la rue des arts, presqu’à l’angle de l’actuelle rue Voltaire. Sa façade est alors richement décorée d’arabesques, surmontée d’une vasque en forme de coquille. Chaque lavandière dispose de plus d’un mètre pour laver son linge, et l’établissement offre 112 places. En 1885, cette rue voit l’inauguration d’un des deux premiers groupes scolaires construits à Levallois.

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Les habitants demandent en 1889 le prolongement de cette rue. En effet, jusqu’au début du XXème Siècle, la rue des Arts est interrompue par le champ de course, au niveau de l’actuelle rue Paul-Vaillant-Couturier. C’est à la disparition du champ de courses qu’elle est enfin prolongée, ainsi que les rues Danton et Baudin.

En 1914, se trouvent, entre autre, dans cette rue : quatre blanchisseries, dix marchands de vin, une laiterie, une savonnerie, un loueur de livres, un carrossier et un fabricant de pneumatiques, deux merceries, un groupe scolaire… Cet inventaire à la Prévert nous donne une indication sur l’animation de cette rue.

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Par une délibération du Conseil municipal du 30 juin 1925, la rue des Arts devient la rue Marius Aufan. (Maire de Levallois de 1904 à 1906)

À suivre…

Enjolras

Si pour certain le nom « Louise Michel » n’évoque qu’une rue de Levallois, ou une station de métro, il cache en réalité une grande dame née il y a 190 ans.  « Enjolras », surnommée aussi « la Vierge rouge », figure révolutionnaire et anarchiste de premier ordre dans l’imaginaire collectif, Louise Michel, femme de convictions, a vécu une existence mouvementée, parsemée de voyages forcés, de séjours en prison et d’une fin de vie levalloisienne.

Qui est-elle?

Clémence-Louise Michel, dite Louise Michel, est née le 29 mai 1830 à Vroncourt, en Haute-Marne. Elle voit le jour entre les murs du château où sa mère est femme de chambre. Il est probable que son père (déclaré inconnu) soit le fils des châtelains, que Louise considérera et appellera ses grands-parents. Louise_Michel_3_HD0001Cet environnement lui donne accès à une éducation qui l’aide à devenir institutrice, suite à l’obtention du brevet de capacité. Comme elle refuse de prêter serment à Napoléon III, ce qui est indispensable pour être institutrice, elle crée à 22 ans, une école libre dans un petit village de Haute-Marne, où elle enseigne pendant un an. Elle enseigne ensuite en Auvergne, puis en Normandie, avant d’atteindre Paris, où elle continue d’enseigner.

Louise dans « la Commune »

Arrivée dans la capitale, en parallèle de l’enseignement, elle y développe une importante activité littéraire et politique.

Louise entretient une correspondance assidue avec Victor Hugo, et lui adresse ses poèmes. Elle les signe sous le pseudonyme d’Enjolras qui est le nom du chef révolutionnaire dans Les misérables (nouvelle fenêtre), comme si elle s’identifiait à ce célèbre activiste de fiction.

Elle se lie avec plusieurs personnalités révolutionnaires blanquistes (nouvelle fenêtre) de Paris des années 1860, et œuvre pour l’émancipation des femmes.

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En 1871, Louise prend part activement aux évènements de la Commune de Paris (nouvelle fenêtre) en première ligne, comme en soutien. Elle participe aux batailles de Clamart, Issy-les-Moulineaux, Neuilly… Sur la barricade de Clignancourt, en mai, elle participe au combat de rue dans lequel elle tire ses derniers coups de feu. Louise se rend pour libérer sa mère qui est arrêtée à sa place.

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L’exil

Lors de son jugement, Louise demande à être exécutée, mais elle est condamnée au bannissement et à la déportation en Nouvelle Calédonie. Elle quitte la France le 10 août 1873, et arrive à destination après 4 mois de traversée. C’est au cours de ce voyage qu’elle fait la connaissance d’autres acteurs de la Commune, et qu’elle devient, à leur contact, anarchiste.

