Symbole de paix et objet de discordes : Le monument aux morts

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la plus meurtrière de notre histoire nationale, la France est victorieuse. Victorieuse mais endeuillée. Cette guerre a mobilisé plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part. Environ 9 millions de personnes sont mortes et approximativement 8 millions sont devenues invalides. Au sortir de la guerre, la nation souhaite rendre hommage au sacrifice de ces millions d’hommes et de femmes morts ou disparus au champ d’honneur.

Une loi et des délibérations

C’est ainsi que naît la loi du 25 octobre 1919 consacrée « à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre ». Plusieurs mesures sont prévues : notamment l’attribution de subventions par l’État aux communes pour glorifier les héros morts pour la Patrie.

Par délibération, en date du 28 juillet 1922, le Conseil municipal de Levallois vote la construction d’un monument aux morts dans le cimetière municipal. Un concours est lancé  avec pour seule consigne la sobriété.

Le choix du sujet est laissé aux concurrents. Toutefois, ils devront se pénétrer de l’idée qu’ils doivent créer un monument d’architecture sobre, ne comportant aucun attribut confessionnel ou de glorification guerrière et symbolisant l’horreur de la guerre et la prospérité des peuples dans un avenir de paix et de fraternité.

Différent types de monuments

Pierre Roy, coauteur de Autour des monuments aux morts pacifistes en France estime que les monuments aux morts peuvent se classer en 5 catégories « les triomphalistes, les doloristes (femmes ou enfants en pleurs), les explicatifs, les pacifistes, les problématiques. Par « problématique », il faut comprendre que le monument renvoie un message de paix, un poème par exemple, mais en même temps on voit un poilu (nouvelle fenêtre) le fusil à la main »

Marqués par un style généralement doloriste, les monuments aux morts varient selon les municipalités. En Alsace-Lorraine, la majorité des soldats sont morts sous l’uniforme allemand : on indique ainsi sur ces monuments « À nos morts », plus que « À nos enfants morts pour la France ». Les mairies de droite, nationalistes et  « revanchardes », mettent plutôt en avant une ode à la victoire, avec par exemple une statue avec une couronne de laurier et un fusil dressé, alors que les mairies de gauche préfèrent davantage insister sur le deuil. On trouve même parfois des monuments aux morts pacifistes (nouvelle fenêtre).

Les pertes massives amènent, le plus souvent, non à glorifier la victoire, mais à honorer ceux qui ont perdu la vie. Cet aspect est important, car la très grande majorité des monuments élevés à cette occasion le sont à l’initiative, ou au moins avec la participation financière des anciens combattants. Leur motivation à continuer de se battre était l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des Ders (nouvelle fenêtre) »), et que leur sacrifice ne serait pas vain ; les monuments sont aussi là, dans une certaine mesure, pour rappeler ce sacrifice.

Le 14 mai 1923, le jury  se réunit pour désigner le lauréat du concours.  Le projet du statuaire Charles Yrondi et de l’architecte Bertin est ainsi retenu. Levallois sera doté d’un monument pacifiste ! (En France, il n’existe que 35 monuments de ce type).

Le monument de toutes les polémiques

L’interprétation du monument donné par le statuaire, lui-même ancien combattant, et celle communément admise, est la suivante :

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Monument réalisé en calcaire et pierre de taille. L’édifice mesure 10,80 mètres de haut et 8,50 mètres de coté.

La France pleure ses enfants. À sa gauche un soldat noir rappelant le concours des troupes coloniales reste dans une naïve et muette admiration, tandis qu’à sa droite, un troupier plus conscient, attend les ordres de la Patrie, résolu au sacrifice. Dans son regard il y a une désapprobation des atrocités engendrées par la guerre. En dessous du soldat noir se trouve un fusillé. Plus bas, un autre combattant est à genoux, dans l’attitude du soldat prêt à lancer une grenade. Lui aussi semble s’adresser à la France et demander si il est vraiment indispensable, après tant de souffrances, de mourir soit fusillé, soit gazé comme son camarade à sa gauche. Enfin, au premier plan, l’ouvrier brisant l’arme symbolique du crime (une épée) pour l’utiliser à une œuvre de paix.

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Le monument surplombe une crypte comportant 300 places ainsi que plusieurs plaques nominatives recensant les Levalloisiens morts pour la France.

