Une spiritualité lumineuse et colorée

Sainte-Bernadette est l’une des trois églises de la paroisse catholique de Levallois-Perret qui compte également Saint-Justin et Sainte- Reine. Située au 3 rue Ernest Cognacq, elle célèbre cette année ses 60 ans d’existence.

Une histoire récente

 L’Église Sainte-Bernadette a été construite en 1959 dans le cadre des chantiers du Cardinal, créés en 1931 par le cardinal Verdier afin de répondre à trois défis : les lois de séparation des Églises et de l’État de 1905, la crise économique et sociale de 1929 et la croissance rapide de Paris et sa région due à une immigration massive.

En effet, l’Église de Saint-Justin ne peut plus accueillir tous les fidèles de Levallois. Ainsi des nouveaux lieux de culte sont nécessaires. L’Église Sainte-Reine est construite (en 1956) près de Clichy-la-Garenne. Il est donc nécessaire d’en créer une côté Neuilly. La paroisse de Levallois dispose de terrains à proximité de la place de la Libération et de la Compagnie Saint-Gobain.

À cette époque, Saint-Gobain connait un important développement et ses bureaux sont disséminés dans Paris. Elle cherche à regrouper en un lieu unique ses services. Le choix se porte sur des terrains de part et d’autre de la rue de Villiers.

La Compagnie Saint-Gobain propose à la paroisse un échange de terrains et le financement de la construction de l’Église située au 3 rue Ernest Cognacq.

Les plans de la future église sont dressés en 1958 par les architectes de Saint-Gobain, MM. Bonnin et Gardet. Leur choix se porte sur l’alliance du béton et du verre qui est la spécialité de leur entreprise. La première pierre est posée le 25 janvier 1959 par Mgr Guilhem, archidiacre de Paris.

L’église est consacrée le 15 novembre 1959 à Sainte-Bernadette, en souvenir du premier centenaire des apparitions de Lourdes.

Bernadette Soubirous

Née le 7 janvier 1844 au pied du château fort de Lourdes, Bernadette Soubirous connaît une enfance malheureuse. Pauvre, chétive et asthmatique à la suite d’une épidémie de choléra, elle est placée par ses parents en 1857 à Bartrès, petit village près de Lourdes. En janvier 1858, Bernadette est accueillie à l’Hospice de Lourdes dirigé par les sœurs de la Charité de Nevers pour y apprendre à lire et à écrire afin de préparer sa première communion.bernadette-soubirous-5

Du 11 février au 16 juillet 1858, la vierge lui apparaîtra à 18 reprises. Le sommet de toutes ces apparitions sera le jeudi 25 mars 1858, fête de l’Annonciation où la Vierge Marie se présentera à elle comme étant l’Immaculée Conception.

Après ses évènements, Bernadette doit se prêter à de nombreux interrogatoires, parfois pénibles, de la part des autorités ecclésiastiques et civiles. Chargée de « transmettre le message de la Vierge et non de le faire croire », elle résistera aux accusations multiples de ses contemporains.

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En 1860, elle est admise à Lourdes comme pensionnaire à l’hospice des Sœurs de la Charité, elle s’y montre simple, docile, pleine d’entrain et de gaieté. En 1866, elle prend l’habit dans la congrégation des Sœurs de la Charité et reçoit le nom de sœur Marie-Bernard. En octobre 1867, elle fait sa profession religieuse. Le 16 avril 1879, après avoir été alitée durant de longs mois, elle meurt à 35 ans, en murmurant : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheresse. »

Elle sera béatifiée le 14 juin 1925 puis canonisée le 8 décembre 1933.

Une architecture peu commune

L’Église, de plan longitudinal, est orientée au Sud. Elle est composée d’un seul vaisseau et son chevet est plat. La façade principale, quadrangulaire est percée d’une porte à laquelle on accède par une volée de marches. La façade est ornée de vitraux et flanquée d’un pylône monumental en béton en forme de croix, plus élevé que l’église. Le mur latéral sud est percé d’une porte et de vitraux, œuvre de  Max Ingrand sur toute sa longueur.

L’église est couverte d’une toiture en terrasse et elle ne dispose pas de cloche.