Elle commence à instruire les autochtones Kanaks, et prend leur défense lors de leur révolte de 1878. Louise obtient l’autorisation de reprendre son métier d’enseignante auprès des enfants de déportés, puis auprès de ceux des gardiens, et enfin, dans les écoles de filles. Elle instruit les Kanaks adultes le dimanche, en inventant une pédagogie adaptée à leurs concepts et leur expérience.

Retour en métropole sous surveillance

Graciée, Louise rentre en France au mois de novembre 1880. Elle est accueillie par la foule qui l’acclame. Louise reprend son activité d’infatigable militante, donne de nombreuses conférences, intervient dans diverses réunions politiques.

Une arrivée à Levallois, entrecoupée de nombreux séjours en prisons

Trois ans après son retour d’exil, Louise est condamnée à six ans de prison, assortis de dix années de surveillance de « haute police ». Elle est jugée pour incitation au pillage lors d’une manifestation , et affrontement avec les forces de l’ordre. Elle est finalement graciée quelques mois plus tard par Jules Grévy, Président de la République.

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Un fiacre vient la chercher dans la cour de la prison pour la conduire à Levallois, au 89 de la route d’Asnières (actuelle rue Victor Hugo), chez un certain Charles Moïse. Le journal la gazette de Neuilly et de Courbevoie du 24 janvier 1886 se fait l’écho de cette nouvelle, et lui souhaite un avenir apaisé, en espérant que « désormais , elle ne paiera plus de sa liberté, son dévouement au peuple ».

Elle reste  surveillée par la police sous le nom de code « femme Rochebrune », et son entourage aussi est épié. Les rapports d’information au Préfet de Police se succèdent. Chacun de ses faits et gestes est retranscrit, ce qui ne l’empêche pas de continuer à s’impliquer en politique, et de tenir des conférences. C’est lors d’un de ses exposés, en 1888 que Louise se fait tirer dessus, et reçoit une balle en pleine tête qui ne pourra être extraite.unnamed

Louise, qui a alors 60 ans, est à nouveau arrêtée en 1890. Après avoir tout cassé dans sa cellule, elle est libérée. Elle est confrontée à des difficultés financières, peine à payer son loyer, et contracte des dettes chez les commerçants de Levallois. L’agent de police n°13 rapporte que « Louise ne mange pas toujours à sa faim ». Ses amis organisent une collecte pour lui venir en aide. Elle peut compter sur le soutient d’un certain Georges Clémenceau (nouvelle fenêtre) , rencontré lorsqu’elle était institutrice à Montmartre, et lui Maire. Malgré leurs divergences politiques, ils entretenaient une amitié portée par une admiration réciproque.

Pendant les dix dernières années de sa vie, Louise Michel, devenue une grande figure révolutionnaire et anarchiste, multiplie les conférences à Paris et en province, accompagnées d’actions militantes et ce malgré sa fatigue. Toujours très surveillée par la police, elle est plusieurs fois arrêtée et emprisonnée.

Un enterrement empli de ferveur

Louise Michel, âgée de 75 ans, meurt le 09 janvier 1905 à Marseille au cours d’une conférence. Ses amis organisent ses funérailles, et le lieu de sa sépulture apparaît comme une évidence. En effet, Louise a rédigé son testament un an plus tôt, dans lequel elle demande à être enterrée aux cotés de sa mère, et à proximité de son ami Théophile Ferré (nouvelle fenêtre), probablement le grand amour de sa vie, au cimetière de Levallois.

Le 22 janvier, son inhumation déplace une très grande assistance. Les journalistes de l’époque parlent d’une foule immense qui accompagne, pendant quatre heures, le cercueil de la gare de Lyon à Levallois. D’importantes forces de police sont mobilisées par peur de débordements. Si Louis Lépine, Préfet de police de la Seine, interdit de chanter et d’arborer des drapeaux, le corbillard, tiré par deux chevaux, est recouvert d’une trentaine de couronnes, et d’un drap rouge et noir.

