Une guerre oubliée

Cette année célèbre un triste évènement totalement oublié de la mémoire collective. Je veux parler de la guerre de 1870-1871 dont c’est le 150e anniversaire. Pourtant, cette guerre a eu de nombreuses conséquences en Europe : chute du Second Empire français et de l’empereur Napoléon III, proclamation de la IIIe République en France, perte des territoires de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, et la création d’un état allemand unifié autour de la Prusse.

Cet ensemble d’évènements a conduit à cultiver en France un esprit de revanche sur l’Allemagne. Cette hostilité entre les deux états aura pour conséquence dévastatrice deux guerres mondiales.

Un puzzle aux origines du conflit

Ce conflit est le résultat de la volonté prussienne d’unifier l’Allemagne qui est à ce moment-là une mosaïque d’états indépendants. La question de la vacance du trône d’Espagne (article L’opinion de Napoléon III sur la question du trône d’Espagne en 1869 par Marcel Emerit dans la Revue d’Histoire Moderne Contemporaine – nouvelle fenêtre)  va mettre le feu aux poudres. En effet, Guillaume Ier propose d’y installer un prince allemand. Pour Napoléon III, cette situation est inacceptable, car la France serait « encerclée » par la famille allemande des Hohenzollern (nouvelle fenêtre) . Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse.

C’est mal engagé, car les forces ne sont pas équilibrées

L’armée française n’est pas à la hauteur de l’armée prussienne, la France dispose de la moitié des hommes dont dispose l’Allemagne, et la mobilisation se fait dans le plus grand désordre, ce qui retarde l’offensive prévue en Alsace.

L’artillerie est elle aussi à inférieure à celle des Prussiens, en effet, les canons français, en bronze, se chargent toujours par la « gueule », alors que le canon prussien Krupp, en acier, est muni d’une culasse de chargement qui assure une cadence de tir plus rapide.

Napoléon III, vieilli, malade et sans grand talent militaire, entouré de ses généraux eux aussi vieillis et jaloux les uns des autres, n’appliquent pas les bonnes stratégies, ils sont plutôt partisans de la défensive.

Levallois, une ville en exil

Dès la déclaration de guerre, le maire Paul Caillard appelle les habitants à aider financièrement la société de secours aux militaires blessés des armées de terre et de mer. Les Levalloisiens participent généreusement, et lors de la séance du 22 juillet, le Conseil municipal vote à l’unanimité une souscription de 1 000 Frs.

La Garde nationale de la Seine est mobilisée pour assurer la défense de Paris. Le 9 août, les affiches apparaissent sur les murs de la commune appelant les citoyens ayant plus de trente ans à rejoindre le 34e bataillon au sein de la Garde nationale sédentaire. Dans les communes de Clichy et de Levallois-Perret, une compagnie de tirailleurs composée de 150 hommes est formée fin août au sein de ce même 34e bataillon.

Rapidement, les armées françaises sont défaites par les armées allemandes plus expérimentées et mieux équipées. Napoléon III capitule à Sedan le 2 septembre. C’est le choc dans l’opinion publique. Pour autant la guerre n’est pas finie. La IIIe République proclamée le 04 septembre à Paris souhaite poursuivre les hostilités. Un gouvernement de Défense nationale est formé sous la direction du général Trochu.

Paris est assiégé dès le 19 septembre par les armées allemandes. La capitale connait une grave crise sociale. Le siège est terrible, les gens meurent de faim  : Des Parisiens affamés ont dévoré les animaux du zoo du Jardin des Plantes en 1870 (article publié par  Yann Contegat, le 2 mars 2018 sur Daily Geek Show – nouvelle fenêtre)

La population levalloisienne se réfugie, courant septembre, derrière les fortifications de la capitale déclarée en état de siège.  Si au début de l’année 1870, la ville de Levallois-Perret dénombre 17 000 habitants, fin décembre 1870, ils seront à peu près 1750. Dans cet exode parisien, les animaux et les provisions sont pris pour assurer le ravitaillement. Mais autre fait marquant comme l’écrit un journaliste de l’époque, les mairies de la banlieue déménage aussi !