L’édifice comprend deux niveaux, la nef se situant au second. Actuellement, l’édifice comprend deux autels.

Le vitrail a longtemps eu une fonction pédagogique. Au Moyen-âge, la plus grande partie de la population ne sait ni lire ni écrire. Comment lui faire connaitre la bible ? Le pape Grégoire le Grand met en avant la fonction pédagogique de l’image qui se déploie dans les églises. Le vitrail pourrait se définir comme un ensemble de bandes dessinées.

Les vitraux de Max Ingrand

« Ouverture de lumière divine dans l’Église », le vitrail, en plus de sa fonction pédagogique mise en avant par le pape Grégoire le Grand au XIe siècle, s’inscrit dans le sacré de l’édifice.

Techniquement, c’est un ensemble de pièces de verres épaisses découpées en différentes formes et maintenues entre elles par un réseau de plombs appelé résille. Un grand maître verrier se reconnaît à l’effet de lumière créé.

Maurice Ernest Ingrand, dit Max Ingrand naît le 8 décembre 1908. Après des études secondaires à Chartres, il fréquente de 1925 à 1927 l’école nationale supérieure des Arts décoratifs et rencontre Paule Rouquié qu’il épouse en 1931.

Jusqu’en 1939, le couple collabore à la décoration du paquebot Normandie et réalise ensemble la décoration et les vitraux monumentaux de l’église Sainte-Agnès de Maisons-Alfort, église de style art Déco classée depuis Monument historique.

Leurs œuvres sont présentées dans le Pavillon de la Presse et la Pavillon Pontifical à l’Exposition des Arts et Techniques de 1937. Max Ingrand figure parmi les lauréats d’un projet de douze verrières pour Notre-Dame de Paris qui est alors présenté. En 1938, le couple réalise une œuvre exceptionnelle à Bruxelles dans l’hôtel du baron Empain.

Mobilisé en 1939 puis fait prisonnier et envoyé dans un oflag de Silésie, Max Ingrand y découvre son talent de peintre. Dès 1945, il reprend son travail de maître-verrier. Du fait de la guerre, des milliers de vitraux doivent être restaurés ou remplacés et son entreprise devient florissante.

Il est également l’un des principaux collaborateurs des Monuments historiques.

M.Ingrand réalise entre autres, les fontaines lumineuses du Rond-Point des Champs-Élysées et la fontaine de la place Victor-Hugo.

En 1956, il entreprend une verrière de 1046 m² pour habiller l’église d’Yvetot. Il accumule les chantiers de décoration : hall d’entrée de la RTF, immeuble Peugeot avenue de la Grande Armée à Paris, piscine du paquebot France, fontaines des Champs Elysées.

Il décède à l’hôpital de Neuilly à la suite d’une mauvaise grippe en aout 1969.

Le vitrail de Sainte-Bernadette joue avec le soleil, la lumière court sur toute sa longueur comme pour évoquer une certaine progression spirituelle. Il transforme ce lieu de culte en véritable kaléidoscope. Le vitrail est ponctué d’oiseaux stylisés, de nuages et d’étoiles.

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Article coécrit avec Xavier Theret

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Repas de fêtes à Levallois au début du XXème siècle.

Au début du XXème siècle comme aujourd’hui, il fallait bien remplir, non pas son frigo, mais ses placards, ou « se faire un p’tit resto ». Le mois de décembre est connu pour être le mois des repas festifs. Je vous invite à un retour dans le Levallois gourmand du début XXe siècle pour déguster un repas préparé, soit par vos commerçants préférés, soit par vos restaurateurs. Depuis toujours l’alimentation a joué un grand rôle à Levallois. Sur un plan économique, la ville, de par sa situation géographique par rapport à Paris est un lieu où se concentrent les usines alimentaires, les entrepôts de comestibles, les magasins  et les marchés.

Préparez vos papilles !

Une petite aide pour « faire soi-même ».

Si l’on n’envisage pas de se rendre au restaurant, ou de faire appel à un traiteur (si ! c’était possible à cette époque), une seule solution : faire soi-même, et donc cela implique de faire des courses.

Allez au marché !