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Le Maire de Levallois, Marius Aufan accueille la dépouille au son d’une marche funèbre. Seules trente personnes entrent dans le cimetière pour assister à la descente de cercueil dans la tombe de la mère de Louise, Marie-Anne Michel.

Ironie de l’histoire, c’est ce même jour que le peuple russe se soulève à Saint Pétersbourg. Ce dimanche sera appelé « Dimanche rouge » , car sanglant, marque le début de la révolution russe de 1905.

En 1920, le Conseil Municipal de Levallois transforme la concession trentenaire en concession perpétuelle, afin « que l’amie des déshérités repose en paix ». Aujourd’hui, l’entretien de la sépulture est assurée par la Ville.

Louise Michel demeure une figure emblématique du mouvement anarchiste et du mouvement ouvrier (nouvelle fenêtre) en général.

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La Butte Montmartre avant 1873.
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À l’emplacement du point de départ du soulèvement parisien, la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est construite, en application d’une loi de 1873, pour expier les crimes des fédérés. Sa construction débute en 1875.

Où faire son marché au 19 ème ?

Depuis le 11 mai 2020, nous retrouvons le plaisir de faire nos emplettes au marché – car oui, ils ont ré-ouvert -, de retrouver nos commerçants favoris, de déambuler dans les allées et de se retrouver devant nos étals préférés. Les marchés constituent l’une des formes de commerce les plus anciennes, mais comment ont-ils évolué à Levallois au cours du 19 ème siècle ? Étaient-ils aussi nombreux ? Aussi bien achalandés ? Que pouvions-nous y trouver ?

Le plus ancien marché de Levallois

Le marché de la place Saint-Vincent-de-Paul est le plus ancien de notre commune. Il s’y est installé avant que Levallois ne prenne son autonomie (rappelons que l’autonomie de notre ville date de 1867). Dans les années 1870, plus de trois cents marchands prennent place avec leur étalage place Saint-Vincent-de-Paul, au cœur de la ville, deux fois par semaine, les mardis et vendredis. C’est un marché à ciel ouvert qui possède des urinoirs à chaque angle, et une fontaine en son centre. Elle assure la fraîcheur des étals et des produits, mais surtout elle facilite le nettoyage de la place une fois les ventes terminées et le marché fermé.

Lors du Conseil municipal du 25 février 1871, Jean-Baptiste Codur, Maire de l’époque, propose de faire évoluer le marché. En effet, l’hiver et les jours de pluie, la fréquentation du marché affiche une baisse significative, c’est pourquoi il propose l’édification d’un marché couvert. Pour amortir les frais de construction, il propose de fixer une journée de marché supplémentaire, le dimanche.

Cette idée ne fait pas l’unanimité, ses détracteurs estiment que les finances publiques ne sont pas assez solides pour financer un tel projet. Une commission des marchés est chargée de statuer sur la question, et son rapporteur  qui s’exprime devant le Conseil municipal du 8 décembre 1871, n’est autre que Gustave Eiffel !

Le Conseil adopte la proposition du Maire « afin de rendre plus facile l’alimentation de la population, notamment pour les classes laborieuses qui travaillent toute la semaine et qui pourront profiter de ce jour de repos pour acheter leurs provisions hebdomadaires ».

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Dés 1873, les premiers abris sont construits par Hamerel l’architecte voyer (nouvelle fenêtre)  de la Ville. La couverture de la cour centrale n’était pas prévue dans le projet, et la réception définitive des travaux a lieu le 5 novembre 1877.

Un an plus tard, la place Saint-Vincent-de-Paul change de nom, et prend celui, pas très original, mais judicieux, de place du Marché. Ce n’est qu’en 1946 que ce lieu prendra le nom de place Henri-Barbusse.