Actuellement reposent les corps de 192 soldats, 108 places sont donc inoccupées. Au fur et à mesure où des concessions familiales de soldats morts pour la France prennent fin, les corps sont transférés dans la crypte.

La porte qui mène à cette crypte est très travaillée. La pensée qui a guidé sa composition est la suivante :20181029_144402

Un soleil levant symbolise l’aurore de paix née de la cendre des géants qui dorment dans le tombeau. Deux mains puissantes sortent de ce soleil, elles représentent l’effort des morts s’arrachant de l’ombre, se hissant vers le jour pour rappeler aux vivants, en leur montrant la branche d’olivier symbole de paix, la raison de leur sacrifice.

 

 

Un projet pacifiste dans un climat tendu

Ce projet prend naissance dans un climat tendu, car en effet, à la sortie de la guerre des tensions éclatent entre la municipalité de Louis Rouquier  et les associations d’anciens combattants.

Ainsi, la commémoration du 1er novembre 1921 finit par des affrontements.  Le drapeau rouge  ayant été déployé en tête du cortège et M. Jambon, adjoint au maire terminant son discours par le slogan « À bas la guerre ! Vive la révolution sociale internationale », les associations d’anciens combattants y voient une provocation.

Dans ce climat tendu et afin d’apaiser la situation, le maire nomme deux délégués représentant les associations d’anciens combattants à la commission chargée du projet de monument aux morts.

Le monument retenu sera placé dans l’enceinte du cimetière. Il atteindra une hauteur totale de 10,88 mètres.

Une violente campagne de presse est menée contre ce monument.  Certaines associations d’anciens combattants y voient la France de la victoire représentée par une femme en pleurs, le soldat attaché au poteau, la glorification de ceux qui ont failli au combat, et l’ouvrier brisant une épée, une attaque contre l’armée.

« Le scandaleux et inacceptable monument aux morts de la guerre : ce monument ne parait pas seulement évoquer l’horreur de la guerre, il est aussi antimilitariste « . L’avenir de Levallois n°92 du 09 octobre 1926.

Le monument est mutilé dans la nuit du 23 au 24 novembre 1926. La ligue des droits de l’homme condamne cet acte. Selon elle, cette œuvre n’a aucun caractère défaitiste et rend hommage aux victimes. La municipalité, par voie d’affichage appelle la population à s’indigner contre cet acte de vandalisme.

Le monument aux morts, lieu de mémoire par excellence, est une interpellation adressée par les morts aux vivants qui pose ces questions toujours actuelles :

  • Pourquoi sommes-nous morts ?
  • Qu’avez-vous fait de notre mort ?
  • Sommes-nous morts pour rien ?

 

                                                                 Article écrit d’après les recherches de Denise D.

 

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« C21H22N2O2 », L’héroïne de nombreux romans policiers.

 

Nous avions envie de célébrer avec vous une découverte vieille de 200 ans. C’est en effet en 1818 que la molécule de la strychnine a été isolée.  Les effets liés à son absorption font de cette substance un poison et un remède. Cette découverte , nous la devons à deux pharmaco-chimistes  : Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou.

La strychnine, qu’est-ce donc ?

Sous ce nom compliqué se cache un alcaloïde très toxique. A très faible concentration, il est utilisé en pharmacie pour ses propriétés stimulantes (du système digestif, et du système nerveux central), mais il est aussi un poison très puissant. Son effet est foudroyant, quelques milligrammes suffisent à entrainer la mort.

Vous seriez surpris d’apprendre que certains d’entre nous en consommons. En effet, il est aujourd’hui connu en homéopathie sous le nom de « nux vomica » car il provient des fruits du vomiquier :  la noix vomique, nux vomica, ou encore « noix qui font vomir ». Ses fruits sont ronds, et leurs couleurs varient du vert à l’orange.

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Strychnos nux vomica : arbre à feuillage persistant originaire d’Asie du sud est
Les chimistes Pelletier et Caventou parviennent en 1818 à en extraire la molécule presque pure. Pour l’époque, nous pouvons parler d’un exploit.

Un chimiste de talent

Joseph Pelletier est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Fils d’un maitre en pharmacie, et petit fils d’un maitre-apothicaire, il a travaillé dès l’âge de 12 ans dans l’officine de sa mère.