En ce début de XXe siècle, il existe deux marchés où s’approvisionner en denrées alimentaires sur la ville. Le premier se situe à la place de l’actuel marché place Henri Barbusse. Il présente déjà l’avantage d’être couvert, et est ouvert 3 matinées par semaine.

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Le second marché, consacré aussi aux produits de bouche (ainsi qu’au fourrage, ou nourriture pour les animaux), est installé place Châteaudun (l’actuelle Place Jean-Zay). Ces marchés se caractérisent par une abondance et une variété de produits provenant de l’ensemble de la France. Les marchés levalloisiens ont si bonne réputation pour la qualité des aliments que les habitants des communes voisines viennent s’y approvisionner.

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Et si vous n’y avez pas trouvé votre bonheur…

Allez aux magasins !

Si de nos jours, le commerce de proximité est très présent sur la ville, il en était de même avant la Première Guerre mondiale. À l’évocation d’anciens magasins de type épicerie, le nom de Félix Potin revient inlassablement dans la mémoire collective. Mais il faut rappeler un destin similaire à Monsieur Potin : celui de Julien Damoy. Ce dernier naît en 1844 dans le département de l’Eure. Assez tôt, il anticipe l’envol de la consommation et le développement des magasins de détails. Julien DAMOY fonde une société en 1884 à Paris, boulevard de Sébastopol. Il révolutionne les habitudes, comme son concurrent Félix Potin, en assurant l’emballage de produits sous sa propre marque, et en disposant de ses propres usines –entrepôts et magasins. Il commercialise tous types d’articles comme le chocolat, le  fromage, la confiture… Et surtout, il organise un réseau de succursales partout en France.

À Levallois, la marque dispose d’une importante usine d’où sortent annuellement plus de 150 000 boîtes de légumes et de fruits. Les entrepôts levalloisiens ravitaillent Paris et sa région et occupent 90 employés et ouvriers.AC92044_1Fi1488

La seule trace de cette époque encore présente est l’immeuble à l’angle de la rue Henri Barbusse et de la rue Trébois. En 1905, l’architecte L. Meunier et l’entrepreneur E.Lavaud y construisent un immeuble, mitoyen à celui des établissements d’ A. Petit qui est sur la rue Trébois. Le rez-de-chaussée de ces deux immeubles abrite l’épicerie Damoy. En effet, il rachète les établissements A. Petit créés en 1887. L’intérêt architectural de ce bâtiment réside dans l’ornement de sculptures, guirlandes et chutes de fruits et fleurs. Les mosaïques indiquent la nature de produits vendus comme les vins fins, fruits, gibier … L’enseigne Julien Damoy ira jusqu’à implanter un pavillon à son nom à l’exposition coloniale internationale de Paris en 1931. Cette marque disparaît vers les années 1970.

Et si finalement, vous avez envie de vous faire servir…

Allez au restaurant ou faites appel à un traiteur !

Là encore, la ville disposait d’un grand nombre de cafés et restaurants. En 1904, selon l’annuaire, ils sont plus de 35. Certains ont une grande réputation auprès des Parisiens, notamment ceux situés sur l’Ile de la Grande Jatte, comme le Petit Poucet (qui existe toujours), le Moulin rouge ou l’Artilleur. Le cadre est idyllique pour le repas dominical en bordure de Seine.

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Par ailleurs, il existe l’un des tous premiers restaurants créé sur Levallois en 1862 (rappelons que Levallois n’existe que depuis 1867).  Il s’agit du « restaurant de Courcelles » situé au numéro 41 de la rue éponyme (actuelle rue du Président-Wilson).

restaurant Jehlen bisIl est fondé par A. Jehlen. Ce restaurant est dans la lignée des bistrots parisiens et offre une cuisine raffinée dite « bourgeoise » avec une cave recommandée.

Les affaires tournent si bien qu’un second restaurant est ouvert en 1908 rue de Gravel (rue Aristide-Briand). L’établissement présente l’avantage de disposer d’une salle de billard mais aussi d’une vaste salle pouvant accueillir  300 personnes pour organiser des noces et banquets. Ce restaurant devient le haut lieu de la vie levalloisienne avec la succession de banquets annuels et bals organisés tout au long de l’année.