Il faut préciser qu’à l’époque, la Ville ne gère pas directement les marchés, mais assure leur tenue grâce à des concessions qui lui permettent de recevoir des droits de place. Les clauses et les conditions sont strictes. L’entretien des bâtiments, des voies et des plantations sont à la seule charge de la Ville, mais les éventuelles dégradations sont à la charge du concessionnaire. Toutes modifications de la part du concessionnaire doivent obtenir l’accord de l’Administration municipale.

Le renouvellement de concessionnaire de 1898 propose de nouvelles modifications du marché principal. La fontaine est enlevée, ainsi qu’une rangée d’arbres et deux petits bâtiments servant de réserve. La cour centrale est couverte à son tour, conformément aux plans et au cahier des charges dressés par l’architecte voyer Henry.

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Nous sommes loin du marché que nous connaissons aujourd’hui, car il a connu de nombreuses autres transformations au fil des décennies, et ce n’est pas fini, d’autres projets sont en lisse.

Le marché de la place Châteaudun

Le second marché, consacré aussi aux produits de bouche (ainsi qu’au fourrage, ou nourriture pour les animaux), est installé place Châteaudun qui est devenue place Jean-Zay en 1945. Contrairement à celui de la place Henri-Barbusse, ce marché n’a jamais été couvert.

En 1900, un emplacement de 4 mètres linéaire place Châteaudun coûtait au commerçant 0,60 francs par jour de marché, soit deux fois moins qu’un emplacement sur le marché principal.

Le matériel utile aux marchands leur est loué et fourni par le concessionnaire : tables, tréteaux, poteaux et bâches.

Alors que le marché principal se tient 3 fois par semaine, celui de la place Châteaudun a lieu les mercredi et samedi jusqu’à 15 heures.

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Statistiques des marchandises introduites sur les deux marchés pendant l’année 1901

Au 19 ème siècle, ces marchés se caractérisent par une abondance et une variété de produits provenant de l’ensemble de la France. Les marchés levalloisiens ont si bonne réputation pour la qualité des aliments que les habitants des communes voisines viennent s’y approvisionner.

Comment on s’est échappé au fil du temps

Le dé-confinement sonne le retour à une certaine liberté, une liberté de mouvements à laquelle beaucoup aspirent. Aujourd’hui, cela parait simple de se déplacer (dans un rayon de 100 km), mais il n’en a pas toujours été ainsi. Les transports ont beaucoup évolué en un peu moins de deux siècles. Je vous propose un voyage (sans besoin d’attestation) dans le temps.

Des chevaux dans la ville

Au 19 ème siècle, deux types de transports urbains en commun se succèdent. Les omnibus, et les tramways.

Les omnibus

L’âge d’or des omnibus est le 19 ème siècle, lorsque les villes s’étendent, que la voirie s’améliore quelque peu. En France, ils naissent à Nantes au début du 19 ème siècle, grâce à un entrepreneur qui imagine un véhicule pour transporter ses employés entre les bureaux de l’entreprise et les entrepôts.

Les omnibus apparaissent ensuite dans les plus grandes villes de France (Paris en 1828, Lyon en 1837, Marseille en 1840…)

A Paris est fondé l’EGO – Entreprise Générale des Omnibus, qui obtient du préfet de police, l’autorisation d’exploiter une entreprise de « voitures destinées à transporter à bas prix les habitants de certains points de la ville à d’autres points également fixés et en suivant des itinéraires fixés par la ville », avec au plus cent voitures.

Ces omnibus sont tractés par trois chevaux et comptent 14 places assises. En 1853, apparaissent les voitures à impériales, ce qui augmente considérablement la capacité de transport des omnibus, 10 places supplémentaires sont ainsi disponibles.

En 1855 la Compagnie Générale des Omnibus, CGO, est créée par fusion de plusieurs compagnies de transports parisiens (dont l’EGO). Cette nouvelle compagnie est titulaire d’une concession exclusive sur le territoire de Paris. Un an plus tard, elle exploite 25 lignes régulières, portant chacune une lettre de l’alphabet.