Après être entré à l’école de pharmacie de Paris, il obtient différents prix : premier prix de chimie à la fin de sa première année, prix de Botanique et d’Histoire naturelle…

Rapidement, il se lance dans l’étude de diverses résines, gommes et substances colorantes. Il est  précurseurs dans l’étude du pigment des feuilles vertes, qui s’appelle aujourd’hui, grâce à lui, chlorophylle.

Il poursuit ses recherches avec Joseph Caventou, et ils découvrent la strychnine en 1818,  la quinine en 1820. Il s’agit d’un autre alcaloïde naturel, antipyrétique ( lutte contre la fièvre), analgésique et antipaludique. Ils n’en retirent aucun bénéfice financier, car ils décident de rendre publique leur découverte . Cela vaudra à Pelletier le titre  de bienfaiteur de l’humanité.

A l’école de pharmacie de Paris, il obtient une chaire de professeur d’histoire naturelle, et en devient par la suite, le directeur adjoint. Il est également nommé membre de l’Académie royale de médecine, et officier de la Légion d’Honneur.

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Une industrie pharmaceutique à Levallois

En 1821, Joseph Pelletier acquiert des terres, une maison et ses dépendances dans le hameau de la Planchette. Il vient y habiter, et y crée une fabrique de produits chimiques, qui est l’une des premières industries du Village Levallois,  la quinine y est fabriquée, et commercialisée. Pelletier est un des premiers créateurs d’une industrie pharmaceutique en France. La Planchette est un petit hameau qui cette année là comptait 27 habitants, vraisemblablement les ouvriers de Pelletier.

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Publicité pour les capsules de Quinine parue dans « Le Monde Illustré » du 10/06/1899

Joseph Pelletier meurt en 1842, et c’est l’un de ses élèves qui reprend la fabrique jusqu’en 1850, date à laquelle cette activité pharmaceutique à Levallois s’arrête.

La fabrique se situerai aujourd’hui à l’emplacement de la crèche « La planchette » et du siège social de « Plastic Omnium ».

La strychnine,  héroïne malgré elle

La strychnine est un poison extrêmement violent. En général, elle est utilisé dans la lutte contre les corbeaux, les petits rongeurs…

C’est aussi un stimulant du système nerveux central. Elle accroît le goût, l’odorat et la vue. A dose moyenne elle augmente l’amplitude respiratoire.
C’est un poison incolore, inodore qui a une saveur amère. Il peut être ingéré, inhalé ou mixé à une solution et injecté par intraveineuse.

Un produit dopant

Nous avons vu que la strychnine augmente l’amplitude respiratoire. Au début du siècle des athlètes se dopaient à la strychnine. Citons quelques cas célèbres:

Le cas de Thomas Hicks champion olympique de marathon en 1904. Il reçoit une première dose d’1 mg alors qu’il ralentissait. Puis, la première dose ne faisant pas effet, il en reçoit une deuxième et gagne. A l’arrivée, il s’effondre. Une troisième dose aurait pu lui être fatale.

Il y a ensuite le cas Dorando Pietri. Aux jeux olympiques de 1908 à Londres, arrivé en tête, il s’effondre dans les derniers mètres du marathon devant 75000 spectateurs terrorisés. Ils tombe cinq fois de suite et est relevé à chaque fois par les officiels jusqu’à l’arrivée. Il sera disqualifié pour « aides étrangères ». On l’aurait vu absorber des pastilles d’atropine et de strychnine. Il aurait pu mourir sans les massages cardiaques.

L’haltérophile Kirghiz Izzat Artykov est contrôlé positif à la strychnine aux Jeux de Rio en 2016

Un produit létal

L’ampleur de l’empoisonnement dépend de la quantité ingérée, inhalée…

L’empoisonneur de Lambeth, l’assassin à la strychnine de quatre prostituées, fut pendu en 1892.

Le guitariste de Blues Robert Johnson aurait été empoisonné en 1938, à la strychnine à l’aide d’une bouteille de whisky offerte par le tenancier d’un bar, jaloux de le voir tourner autour de sa femme.

Le bandit Gaspare Pisciotta (1924-1954) fut empoisonné en prison par la mafia ; de la strychnine fut versée dans son café.