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Mais il existait bien d’autres restaurants avec des spécialités selon l’origine géographique du restaurateur.

Pas envie de sortir ? Achetez vos petits fours à la Société Parisienne des Biscuits Millez, ou faites vous livrer à domicile. Christinet, situé à Paris place Pereire livre à domicile, et dans tout Levallois !

Pour les fêtes de fin d’année, au début du XX ème siècle, vous aviez l’embarras du choix !

 Article écrit avec les recherches de Xavier Theret

La magie des fêtes grâce à la fée électricité

Si aujourd’hui il suffit d’appuyer sur un bouton ou d’insérer une prise électrique pour avoir de la lumière, il n’en a pas toujours été de même. Lorsque nous avons besoin d’électricité, celle-ci semble être à disposition, inépuisable, presque là par enchantement, à tel point que l’on ne se pose pas vraiment de questions. L’électricité est venu éclairer les Levalloisiens en 1894, cela a été une véritable révolution, mais nous étions encore loin de pouvoir envisager, et même imaginer les illuminations qui apportent toute la féerie aux fêtes de fin d’année.

Petit saut dans l’Histoire

On peut estimer que nous devons à Louis XIV l’apparition de l’éclairage public en France que nous connaissons aujourd’hui. Auparavant l’éclairage des rues ne reposait que sur quelques chandelles que l’on recommandait de placer au premier étage des maisons bourgeoises. En 1667, lorsque Nicolas de la Reynie est nommé lieutenant général de la police, il décide de renforcer les mesures de sécurité et de surveillance policière. Il fait suspendre une lanterne à chaque coin et milieu de rue  de Paris. Cette date marque le début de la pose de lanternes d’éclairage public dans les rues de Paris. Cet usage se généralisa rapidement à toutes les villes de France. L’allumage des lampes se fait alors par des habitants désignés annuellement par les autorités, chacun dans son quartier, aux heures définies  (et un commis supplémentaire dans chaque quartier pour avertir de l’heure). L’éclairage public passe alors à la charge de l’État moyennant une redevance par habitant. L’éclairage public est né !

Une production bien utile mais encore archaïque

En 1785, les travaux des ingénieurs français Philippe Lebon (nouvelle fenêtre) et anglais William Murdoch(nouvelle fenêtre) contribuent à la découverte du gaz d’éclairage.

La fabrication et la consommation du gaz de houille augmente et l’éclairage public est progressivement assuré par becs de gaz(nouvelle fenêtre) en remplacement des lanternes à huile. Les particuliers, et surtout les propriétaires de magasins, recourent, en grand nombre, à ce nouveau système d’éclairage.

Dès 1867 (date de la création de notre commune) la ville est liée à  » La Compagnie Parisienne d’Eclairage et de Chauffage par le Gaz ».

L’éclairage urbain est assuré à la fois par le gaz, mais aussi dans certains quartiers par l’huile minérale. Ce dernier procédé ne satisfait pas les usagers et les industriels. En 1884 plusieurs courriers sont adressés au Maire afin qu’une amélioration soit rapidement apportée.

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Proposition de M. TOUZET, conseiller municipal pour remplacer les lampes à huile de l’éclairage urbain par des lampes à gaz. 23 Aout 1884.

En 1896, certains industriels continuent de se plaindre du peu d’éclairage fournit par les lampes à huile, alors que Levallois est majoritairement équipé de lampes à gaz, mais commence aussi à bénéficier d’équipements électriques. Cela peut paraitre paradoxale, car Levallois produit et fournit de l’électricité pour Paris depuis 1893. L’usine principale de production se situe à Levallois au 55-57 rue Greffülhe, à l’angle de la rue de Villiers et du quai Charles-Pasqua. Cette usine fournit le secteur des Champs-Elysées (il couvre la partie Ouest de Paris intra muros : l’Ouest des 8ème et 17ème arrondissement, et le 16ème en entier). En 1910 la Compagnie d’éclairage électrique du secteur des Champs-Elysées devient la plus importante de Paris. Le secteur compte alors 19 325 abonnés.