Le Conseil municipal de Levallois quitte la mairie de la rue Rivay pour s’installer au 33 rue de Moscou à Paris, dans un hôtel prêté gracieusement. La guerre ne signifie pas l’arrêt de l’administration de la commune. Si certaines  délibérations sont induites par la guerre d’autres apparaissent pour le moins surprenante comme le changement de dénomination de la ville en « ville de Courcelles ». De même, le débat sur le mode d’enseignement dans les écoles communales ravive les tensions entre  le Maire Paul Caillard et les Conseillers municipaux, ce qui le conduit à démissionner en novembre 1870. Jean Codur est élu Maire par les Conseillers municipaux.

En outre, les Levalloisiens sont soumis à d’intenses bombardements de l’artillerie allemande. Pire, ils doivent faire face aux restrictions alimentaires. Un futur Levalloisien en la personne d’Alfred Le Petit immortalise par ses dessins les préoccupations liées la nourriture.

Le 9 octobre, le nouveau ministre de l’intérieur, Léon Gambetta,  quitte Paris assiégé grâce à un ballon.

Caricature d’André Gill

Le 1er mars 1871, les troupes prussiennes entrent dans Paris et défilent sur les Champs-Élysées. Hasard de l’histoire, cette date est aussi celle où le Conseil municipal de Levallois réintègre la mairie de la rue Rivay.  Mais la guerre n’est pas encore finie. Les Parisiens rejettent l’Armistice et proclameront bientôt la Commune.

Le gouvernement est contraint de négocier. Favre rencontre Bismarck à Versailles, qui est le grand quartier général allemand. Bismarck accepte l’armistice si Paris capitule. L’armistice est signé le 28 janvier 1871. Le traité de paix définitif est signé à Francfort le 12 mai 1871.

Un Levalloisien se distingue durant cette guerre de 1870

Jean-Baptiste Eugène Boëltz née le 22 mai 1843 à Volmerange, en Moselle.

Sergent-major au 96e régiment d’Infanterie, Jean-Baptiste Eugène Boëltz combat lors de la guerre de 1870. Il est reconnu pour son courage, se distinguant notamment à l’occasion du siège de Phalsbourg et lors de l’évacuation du fort de la Petite Pierre.

En 1872, Jean-Baptiste Eugène Boëltz est élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur par le Ministre de la Guerre.

Résidant à Levallois, dans la vie civile, Jean-Baptiste exerce successivement différent métiers : employé des douanes, de compagnie de chemins de fer, ou encore représentant de commerce pour une maison d’horlogerie. Il décède le 13 mars 1895 à l’âge de 51 ans à son domicile levalloisien, au 30 rue Martinval (actuellement rue Pierre Brossolette).

Acte de décès de Jean Baptiste Eugène Boeltz

Le Conseil municipal décide de lui rendre hommage et de lancer une souscription pour élever un monument funéraire à sa mémoire, qui sera inauguré le 4 avril 1897.

Le buste de Jean-Baptiste Eugène Boëltz surmonte sa pierre tombale.

Parti sans laisser d’adresse… (Suite)

Après avoir découvert les changements de noms des grandes rues qui vont de Paris à la Seine dans notre précédent article, Parti sans laisser d’adresse, découvrons aujourd’hui les changements de noms de certaines rues qui mènent de Neuilly à Clichy.

Rue Chevallier

En 1853, la rue Chevallier n’est que partiellement établie. Au Nord, c’est une grande sablière qui l’interrompt à partir de la rue Fazillau (actuelle rue Jules Guesde), et à l’autre extrémité, elle est coupée par la rue des Arts (actuelle rue Marius Aufan). Elle n’atteindra sa longueur actuelle qu’au début de l’année 1874. Si en 1914 on y trouve quelques commerces de bouche (dont deux marchandes d’huitres !), on y déniche aussi cinq mécaniciens, et vingt et un marchands de vin.

Lors de sa séance du 23 décembre 1939 le conseil municipal décide d’attribuer le nom de Louis Rouquier à la rue Chevallier, un mois jour pour jour, après le décès de ce dernier.

Chemin de halage

Le chemin de halage est sans aucun doute la plus ancienne voie de Levallois. Depuis toujours, un chemin a dû longer le fleuve pour y puiser l’eau, y faire sa lessive ou faire boire les bêtes. Ce chemin figure sur la carte des chasses de 1774 (carte la plus ancienne que possède les archives municipales de Levallois) et sur tous les plans et cartes jusqu’à nos jours.