Le neurochirurgien Thierry De Martel se suicide le 14 juin 1940 en absorbant de la strychnine alors que les troupes allemandes entrent à Paris. Désespéré, il écrit avant sa mort : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j’y resterai mort ou vivant.……. Adieu. Martel. »

Héroïne de romans policiers

Dans le tout premier romans d’Agatha Christie, intitulé « La mystérieuse affaire de Styles » et écrit en 1917, la strychnine est au cœur de l’intrigue

De nombreux auteurs ont utilisé cette substance.; pour faire disparaitre leurs personnages : G.Simenon (le chien jaune), H.G.Wells (l’homme invisible), Sir Arthur Conan Doyle (le signe des quatre), F.Thilliez (la mémoire fantôme)….

Si la strychnine a fait aussi ses pas au cinéma (Arsenic et vieilles dentelles, les dents de la mer…), on la retrouve dans une chanson de Nino Ferrer « le roi d’Angleterre »:

Madame Joséphine
Nourrit de strychnine
Toutes ses voisines
De l’étage en dessous

la 2 CV, une Très Petite devenue grande

Notre « deudeuche » nationale est née d’un projet intitulé TPV pour Très Petite Voiture. Nous allons retracer l’incroyable épopée de cette voiture populaire, présentée au public en octobre 1948, il y a 70 ans !

Naissance du projet

En 1934, Pierre Michelin rachète la société Citroën confrontée à des déboires financiers. Il place à la direction générale de l’entreprise Pierre-Jules  Boulanger, c’est lui qui conduira le projet de la 2 CV(nouvelle fenêtre).

Monsieur Boulanger cherche à développer la société sur un marché autre que la Traction avant. Cette idée de concevoir une voiture économique lui serait venue lors d’un embouteillage dans un village auvergnat. Pierre Boulanger constate que les difficultés de circulation sont dues non à des voitures mais à des carrioles à cheval, des charrettes et brouettes. Comme il veut comprendre la raison de cette absence de véhicules motorisés, de retour à Paris, il charge un ingénieur de concevoir et de réaliser une enquête d’opinion. Le résultat est sans appel. Les personnes interrogées considèrent l’automobile comme trop chère, trop grande, voir difficilement maniable.

 

C’est alors que naît le projet  » TPV « . Pierre Boulanger convoque le directeur du bureau d’études, Maurice Brogly et lui demande de concevoir cette voiture. La commande semble simple… cette voiture devra pouvoir transporter entre deux et quatre personnes, cinquante kilos de pommes de terre (ou de bagages) à la vitesse de 50/60 km/h, sans consommer plus de 3 litres aux cents ! dernière contrainte, son prix devra être 3 fois plus bas que celui d’une traction avant 11 CV.

En résumé, elle devra être économique en entretien comme en fonctionnement !

Maurice Brogly, surnommé le lion, mandate l’équipe d’André Lefèbvre pour réaliser ce projet.

Les premiers prototypes voient le jour en 1937. Ils ont comme caractéristiques de disposer d’un seul phare et d’une manivelle pour le démarrage.100Z151002

À partir de cette date, les prototypes sont testés, dans le plus grand secret, sur le site de La Ferté-Vidame, en Normandie.

En septembre 1937, un brevet d’invention est déposé à la direction de la propriété industrielle sous le nom «  Voiture à roues indépendantes ». Ce dernier est délivré en novembre 1938.

L’équipe du projet veut faire vite car la marque Ford s’apprête à sortir une 6 CV à Poissy.

Avant la déclaration de guerre à l’Allemagne, il existe 250 prototypes de la TPV, toutes assemblées dans l’usine levalloisienne, anciennement Clément-Bayard.

Fin août 1939, la TPV est homologuée par les Mines sous l’intitulé « 2 CV A ».Citroën 7Fi321029

Une voiture dans la tourmente

La guerre met en suspend le projet. Les Allemands sont intéressés par ce véhicule. Plusieurs missions d’ingénieurs allemands sont venus observer la 2cv sur la chaine de montage à Levallois. Suite à ces visites, les Allemands demandent que 3 voitures leurs soient cédées. La direction de Citroën refuse de donner suites malgré les injonctions de l’occupant, et va jusqu’à détruire tous les prototypes (sauf 5, qui seront retrouvés bien plus tard).

La Très Petite présentée au président

Le 07 octobre 1948, à l’ouverture du 35 ème Salon de l’automobile, Pierre Boulanger dévoile lentement la 2 CV devant le Président de La République, Vincent Auriol. Elle stupéfie par son aspect insolite, l’astuce de ses aménagements, son caractère économique, et ses possibilités d’utilisation multiples. Un public de 1 300 000 visiteurs vient voir ce curieux véhicule. Le capot du moteur est plombé, le moteur n’est pas visible.Grandes heures de la 2 chevaux 2

L’accueil de la presse est mitigé. La 2 CV est comparée à une boite de conserve. Peu nombreux sont les journalistes à lui prédire un brillant avenir. Pour autant, l’équipe Citroën réalise un sondage d’opinion durant 10 jours sur le stand auprès des hommes, des femmes et des enfants !