A Levallois, dès 1869 (soit deux ans après la création de la ville), le Maire Paul Caillard demande à la CGO le prolongement de la ligne Panthéon-Courcelles jusqu’au centre de Levallois. Un refus est essuyé, une alternative est proposée, mais aucun compromis n’est trouvé, alors en 1882 le projet est abandonné. Levallois a failli connaître l’omnibus, elle découvrira le tramway !

Les tramways

Les premiers tramways apparaissent aux Etats-Unis à la première moitié du 19 ème siècle, et s’ils sont guidés par un rail, ils sont, eux aussi, tractés par la force animale.

Le premier tramway à circuler en France est construit dans le département de la Loire, et est mis en service en 1838. En 1853, en prévision de l’exposition universelle de 1855, une ligne d’essai est présentée dans le 8e arrondissement de Paris, et lors de l’exposition de 1867, une desserte est effectuée par des tramways à traction hippomobile et il est surnommé « chemin-de-fer américain ».

Le tramway se développe alors dans de nombreuses villes d’Europe (Londres, Berlin, Paris, Milan, etc.). Plus rapides et confortables que les omnibus, les tramways ont un coût d’exploitation élevé du fait de la traction animale. C’est pourquoi la traction mécanique est rapidement développée : à vapeur dès 1873, à air comprimé, et à eau surchauffée dès 1878, puis tramways électriques à partir de 1881. Le développement de l’alimentation électrique, complexifié par l’interdiction des lignes aériennes dans certaines grandes villes, ne prend une véritable ampleur qu’à partir de 1895 à Paris et en région parisienne.

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Levallois est traversée par deux lignes de tramways en 1875. La première relie Madeleine à Levallois, la seconde a le même point de départ et rejoint Bineau. Une troisième ligne est mise en service en 1891, reliant Asnières au boulevard Haussmann, avec un arrêt à Levallois. A cette époque, les tramways sont encore hippomobiles, et ne seront réformés qu’en 1913, avec l’avènement du métro.

Le métro

La spécificité du métro, et des trains, c’est qu’ils sont en site propre. C’est à dire qu’aucun autre véhicule ne peut circuler là ou circule le métro (ou le train), contrairement aux omnibus et tramways qui roulent dans les rues, au milieu de la circulation.

Si la première ligne de métro voit le jour en 1863, c’est à Londres que ce nouveau moyen de transport apparaît.

La perspective de l’exposition universelle de Pars de 1900, entraîne la décision, en 1895, de mettre en œuvre un réseau de transport en commun, souterrain et électrique. La première ligne de métro parisien est donc ouverte le 9 juillet 1900, et relie la porte Maillot à Vincennes. C’est un franc succès, et cela entraîne rapidement la mise en œuvre d’un réseau de plus en plus vaste. D’abord limité à Paris intra-muros, le réseau s’étend à a banlieue à partir de 1934, mais n’arrive toujours pas à Levallois.

En effet, depuis 1927 toutes les demandes de la municipalité pour obtenir le prolongement de certaines lignes sont rejetées. c’est sans compter sur la ténacité de Louis Rouqier, Maire de l’époque, qui a de grandes ambitions pour sa ville. Finalement, son projet de prolongement de la ligne n°3, dont le terminus est la porte de Champerret, est retenu par le Conseil de la Seine.

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Inauguration des stations de métro prolongeant la ligne 3

Après plusieurs tractations et quelques colères, les travaux débutent en 1934, et les trois stations que vous connaissez (Louise Michel, Anatole France et Pont de Levallois) sont inaugurées en 1937. Levallois est désormais idéalement relié à Paris !

Le train

Avant les tramways et le métro, un moyen de transport révolutionnaire est apparu : le train.

Alors que les chemins de fer se développent rapidement au début du 19 ème siècle, au Royaume-Uni, en Allemagne, ou encore en Belgique et en suisse, la France prend du retard à cause des guerres Napoléoniennes (la reconstruction monopolise de lourds investissements qui font défaut à la création des premières lignes). De plus, le pays dispose d’un réseau routier important, mais surtout d’un réseau de canaux et d’une batellerie particulièrement bien développés, le train ne parait donc pas si indispensable.