Une invention lumineuse

Inventée par Joseph Wilson Swan  (au Royaume-Uni), la première lampe à incandescence apparait en  1879, mais n’est toutefois que très peu exploitée à ses débuts. En effet, la technologie de ces lampes n’est pas encore au point. Ce n’est que grâce aux améliorations apportées par Thomas Edison(nouvelle fenêtre) que l’éclairage à l’électricité rivalise avec l’éclairage au gaz. Les lanternes électriques utilisant des lampes à incandescence remplacent peu à peu les lanternes au gaz. Les dernières lanternes au gaz disparaissent en France au milieu des années 1960.

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Cahier des charges de l’établissement Eschieret, Fuchs et Frères – 1894.

En 1888, le Conseil municipal de Levallois délibère à propos de l’installation de l’électricité pour l’éclairage public. En 1893, après la mise au point de différents cahiers des charges, une convention est signée entre la Ville (représentée par Mr Trébois, Maire de l’époque) et la société Eschieret, Fuchs et Frères (électriciens à Levallois- 31 rue Poccard actuellement rue Gabriel Péri).

Le 22 mars 1894, cette convention est contresignée par le Préfet (à l’époque Monsieur Poubelle… Oui oui, celui-là même !)

Le service des archives municipales possède des documents qui retracent cette période de transition. Nous savons notamment que 50 lampes à arc remplaceront 174 becs de gaz, que 400 lampes à incandescence remplaceront 400 becs de gaz, et que 56 lampes à incandescence prendront la place de 56 lampes à l’huile.

Cette révolution technologique permet même d’illuminer l’Hôtel de Ville à l’occasion de son inauguration.

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Facture d’éclairage pour les fêtes d’inauguration de l’Hotel de Ville – 1898

Désormais, toutes les folies sont permises ! Outre l’éclairage quotidien des rues, places et jardins, des illuminations ponctuelles font leur apparition, notamment les fameuses illuminations des fêtes de fin d’année.

A Levallois, cela fait des décennies que nos rues, places et monuments sont illuminés à cette occasion. (4500 ampoules sont nécessaires pour illuminer l’Hôtel de Ville)

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Illuminations hiver 2003

La technologie continue d’évoluer, ainsi aujourd’hui nous sommes enchantés par des créations qui émerveillent petits et grands, qui donnent un coté féérique à la nuit, et qui utilisent non plus des ampoules à incandescence, mais des LED « light-emitting-diode » (diode électroluminescente) . Grâce à cette avancée, 70% d’économie d’énergie est réalisé.

Quelques autres belles photos pour prolonger la rêverie…

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Merci à Monsieur Eric Daudignon (services techniques de la ville de Levallois) pour ses éclairantes informations !

Symbole de paix et objet de discordes : Le monument aux morts

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la plus meurtrière de notre histoire nationale, la France est victorieuse. Victorieuse mais endeuillée. Cette guerre a mobilisé plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part. Environ 9 millions de personnes sont mortes et approximativement 8 millions sont devenues invalides. Au sortir de la guerre, la nation souhaite rendre hommage au sacrifice de ces millions d’hommes et de femmes morts ou disparus au champ d’honneur.

Une loi et des délibérations

C’est ainsi que naît la loi du 25 octobre 1919 consacrée « à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre ». Plusieurs mesures sont prévues : notamment l’attribution de subventions par l’État aux communes pour glorifier les héros morts pour la Patrie.

Par délibération, en date du 28 juillet 1922, le Conseil municipal de Levallois vote la construction d’un monument aux morts dans le cimetière municipal. Un concours est lancé  avec pour seule consigne la sobriété.

Le choix du sujet est laissé aux concurrents. Toutefois, ils devront se pénétrer de l’idée qu’ils doivent créer un monument d’architecture sobre, ne comportant aucun attribut confessionnel ou de glorification guerrière et symbolisant l’horreur de la guerre et la prospérité des peuples dans un avenir de paix et de fraternité.

