Un poète occitan à Levallois

2019 célèbre le 80ème anniversaire du décès d’un poète occitan prolifique, à la fois député et conseiller général, chevalier de la légion d’honneur et maire entreprenant de notre commune: Louis Rouquier.

Un poète

Louis Rouquier  écrit de nombreux ouvrages en langue occitane, sous le pseudonyme de Lou Bourret, ainsi que sous son propre nom occitan Lois Roquièr. Son œuvre rassemble une grande quantité d’expressions typiques de cette région, et illustre des scènes pittoresques de la vie du « petit peuple » de son époque. Il use de l’humour pour transmettre son parler, persuadé que sa langue maternelle ne peut être celle de la tragédie.

Tout au long de sa vie, il ne cessera d’écrire, malgré ses nombreuses autres activités.

Un homme politique

Né le 12 octobre 1863, à Puisserguiers (Hérault), Louis Rouquier quitte l’école à l’âge de 13 ans pour devenir ouvrier agricole. Deux ans plus tard, il sert dans la marine marchande, et devient ensuite secrétaire de mairie de sa commune natale. Il décide par la suite de « monter » à Paris pour vendre du vin.

Son engagement politique (à gauche) se manifeste de manière décisive lorsqu’il crée le Syndicat des travailleurs de la terre de Puisserguier, et en participant à divers congrès syndicaux. Sa carrière politique ne décolle qu’à son installation en région parisienne en 1906.

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Portrait de Louis Rouquier

Lors de la Grande Guerre, la première Guerre Mondiale, il est secrétaire du « Comité de défense de Levallois-Perret » qui aide les familles des mobilisés dans leurs démarches administratives. Dans le même temps, il participe à la création de coopératives d’habitations à loyer modéré (HLM).

En 1919, à 56 ans, il devient Maire de Levallois-Perret, et ce jusqu’en 1939. Il assurera donc quatre mandats, mais décédera un an avant la fin du dernier.

Sur un plan national, il est élu Député de la Seine en 1928 pour une législature. À la Chambre des députés, il est inscrit au groupe des indépendants de gauche, et participe aux commissions de l’hygiène, des régions libérées, de l’administration générale.

Communiste en 1920, puis socialiste, Louis Rouquier engage de profondes transformations pour sa ville.

De lourds dossiers et de belles réalisations

C’est sous le premier mandat de Louis Rouquier que s’accomplit l’érection du monument aux morts. Cela donnera lieu à de nombreuses polémiques.

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Monument aux morts, situé au centre du cimetière de Levallois

Louis Rouquier gère l’annexion à la ville de Paris du territoire zonier de Levallois. Ce décret d’annexion intervient en juillet 1930. Il obtient, après un travail acharné et quelques années de tractations, l’accord du préfet pour une indemnisation. C’est la ville de Paris qui devra s’acquitter de cette indemnité pour préjudices.

Conscient de l’importance de l’éducation, Louis Rouquier fait voter par le conseil municipal la construction d’un groupe scolaire, baptisé Jean Jaurès. Là encore, le projet est d’envergure, car il comprend une école de garçons, une école de filles et une école maternelle, pour une capacité d’accueil de 960 enfants. L’inauguration a lieu en 1929.

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Groupe scolaire Jean Jaurès

Louis Rouquier acquiert le domaine de La Carolue en Côte d’Or pour le transformer en colonie scolaires. Des générations de jeunes levalloisiens viendront y respirer l’air de la campagne.

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Toujours selon les thèses hygiénistes de l’époque, Louis Rouquier décide l’acquisition du reste de l’ancien domaine de la Planchette. Cet espace est aménagé en jardin public afin d’être le poumon vert de cette ville industrielle.