Elle s’élance !

Le prix annoncé est de 185 000 francs. Elle ne sera commercialisée qu’à partir de 1949..Citroën 7Fi325003

La vente est organisée de telle façon que les 200 premiers clients doivent avoir des moyens modestes et la nécessité de se déplacer fréquemment. Les premiers conducteurs sont principalement des cultivateurs, des assistantes sociales et des agents d’assurance.

De plus, elle est vendue uniquement de couleur grise. Finalement, le prix est 228.000 francs

Les commandes affluent et les délais de livraisons se comptent en plusieurs années. C’est un triomphe.

La fin d’une épopée, mais le mythe survit

Si le 29 février 1988, la toute dernière 2 CV sort de l’usine de Levallois par la porte du 54 quai Michelet (actuellement Charles-Pasqua), ce n’est pas pour autant « la chronique d’une mort annoncée ». En effet, elle est une star immortalisée sur la pellicule.

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La dernière 2 CV sort de L’usine Citroën de Levallois

Nous pouvons la retrouver au travers de nombreux films : Moyen de fuite dans « Les diaboliques » (1955), symbole des « Dupont et Dupond » Dans « Tintin et les oranges bleues » (1964), objet d’un larcin dans « les valseuses » (1974) Compagne de Roger Moore dans « Rien que pour vos yeux » (1981), amoureuse dans « Cars 2 » (2011)…  et bien d’autres encore, mais surtout, objet de désespoir pour Bourvil dans l’inoubliable « Corniaud » (1965),

« Ah bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien ! Forcement ! »

Un jeu d’enfants, auquel certain d’entre vous a peut-être joué, contribue a faire vivre ce mythe. Si je vous dis:  » 2 CV verte sans retouche » arrivez-vous à visualiser une 2 CV verte tout en ressentant un petit pincement sur l’avant-bras ?

Un bel héritage

Levallois, dotée d’une histoire récente est cependant riche d’un patrimoine important. Le patrimoine est un héritage (une transmission) commun d’une collectivité, d’un groupe humain afin de perpétuer la mémoire. Derrière cette notion , plusieurs aspects : on parle de patrimoine architectural, historique, culturel…

Patrimoine architectural

Si certaines constructions comme le Temple protestant, l’Hôpital britannique, ou encore la Villa mauresque ont été classées monuments historiques, d’autres bâtiments enrichissent notre patrimoine architectural (nouvelle fenêtre) .

Il est difficile de ne pas évoquer notre majestueux Hôtel de Ville, inauguré en 1898. Difficile aussi de ne pas parler de la Résidence sociale, de la fondation Cognacq-Jay. Il faut rappeler que le Patrimoine est vivant, par conséquent des bâtiments disparaissent, d’autres apparaissent ou sont reconvertis pour une autre activité. C’est le cas, entres autres de l’hospice Raynaud (aujourd’hui office public départemental du logement) et de sa crypte, , ou encore de l’Alliance des travailleurs (reconverti en immeuble de bureaux) et de l’Escale (anciennement usine des cafés Carvalho).

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Patrimoine paysager

Ce patrimoine se compose de 8 parcs, 18 squares, une centaine d’îlots verts dont 7 sont classés remarquables. Ces espaces verts représentent presque un cinquième de la superficie de notre ville. Ce patrimoine est exceptionnel et se caractérise par la diversité de son fleurissement permanent à chaque saison, sa créativité et son originalité. Rappelons que Levallois a reçu de nombreuses récompenses, dont la fleur d’Or en 2010 et 2016.

 

Un Patrimoine mémoriel lié au devoir de mémoire

Le patrimoine mémoriel (nouvelle fenêtre)  peut se résumer comme l’ensemble des monuments et objets commémoratifs nécessaire à la transmission de la Mémoire aux générations futures pour ne pas oublier. Il s’articule autour de  la mémoire nationale, de  la mémoire locale et de la mémoire individuelle.