Le 24 août 1837 est le jour de l’inauguration de la première ligne de France destinée uniquement au transport de voyageurs, exploitée avec des locomotives à vapeur. C’est la ligne Paris-Saint-Germain-en-Laye, et elle passe par… Le futur village Levallois ! Elle relie Paris à Saint-Germains en 28 mn, au lieu de 2 heures en diligence.

Cette voie ferrée sert en 1867 de délimitation administrative entre la ville de Clichy-La-Garenne et la toute nouvelle ville de Levallois-Perret.

Au départ, la gare ne connaît que peu de succès, mais en 1869, la gare de Clichy-Levallois est enfin devenue un lieu d’arrêt important.

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Deux ans plus tard, la gare est détruite en grande partie lors des combats de la Commune entre fédérés et versaillais. Elle est reconstruite de façon provisoire, en bois, et est peu engageante. Hélas, c’est un provisoire qui dure, car elle ne sera reconstruite qu’en 1902.

Une autre gare porte le nom de notre ville, et ce n’est pas une erreur. En 1854 la gare Courcelles-Levallois se situe sur la ligne Saint-Lazare-Auteuil.

Cette gare, même si elle n’est pas sur le territoire de notre ville, il y a de grandes chances que vous la connaissiez, car elle existe toujours. Elle est située place Pereire (Maréchal Juin) et se nomme aujourd’hui Pereire-Levallois (RER C).

Tout ces transports innovants qui apparaissent successivement, de façon rapides ont connu quelques mésaventures. La gare de Clichy-Levallois a été le théâtre d’une catastrophe en février 1880. Un train est entré dans celui qui le précédait par une fin de journée dans le brouillard. Déraillement, wagons broyés, de nombreux morts et blessés et des voyageurs sous le choc, mais qui s’organisent avec des levalloisiens pour porter de l’aide en attendant les secours. Une commission d’enquête est formée pour comprendre les circonstances de ce drame, et en tirer les conséquences. Ne doutons pas que cette catastrophe aura aidé à l’émergence de nouvelles normes de sécurité.

 

Un bon alibi qui aurait pu coûter cher il fut un temps !

Dès le début du confinement, certains se sont frotté les mains, se sont réjoui d’avoir un chien qui allait servir d’alibi pour multiplier les promenades. Cela a même donné lieu à de nombreuses blagues sur le Net.toutou

Pourtant, il fut un temps où il valait mieux être un peu discret lorsque l’on était propriétaire d’un chien ! En effet, il n’y a pas si longtemps que cela, existait en France une taxe sur les chiens… Cette taxe établie en 1855, a été supprimée en 1971.

Réguler la population canine

En 1852, le Conseil départemental de la Seine, dont dépend le village Levallois, émet un avis demandant la création d’une taxe sur les chiens. Cette demande est renouvelée deux ans plus tard, en argumentant: « cette taxe est le seul moyen de prévenir l’accroissement incessant de l’espèce canine et les nombreux accidents dont elle est chaque année la cause… On arrivera plus sûrement que par tout autre moyen à la réduction de ces animaux, qui absorbent aujourd’hui, en France, une quantité considérable de substances alimentaires qui pourraient être employées à la nourriture d’animaux plus utiles ».

Cette demande est entendue au plus haut niveau, et le gouvernement de Napoléon III décide la création de cette nouvelle taxe, grâce à une loi votée en mai 1855. Cette taxe est acquise au profit exclusif des communes.

Lors de sa séance de décembre 1858, la commission départementale de la Seine constate qu’en trois ans, le nombre de chiens a diminué de moitié. Elle rappelle que le but de cette taxe est de « diminuer, au moyen de la destruction des chiens errants et dangereux, les cas d’hydrophobie [la rage] ». Les cas de rage sont très fréquents à cette époque, et rappelons que le vaccin antirabique n’existe pas encore, il ne sera mis au point par Louis Pasteur qu’en 1885.