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Inauguration du prolongement de la ligne de métro n°3

 

Côté transports, Louis Rouquier joue un rôle déterminant dans la décision de l’état de prolonger la ligne de métro n°3, en prenant soin de la faire passer au centre de Levallois, avec trois stations.  Il négocie même que soient embauchés en priorité des ouvriers levalloisiens au chômage pour la réalisation de ce vaste chantier.

Une brusque disparition

Louis Rouquier n’achèvera pas son quatrième mandat de Maire. Il meurt subitement à son domicile levalloisien du 11 rue Victor Hugo, le 23 novembre 1939. Il est alors âgé de 76 ans.

La stupeur est totale. Ses funérailles sont organisées en grande pompe par la Municipalité. Pour l’occasion, la façade de l’Hôtel de Ville est drapée de noir. Le corps de Louis Rouquier revêtue de son écharpe de Maire est exposé dans le péristyle pour un dernier hommage des Levalloisiens.

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Façades de la Mairie drapée de noir à l’occasion du décès de Louis Rouquier

Conformément à ses dernières volontés, Louis Rouquier repose au cimetière de Puisserguier, dans un tombeau surmonté de sa statue.

À Levallois, la rue Chevalier est débaptisée et renommée Louis Rouquier deux semaines après sa disparition.

 

De Caillebotte à Marie-Jeanne, de Levallois à Orsay…

Une modeste Levalloisienne a contribué à enrichir une des plus grandes collections de peinture impressionniste, celle du musée d’Orsay, à travers un legs exceptionnel. Il s’agit d’un don de 5 œuvres de Gustave Caillebotte.

Peintre impressionniste, mais pas que… Gustave Caillebotte

Né à Paris en 1848, Gustave Caillebotte est un peintre issu d’une famille aisée, et après avoir reçu un héritage conséquent, il n’a pas à se soucier de contraintes financière. Cette situation confortable lui permet une totale liberté dans ses choix picturaux. Admirateur des impressionnistes, il rejoint leur groupe et expose avec eux à partir de 1876 (date de la seconde exposition de ce groupe).

Il ne peint pas comme les autres artistes impressionnistes, à l’aide de petites touches de couleurs posées les unes à coté des autres, ou juxtaposées. Il a marqué l’histoire de la peinture en adoptant des points de vue nouveaux pour l’époque. Ses lignes sont nettes et précises, faisant presque penser à des photographies.

Pourquoi et comment des tableaux de G. Caillebotte ont orné les murs d’une Levalloisienne ?

Il était une fois… Un majordome nommé Jean Daurelle (un majordome est un domestique qui dirige les employés de maison). Jean est le majordome de G. Caillebotte, dans sa propriété de Yerres.

Les familles Caillebotte et Daurelle s’apprécient, au point que le peintre fait poser son majordome en tenue de bourgeois, et réalise deux portraits de Camille. C’est le fils de Jean qui grandit dans la maisonnée avec sa mère, également domestique.

Ainsi entouré, Camille  devient commis, puis agent de change et finalement fondé de pouvoir. Une belle progression sociale pour cette famille issue de la France rurale. Camille vient habiter à Levallois vers 1906 et y restera jusqu’à sa mort en 1930, au n° 63 de la rue Voltaire.

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Vue de l’Hôtel de ville depuis l’immeuble de Camille Daurelle

Si Camille est le fils de Jean, il est aussi le grand-père de Marie-Jeanne Daurelle ! Elle vivait avec son frère, disparu plusieurs années avant elle, tous les deux célibataires et sans enfants, dernière de sa lignée, les cinq tableaux de G.Caillebotte étaient en sa possession. Les œuvres sont restées dans la famille Daurelle de la fin du XIX ème siècle au début 2019.

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Le 16 octobre 2018, Marie-Jeanne s’est éteinte en laissant un testament dans lequel elle fait don des cinq œuvres du grand peintre qu’il avait offertes à son majordome ( 3 peintures et 2 pastels) au musée d’Orsay. Plusieurs fois approchée par des marchands, elle aurait pu les vendre tous, et très cher.