Différent types de monuments

Pierre Roy, coauteur de Autour des monuments aux morts pacifistes en France estime que les monuments aux morts peuvent se classer en 5 catégories « les triomphalistes, les doloristes (femmes ou enfants en pleurs), les explicatifs, les pacifistes, les problématiques. Par « problématique », il faut comprendre que le monument renvoie un message de paix, un poème par exemple, mais en même temps on voit un poilu (nouvelle fenêtre) le fusil à la main »

Marqués par un style généralement doloriste, les monuments aux morts varient selon les municipalités. En Alsace-Lorraine, la majorité des soldats sont morts sous l’uniforme allemand : on indique ainsi sur ces monuments « À nos morts », plus que « À nos enfants morts pour la France ». Les mairies de droite, nationalistes et  « revanchardes », mettent plutôt en avant une ode à la victoire, avec par exemple une statue avec une couronne de laurier et un fusil dressé, alors que les mairies de gauche préfèrent davantage insister sur le deuil. On trouve même parfois des monuments aux morts pacifistes (nouvelle fenêtre).

Les pertes massives amènent, le plus souvent, non à glorifier la victoire, mais à honorer ceux qui ont perdu la vie. Cet aspect est important, car la très grande majorité des monuments élevés à cette occasion le sont à l’initiative, ou au moins avec la participation financière des anciens combattants. Leur motivation à continuer de se battre était l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des Ders (nouvelle fenêtre) »), et que leur sacrifice ne serait pas vain ; les monuments sont aussi là, dans une certaine mesure, pour rappeler ce sacrifice.

Le 14 mai 1923, le jury  se réunit pour désigner le lauréat du concours.  Le projet du statuaire Charles Yrondi et de l’architecte Bertin est ainsi retenu. Levallois sera doté d’un monument pacifiste ! (En France, il n’existe que 35 monuments de ce type).

Le monument de toutes les polémiques

L’interprétation du monument donné par le statuaire, lui-même ancien combattant, et celle communément admise, est la suivante :

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Monument réalisé en calcaire et pierre de taille. L’édifice mesure 10,80 mètres de haut et 8,50 mètres de coté.

La France pleure ses enfants. À sa gauche un soldat noir rappelant le concours des troupes coloniales reste dans une naïve et muette admiration, tandis qu’à sa droite, un troupier plus conscient, attend les ordres de la Patrie, résolu au sacrifice. Dans son regard il y a une désapprobation des atrocités engendrées par la guerre. En dessous du soldat noir se trouve un fusillé. Plus bas, un autre combattant est à genoux, dans l’attitude du soldat prêt à lancer une grenade. Lui aussi semble s’adresser à la France et demander si il est vraiment indispensable, après tant de souffrances, de mourir soit fusillé, soit gazé comme son camarade à sa gauche. Enfin, au premier plan, l’ouvrier brisant l’arme symbolique du crime (une épée) pour l’utiliser à une œuvre de paix.

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Le monument surplombe une crypte comportant 300 places ainsi que plusieurs plaques nominatives recensant les Levalloisiens morts pour la France.

Actuellement reposent les corps de 192 soldats, 108 places sont donc inoccupées. Au fur et à mesure où des concessions familiales de soldats morts pour la France prennent fin, les corps sont transférés dans la crypte.

La porte qui mène à cette crypte est très travaillée. La pensée qui a guidé sa composition est la suivante :20181029_144402

Un soleil levant symbolise l’aurore de paix née de la cendre des géants qui dorment dans le tombeau. Deux mains puissantes sortent de ce soleil, elles représentent l’effort des morts s’arrachant de l’ombre, se hissant vers le jour pour rappeler aux vivants, en leur montrant la branche d’olivier symbole de paix, la raison de leur sacrifice.

 

 

Un projet pacifiste dans un climat tendu

Ce projet prend naissance dans un climat tendu, car en effet, à la sortie de la guerre des tensions éclatent entre la municipalité de Louis Rouquier  et les associations d’anciens combattants.

Ainsi, la commémoration du 1er novembre 1921 finit par des affrontements.  Le drapeau rouge  ayant été déployé en tête du cortège et M. Jambon, adjoint au maire terminant son discours par le slogan « À bas la guerre ! Vive la révolution sociale internationale », les associations d’anciens combattants y voient une provocation.

