Nicolas Eugène Levallois, un visionnaire

Cette année 2019 marque le 140e anniversaire du décès de Nicolas Eugène Levallois. À cette occasion, je vous propose de retracer le destin, hors du commun pour l’époque, de cet incroyable visionnaire.

 Une destinée singulière à l’origine de notre commune

 Nicolas-Eugène Levallois naît le 6 octobre 1816 à Paris, faubourg Saint-Honoré. Son père est menuisier, sa mère couturière. Orphelin à 13 ans, il entre en apprentissage chez son oncle, menuisier. De ce métier, il gardera un important réseau de camarades.

Levallois-HD bis

Doté d’un sens inné des affaires et du contact, il devient marchand de vins à Paris en 1841. Grâce à son débit de boissons, il retrouve ses anciens compagnons et agrandit son réseau de relations. Cette même année, il épouse Marie-Justine Cabourg avec laquelle il aura un fils, Philippe-Eugène l’année suivante.

Une opportunité

Nicolas Levallois, sur les conseils de son ami menuisier Fazillau, décide de placer ses économies dans l’achat de terrains. Nicolas Levallois repère ceux d’André Noël, un notaire-propriétaire, qu’il persuade assez facilement de lui confier la vente de ses parcelles. En 1845, Nicolas Levallois commence par acheter lui-même une parcelle de 710 m², puis il incite une dizaine de ses connaissances, tous limonadiers ou artisans du bâtiment, à acquérir à leur tour des terrains proches du sien.

Affiche de vente par lot village Champerret 1836-2

Aidé par le géomètre Rivet, Nicolas Levallois imagine et dresse les plans d’un futur village, avec son église, sa mairie, des écoles, des activités industrielles en périphérie… et, surtout, cette topographie si spécifique, faite de voies perpendiculaires d’un bout à l’autre du territoire et des constructions en blocs, comme à New York, particularité toujours existante.

Nicolas Levallois construit et ouvre une ginguette, qui devient un lieu de rendez-vous dominical pour les Parisiens. Il y organise des tombolas et des loteries dont les gros lots sont des lopins de terre, offerts à la condition expresse que l’acquéreur s’engage à bâtir dessus.

Moins d’un an après son arrivée, Nicolas Levallois obtient la reconnaissance officielle du Village Levallois par les Conseils municipaux de Clichy et de Neuilly dont le hameau dépend alors administrativement.

bureau Levallois-HD
Bureau de Nicolas Eugène Levallois, rue de Courcelles (Président Wilson)

Cette dénomination réclamée par les habitants eux-mêmes va à l’encontre de l’ancien usage qui veut qu’un nouvel hameau porte le nom du lieu où il s’élève. Dans ce cas précis, deux possibilités s’offraient « la vigne aux prêtres » ou « Courcelles ». Dans la première possibilité, il n’y avait plus de vigne ! Et dans la seconde, il existait déjà un village voisin avec cette appellation.

Une énergie à la hauteur de ses ambitions

Nicolas Levallois ne s’arrête pas là. Il déploie toute son énergie à viabiliser les rues grâce au pavage et à l’installation de l’éclairage public. Les travaux sont financés soit directement par les propriétaires fonciers, soit par souscription publique ou en dernier ressort par les finances publiques.

Le village Levallois se développe très rapidement. Cette expansion se traduit par le fait que les habitants ont un désir d’émancipation et d’autonomie. Des pétitions en ce sens sont régulièrement envoyées à l’Empereur Napoléon III.

La commune est créée en 1867 par Napoléon III et baptisée Levallois-Perret, association du nom de son créateur à celui du premier lotisseur de la région, Jean-Jacques Perret.

Une mise à l’écart

Rapidement, l’homme qui a réussi à faire reconnaître l’existence de sa commune et à lui faire attribuer son propre nom, n’y joue plus qu’un rôle mineur. Ancien membre du Conseil Municipal de Clichy, il ne fait pas partie du nouveau Conseil Municipal de sa ville et n’en sera jamais Maire.

Son soutien à l’empereur Napoléon III devient la cause de sa mise à l’écart au moment où la jeune IIIe République cherche à s’imposer.

Pire encore, le Conseil municipal cherche à plusieurs reprises à modifier l’appellation de la commune en la transformant en commune de Courcelles. Mais les tentatives échouent, l’humiliation n’est pas passée loin.

Néanmoins, Nicolas Levallois essaie toujours de s’impliquer dans les affaires publiques de la commune, mais toutes ses propositions sont rejetées, et ses choix antérieurs sont attaqués. Il doit sans cesse se justifier, comme lors des travaux d’élargissement de la rue de Courcelles (rue du Président Wilson).

Pour autant, la population conserve une sympathie pour celui qui a toujours œuvré au développement de leur commune.

Sur un plan plus personnel, Nicolas Levallois affronte le décès de son épouse tant aimée le 24 juillet 1879. Il achète une concession de terrain au cimetière communal afin d’y fonder la sépulture de sa famille.

Après une vie d’engagement au service de sa ville, Nicolas Levallois décède quelques mois après son épouse, le 15 septembre 1879 à son domicile levalloisien du 85 rue Gide (actuellement Parc Collange, rue Paul-Vaillant-Couturier). L’inhumation au cimetière a lieu quelques jours après.

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Sépulture de la famille de Nicolas Levallois

Sa tombe porte cet épitaphe en forme d’hommage : Sa mémoire est dans son œuvre.

À la surprise générale, aucun hommage officiel n’est retranscrit dans les registres du Conseil municipal.

Une reconnaissance tardive

Par délibération du Conseil municipal,   la tombe de Nicolas Levallois est désormais entretenue et cela à jamais, par la Ville, comme celles, notamment, de Gustave Eiffel, Louise Michel, Maurice Ravel, des anciens Maires de Levallois et des Compagnons de la Libération.

Aujourd’hui, dans cette ville qui porte son nom, la plaque du 28 rue Président-Wilson, , rappelle l’existence du bureau de Nicolas Levallois. On peut aussi découvrir son visage sur un mur peint ou encore grâce aux bustes placés dans le Péristyle et la salle du Conseil municipal de l’Hôtel de Ville.

92 rue PVC Maternelle P Bert
Nicolas Levallois se trouve en bas à gauche

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