Chien enragé en ville

En 1886, le journal La Gazette de Neuilly et de Courbevoie rapporte qu’à Levallois, une femme et un enfant ont été mordus par un chien enragé. Ce dernier a été poursuivi et abattu par un agent de police. Après enquête, d’autres animaux et d’autres personnes auraient été atteintes par la maladie. Elles sont envoyées au laboratoire de Louis Pasteur pour examens.

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En août 1913, un cas de rage est à nouveau signalé à Levallois. Hippolyte Lesage, Maire de l’époque fait placarder sur tous les murs de la ville, un avis à la population qui rappelle l’arrêté municipal de 1885. Ce dernier interdit de façon permanente la libre circulation des chiens sur le territoire de la commune. Mais comme le montrent les titres des articles parus dans la presse locale, cet arrêté est peu appliqué.

Une taxe annuelle

Les propriétaires de chiens doivent faire chaque année une déclaration en mairie, entre le 1er octobre et le 15 janvier. Seuls les chiens allaités par leur mère sont exonérés. Les tarifs varient selon les communes de 1 à 10 francs par animal (il s’agit du franc germinal). Les chiens sont répartis en deux catégories : les chiens d’agrément ou servant à la chasse (1ère catégorie) et les chiens servant à guider les aveugles, à garder les troupeaux ou les habitations (2e catégorie). L’objectif est donc de décourager la population à posséder un ou plusieurs chiens.

Si l’intérêt est financier, la raison avancée est principalement de santé publique, il s’agit de lutter contre les chiens errants et le fléau de la rage : après avoir payé une taxe pour son animal, autant bien s’en occuper et lui apporter tous les soins de santé indispensables.

Une taxe difficile à percevoir

Si au moment de l’instauration de la taxe, le nombre de chiens a considérablement chuté les premières années, ce sont les recettes de cette taxe qui vont par la suite s’effondrer.

En 1856, la Ville de Paris perçoit 413 810 francs, un an plus tard, les recettes chutent de 1 000 francs.

Pour Levallois, en 1912, la recette est de 17 897 francs pour 2 854 chiens déclarés. Toutefois, comme le paiement de la taxe dépend des déclarations faites en mairie, les propriétaires de chiens oublient volontiers d’accomplir cette formalité, et de ce fait, le recouvrement est compliqué. Des mesures sont rapidement prises. En 1888, le contrôleur des contributions directes demande au Conseil municipal d’opérer un recensement exhaustif des individus passibles de la taxe. Le Conseil municipal accède à sa demande.

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Pas d’attestation de déplacement dérogatoire, mais une médaille !

Afin d’empêcher les égarements des chiens errants sur le territoire de la commune, le Conseil municipal décide en 1922, la création d’une médaille. Tous les chiens devront la porter à leur collier afin de prouver qu’ils ont été déclarés au service des contributions.
Ce n’est pas pour répondre à une coquetterie si ces médailles sont de deux couleurs différentes. La couleur dépend de la catégorie du chien, selon qu’il s’agit d’un chien de garde, ou d’un chien de luxe. Elle est remise gracieusement aux propriétaires lors de leur déclaration en mairie.

 

Au fil des ans, le rendement de cette taxe sur les chiens est de plus en plus faible, et sa perception de plus en plus difficile, les déclarations de plus en plus souvent « oubliées » et les contrôles inexistants.
Si la taxe est abrogée par la loi n°71-411 du 7 juin 1971 (ce qui n’est pas si éloigné de nous, mais certainement ignoré de beaucoup), son rétablissement a été évoqué au niveau national il y a quelques années, afin de lutter contre la prolifération des chiens dits dangereux, mais il n’y a pas eu de suite.
Les chiens ne sont plus taxés en France, en revanche, dans d’autres pays une telle taxe existe encore, comme en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas où la taxe est de 117 euros en moyenne par an.