Dans ce climat tendu et afin d’apaiser la situation, le maire nomme deux délégués représentant les associations d’anciens combattants à la commission chargée du projet de monument aux morts.

Le monument retenu sera placé dans l’enceinte du cimetière. Il atteindra une hauteur totale de 10,88 mètres.

Une violente campagne de presse est menée contre ce monument.  Certaines associations d’anciens combattants y voient la France de la victoire représentée par une femme en pleurs, le soldat attaché au poteau, la glorification de ceux qui ont failli au combat, et l’ouvrier brisant une épée, une attaque contre l’armée.

« Le scandaleux et inacceptable monument aux morts de la guerre : ce monument ne parait pas seulement évoquer l’horreur de la guerre, il est aussi antimilitariste « . L’avenir de Levallois n°92 du 09 octobre 1926.

Le monument est mutilé dans la nuit du 23 au 24 novembre 1926. La ligue des droits de l’homme condamne cet acte. Selon elle, cette œuvre n’a aucun caractère défaitiste et rend hommage aux victimes. La municipalité, par voie d’affichage appelle la population à s’indigner contre cet acte de vandalisme.

Le monument aux morts, lieu de mémoire par excellence, est une interpellation adressée par les morts aux vivants qui pose ces questions toujours actuelles :

  • Pourquoi sommes-nous morts ?
  • Qu’avez-vous fait de notre mort ?
  • Sommes-nous morts pour rien ?

 

                                                                 Article écrit d’après les recherches de Denise D.

 

« C21H22N2O2 », L’héroïne de nombreux romans policiers.

 

Nous avions envie de célébrer avec vous une découverte vieille de 200 ans. C’est en effet en 1818 que la molécule de la strychnine a été isolée.  Les effets liés à son absorption font de cette substance un poison et un remède. Cette découverte , nous la devons à deux pharmaco-chimistes  : Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou.

La strychnine, qu’est-ce donc ?

Sous ce nom compliqué se cache un alcaloïde très toxique. A très faible concentration, il est utilisé en pharmacie pour ses propriétés stimulantes (du système digestif, et du système nerveux central), mais il est aussi un poison très puissant. Son effet est foudroyant, quelques milligrammes suffisent à entrainer la mort.

Vous seriez surpris d’apprendre que certains d’entre nous en consommons. En effet, il est aujourd’hui connu en homéopathie sous le nom de « nux vomica » car il provient des fruits du vomiquier :  la noix vomique, nux vomica, ou encore « noix qui font vomir ». Ses fruits sont ronds, et leurs couleurs varient du vert à l’orange.

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Strychnos nux vomica : arbre à feuillage persistant originaire d’Asie du sud est
Les chimistes Pelletier et Caventou parviennent en 1818 à en extraire la molécule presque pure. Pour l’époque, nous pouvons parler d’un exploit.

Un chimiste de talent

Joseph Pelletier est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Fils d’un maitre en pharmacie, et petit fils d’un maitre-apothicaire, il a travaillé dès l’âge de 12 ans dans l’officine de sa mère.

Après être entré à l’école de pharmacie de Paris, il obtient différents prix : premier prix de chimie à la fin de sa première année, prix de Botanique et d’Histoire naturelle…

Rapidement, il se lance dans l’étude de diverses résines, gommes et substances colorantes. Il est  précurseurs dans l’étude du pigment des feuilles vertes, qui s’appelle aujourd’hui, grâce à lui, chlorophylle.

Il poursuit ses recherches avec Joseph Caventou, et ils découvrent la strychnine en 1818,  la quinine en 1820. Il s’agit d’un autre alcaloïde naturel, antipyrétique ( lutte contre la fièvre), analgésique et antipaludique. Ils n’en retirent aucun bénéfice financier, car ils décident de rendre publique leur découverte . Cela vaudra à Pelletier le titre  de bienfaiteur de l’humanité.

A l’école de pharmacie de Paris, il obtient une chaire de professeur d’histoire naturelle, et en devient par la suite, le directeur adjoint. Il est également nommé membre de l’Académie royale de médecine, et officier de la Légion d’Honneur.