L’implantation d’industries fit apparaître un important trafic portuaire le long de ce chemin. Les bords de Seine sont fréquentés à la belle saison par des promeneurs et des baigneurs. Les chalands entassent leurs marchandises sur les berges, contre les haies et les clôtures. Les passants doivent ainsi contourner les monceaux de sable ou de charbon posés en maraude. Fréquemment les promeneurs finissent par couper à travers champs et la circulation des charrois est interrompue.

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L’usine Clément Bayard, Quai Michelet

Un arrêté du 1er novembre 1883, du maire, Jean-François TREBOIS , rebaptise le quai de halage pour devenir quai Michelet. Cette voie change à nouveau de nom en octobre 2016, et prend celui de Quai Charles Pasqua.

Rue Vallier

Nicolas Levallois la dessine sur son plan illustré de 1853, et lui donne le nom de « rue Vallier », nom d’un de ses amis menuisiers (comme lui) qui participe à la construction des premières maisons du village.

Cette rue démarre rue de Villiers et se termine rue de Courcelles (actuelle rue du Président Wilson).

En 1914, un des neuf dentistes de Levallois y a son cabinet. On y trouve aussi quelques commerces de bouche, cinq cordonniers, et à propos des nombreux marchands de vin levalloisiens, dix-huit d’entre eux y ont leur commerce. Ce qui, finalement, est peu comparé à leur présence rue Gravel (actuellement Aristide Briand), où ils sont quarante et un à y tenir boutique !

En 1926, la municipalité de Louis Rouquier décide de donner le nom de Louise Michel (nouvelle fenêtre) à la rue Vallier, mais cette décision est refusée par la préfecture.  Le Préfet motive son refus par le fait que les hommages publics ne doivent être décernés qu’à des personnalités décédées, sur lesquelles l’Histoire peut se prononcer… La Commune de Paris est un évènement encore trop récent pour que la « Bonne Louise » ait une rue à son nom à Levallois. Il faudra attendre une petit vingtaine d’années pour que cet hommage lui soit rendu par décision du Conseil Municipal le 23 novembre 1945.

C’est la seule femme à avoir le « privilège » d’avoir son nom ainsi que son prénom sur une plaque de métro.

Rue Fromont

Toujours sur sur son plan de 1853, Nicolas Levallois projette une rue qui joint la route d’Asnières (actuelle rue Victor Hugo), à la rue de Villiers et coupait ainsi le domaine de la Planchette en son milieu. N’ayant pas loti ses terrains, le propriétaire fait obstacle au projet.

Cette rue est percée au nord, de la rue Delaunay (rue Raspail) jusqu’au domaine de la Planchette. En 1857, une amorce de rue dans le prolongement de celle interrompue par le domaine de la Planchette est percée. Ces deux portions de rue portent le nom de rue Fromont, encore un artisan et ami de Nicolas Levallois, qui a, lui aussi, participé à la création du Village. Trois ans plus tard, la deuxième portion de la rue est prolongée jusqu’à la rue de Villiers. En 1883 ce tronçon sud est baptisé rue Kléber.

Ce n’est qu’en 1886 que la portion Nord est prolongée jusqu’à la route d’Asnières. Le 23 juin 1925, ce qui reste de la rue Fromont devient rue Camille Pelletan (nouvelle fenêtre).

Rue Gide

Au fil du temps, cet ancien chemin a porté plusieurs noms. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, il portait le nom de « chemin de Clichy ». Au début du XIX ème siècle, sur le territoire de Neuilly, il portait le nom de « chemin de la Planchette » et sur le territoire de Clichy, celui de « Chemin de Courcelles à Clichy ». Du côté de Neuilly, le chemin de la Planchette se trouvait dans un état déplorable qui le rendait impraticable par les charrois. Du côté Clichy, le chemin de Courcelles à Clichy aurait eu une « chaussée bombée et cailloutée en parfait état ».

Monsieur Rivay, homme fortuné et habitant du village Levallois, à son décès en 1865, a légué tous ses biens à notre jeune commune. C’est son neveu, M. Gide, qui fut son exécuteur testamentaire. En reconnaissance pour ce dernier la jeune commune donna son nom au chemin de Clichy.

Lors du Conseil Municipal du 23 novembre 1946, décision est prise de renommer cette rue. Elle devient rue Paul Vaillant Couturier (nouvelle fenêtre).