Depuis plusieurs années, ce patrimoine prend une plus grande importance avec les célébrations et commémorations nationales. Cette année 2018 célèbrera  le centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918. Sur le territoire de Levallois, ce patrimoine mémoriel est très conséquent . En effet, de nombreux monuments ou  plaques commémorent l’action de Levalloisien(ne)s dans l’Histoire.  Ainsi un monument, place du 11 novembre 1918,  honorent les taxis de la Marne dont une partie est sortie des garages levalloisiens de la compagnie de taxi G7.

D’autres plaques dans les rues signalent le lieu où un résistant est mort lors des combats pour la libération de Levallois en août 1944.

Lieux de mémoire par excellence, le cimetière de Levallois accueille, outre les Morts pour la France, des personnalités historiques telles que Louise Michel, Maurice Ravel, Gustave Eiffel, et plus récemment Madame Soleil ou Léon Zitrone. La Municipalité entretien ce lieu avec soin.

Un patrimoine immatériel

Très peu connu du grand public, le patrimoine culturel immatériel est apparu dans les années 1990. Il se caractérise par son aspect fragile et fédérateur.  Il est formé de  pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire.  A titre d’exemple,  les armoiries de la Ville sont une représentation condensée de l’Histoire de la Ville.

Armoiries
Les trois abeilles représentent le caractère laborieux de la ville, le brule parfum pour signaler l’industrie du parfum et des cosmétiques à Levallois, et la roue dentelée, pour signifier que Levallois a été l’un des  berceaux de l’industrie automobile

Mais il est nécessaire de garder toujours à l’esprit que la valeur patrimoniale de chaque élément est déterminée par plusieurs facteurs et varie au cours du temps.

Bien que très jeune d’un point de vue historique, Levallois recèle un patrimoine important, varié et insoupçonné. Chacun des agents de la Ville, chacun dans leur domaine d’activités, s’emploient tous les jours à préserver et à transmettre ce patrimoine made in Levallois.

1917 – La maternité ouvrière de Levallois et Neuilly

L’année 1917 a modifié le cours du conflit sur un plan militaire avec l’entrée en guerre des États-Unis et les révolutions russes mais pas uniquement. De nouvelles expériences sociales sont réalisées comme la maternité ouvrière de Levallois et Neuilly.

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Maternité ouvrière – Vue du jardin intérieur

La Première Guerre mondiale va « légitimer » le travail des femmes, élément essentiel pour l’effort de guerre dans les usines notamment levalloisiennes.

Mais la crainte des pouvoirs publics est de voir se développer un phénomène de dénatalité. Des mesures sont prises pour concilier les obligations familiales et professionnelles des femmes.

La maternité ouvrière de Levallois-Perret résulte de l’initiative d’un groupe d’industriels de Levallois-Perret et de Neuilly-sur-Seine, soutenues par les Dames de la Croix Rouge et Albert Thomas, ministre de l’Armement et des fabrications de guerre.

L’objectif est de créer et d’organiser une maternité réservée  aux enfants des femmes travaillant dans leurs usines d’armement.

La création de cette maternité ouvrière est confiée à l’architecte François Le Cœur.

Il s’agit là de trois bâtiments légers, édifié sur un terrain de 1913 m², le long du quai Charles Pasqua [quai Michelet].

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Maternité ouvrière Vue d’ensemble des trois bâtiments – Quai Charles PASQUA [Quai MICHELET]

La décoration intérieure est confiée à l’artiste peintre et illustrateur jeunesse, André Hellé. Son œuvre se présente sous la forme d’une série de médaillons muraux.

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Maternité ouvrière – Salle de jeu

 

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Maternité ouvrière – Cantine

Les bâtiments sont inaugurés  le mardi 23 octobre 1917 en la présence de MM. Albert  Thomas, Louis Loucher, sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions et Paul Strauss. Ce dernier est sénateur de la Seine et président de la ligue contre la mortalité infantile.

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Maternité ouvrière – Délégation officielle

AC92044_172Z_3AC92044_172Z_4label_centenaire_rondSi cette réalisation est souvent citée comme exemplaire, elle sera peu reproduite. Les raisons sont simples. La disposition des bâtiments les rend difficile à chauffer. De plus, la légèreté des constructions nécessite un entretien permanent donc coûteux. Et pour finir, la moyenne des enfants admis n’est que de 37.

Rapidement après la fin de la Première Guerre mondiale, la maternité ouvrière est fermée.