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Une industrie pharmaceutique à Levallois

En 1821, Joseph Pelletier acquiert des terres, une maison et ses dépendances dans le hameau de la Planchette. Il vient y habiter, et y crée une fabrique de produits chimiques, qui est l’une des premières industries du Village Levallois,  la quinine y est fabriquée, et commercialisée. Pelletier est un des premiers créateurs d’une industrie pharmaceutique en France. La Planchette est un petit hameau qui cette année là comptait 27 habitants, vraisemblablement les ouvriers de Pelletier.

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Publicité pour les capsules de Quinine parue dans « Le Monde Illustré » du 10/06/1899

Joseph Pelletier meurt en 1842, et c’est l’un de ses élèves qui reprend la fabrique jusqu’en 1850, date à laquelle cette activité pharmaceutique à Levallois s’arrête.

La fabrique se situerai aujourd’hui à l’emplacement de la crèche « La planchette » et du siège social de « Plastic Omnium ».

La strychnine,  héroïne malgré elle

La strychnine est un poison extrêmement violent. En général, elle est utilisé dans la lutte contre les corbeaux, les petits rongeurs…

C’est aussi un stimulant du système nerveux central. Elle accroît le goût, l’odorat et la vue. A dose moyenne elle augmente l’amplitude respiratoire.
C’est un poison incolore, inodore qui a une saveur amère. Il peut être ingéré, inhalé ou mixé à une solution et injecté par intraveineuse.

Un produit dopant

Nous avons vu que la strychnine augmente l’amplitude respiratoire. Au début du siècle des athlètes se dopaient à la strychnine. Citons quelques cas célèbres:

Le cas de Thomas Hicks champion olympique de marathon en 1904. Il reçoit une première dose d’1 mg alors qu’il ralentissait. Puis, la première dose ne faisant pas effet, il en reçoit une deuxième et gagne. A l’arrivée, il s’effondre. Une troisième dose aurait pu lui être fatale.

Il y a ensuite le cas Dorando Pietri. Aux jeux olympiques de 1908 à Londres, arrivé en tête, il s’effondre dans les derniers mètres du marathon devant 75000 spectateurs terrorisés. Ils tombe cinq fois de suite et est relevé à chaque fois par les officiels jusqu’à l’arrivée. Il sera disqualifié pour « aides étrangères ». On l’aurait vu absorber des pastilles d’atropine et de strychnine. Il aurait pu mourir sans les massages cardiaques.

L’haltérophile Kirghiz Izzat Artykov est contrôlé positif à la strychnine aux Jeux de Rio en 2016

Un produit létal

L’ampleur de l’empoisonnement dépend de la quantité ingérée, inhalée…

L’empoisonneur de Lambeth, l’assassin à la strychnine de quatre prostituées, fut pendu en 1892.

Le guitariste de Blues Robert Johnson aurait été empoisonné en 1938, à la strychnine à l’aide d’une bouteille de whisky offerte par le tenancier d’un bar, jaloux de le voir tourner autour de sa femme.

Le bandit Gaspare Pisciotta (1924-1954) fut empoisonné en prison par la mafia ; de la strychnine fut versée dans son café.

Le neurochirurgien Thierry De Martel se suicide le 14 juin 1940 en absorbant de la strychnine alors que les troupes allemandes entrent à Paris. Désespéré, il écrit avant sa mort : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j’y resterai mort ou vivant.……. Adieu. Martel. »

Héroïne de romans policiers

Dans le tout premier romans d’Agatha Christie, intitulé « La mystérieuse affaire de Styles » et écrit en 1917, la strychnine est au cœur de l’intrigue

De nombreux auteurs ont utilisé cette substance.; pour faire disparaitre leurs personnages : G.Simenon (le chien jaune), H.G.Wells (l’homme invisible), Sir Arthur Conan Doyle (le signe des quatre), F.Thilliez (la mémoire fantôme)….

Si la strychnine a fait aussi ses pas au cinéma (Arsenic et vieilles dentelles, les dents de la mer…), on la retrouve dans une chanson de Nino Ferrer « le roi d’Angleterre »:

Madame Joséphine
Nourrit de strychnine
Toutes ses voisines
De l’étage en dessous