La magie des fêtes grâce à la fée électricité

Si aujourd’hui il suffit d’appuyer sur un bouton ou d’insérer une prise électrique pour avoir de la lumière, il n’en a pas toujours été de même. Lorsque nous avons besoin d’électricité, celle-ci semble être à disposition, inépuisable, presque là par enchantement, à tel point que l’on ne se pose pas vraiment de questions. L’électricité est venue éclairer les Levalloisiens en 1894, cela a été une véritable révolution, mais nous étions encore loin de pouvoir envisager, et même imaginer les illuminations qui apportent toute la féerie aux fêtes de fin d’année.

Petit saut dans l’Histoire

On peut estimer que nous devons à Louis XIV l’apparition de l’éclairage public en France que nous connaissons aujourd’hui. Auparavant l’éclairage des rues ne reposait que sur quelques chandelles que l’on recommandait de placer au premier étage des maisons bourgeoises. En 1667, lorsque Nicolas de la Reynie est nommé lieutenant général de la police, il décide de renforcer les mesures de sécurité et de surveillance policière. Il fait suspendre une lanterne à chaque coin et milieu de rue  de Paris. Cette date marque le début de la pose de lanternes d’éclairage public dans les rues de Paris. Cet usage se généralisa rapidement à toutes les villes de France. L’allumage des lampes se fait alors par des habitants désignés annuellement par les autorités, chacun dans son quartier, aux heures définies  (et un commis supplémentaire dans chaque quartier pour avertir de l’heure). L’éclairage public passe alors à la charge de l’État moyennant une redevance par habitant. L’éclairage public est né !

Une production bien utile mais encore archaïque

En 1785, les travaux des ingénieurs français Philippe Lebon (nouvelle fenêtre) et anglais William Murdoch(nouvelle fenêtre) contribuent à la découverte du gaz d’éclairage.

La fabrication et la consommation du gaz de houille augmente et l’éclairage public est progressivement assuré par becs de gaz(nouvelle fenêtre) en remplacement des lanternes à huile. Les particuliers, et surtout les propriétaires de magasins, recourent, en grand nombre, à ce nouveau système d’éclairage.

Dès 1867 (date de la création de notre commune) la ville est liée à  » La Compagnie Parisienne d’Eclairage et de Chauffage par le Gaz ».

L’éclairage urbain est assuré à la fois par le gaz, mais aussi dans certains quartiers par l’huile minérale. Ce dernier procédé ne satisfait pas les usagers et les industriels. En 1884 plusieurs courriers sont adressés au Maire afin qu’une amélioration soit rapidement apportée.

remplacement lanterne huile par gaz
Proposition de M. TOUZET, conseiller municipal pour remplacer les lampes à huile de l’éclairage urbain par des lampes à gaz. 23 Aout 1884.

En 1896, certains industriels continuent de se plaindre du peu d’éclairage fournit par les lampes à huile, alors que Levallois est majoritairement équipé de lampes à gaz, mais commence aussi à bénéficier d’équipements électriques. Cela peut paraitre paradoxale, car Levallois produit et fournit de l’électricité pour Paris depuis 1893. L’usine principale de production se situe à Levallois au 55-57 rue Greffülhe, à l’angle de la rue de Villiers et du quai Charles-Pasqua. Cette usine fournit le secteur des Champs-Elysées (il couvre la partie Ouest de Paris intra muros : l’Ouest des 8ème et 17ème arrondissement, et le 16ème en entier). En 1910 la Compagnie d’éclairage électrique du secteur des Champs-Elysées devient la plus importante de Paris. Le secteur compte alors 19 325 abonnés.

Une invention lumineuse

Inventée par Joseph Wilson Swan  (au Royaume-Uni), la première lampe à incandescence apparait en  1879, mais n’est toutefois que très peu exploitée à ses débuts. En effet, la technologie de ces lampes n’est pas encore au point. Ce n’est que grâce aux améliorations apportées par Thomas Edison(nouvelle fenêtre) que l’éclairage à l’électricité rivalise avec l’éclairage au gaz. Les lanternes électriques utilisant des lampes à incandescence remplacent peu à peu les lanternes au gaz. Les dernières lanternes au gaz disparaissent en France au milieu des années 1960.

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Cahier des charges de l’établissement Eschieret, Fuchs et Frères – 1894.

En 1888, le Conseil municipal de Levallois délibère à propos de l’installation de l’électricité pour l’éclairage public. En 1893, après la mise au point de différents cahiers des charges, une convention est signée entre la Ville (représentée par Mr Trébois, Maire de l’époque) et la société Eschieret, Fuchs et Frères (électriciens à Levallois- 31 rue Poccard actuellement rue Gabriel Péri).

Le 22 mars 1894, cette convention est contresignée par le Préfet (à l’époque Monsieur Poubelle… Oui oui, celui-là même !)

Le service des archives municipales possède des documents qui retracent cette période de transition. Nous savons notamment que 50 lampes à arc remplaceront 174 becs de gaz, que 400 lampes à incandescence remplaceront 400 becs de gaz, et que 56 lampes à incandescence prendront la place de 56 lampes à l’huile.

Cette révolution technologique permet même d’illuminer l’Hôtel de Ville à l’occasion de son inauguration.

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Facture d’éclairage pour les fêtes d’inauguration de l’Hotel de Ville – 1898

Désormais, toutes les folies sont permises ! Outre l’éclairage quotidien des rues, places et jardins, des illuminations ponctuelles font leur apparition, notamment les fameuses illuminations des fêtes de fin d’année.

A Levallois, cela fait des décennies que nos rues, places et monuments sont illuminés à cette occasion. (4500 ampoules sont nécessaires pour illuminer l’Hôtel de Ville)

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Illuminations hiver 2003

La technologie continue d’évoluer, ainsi aujourd’hui nous sommes enchantés par des créations qui émerveillent petits et grands, qui donnent un coté féérique à la nuit, et qui utilisent non plus des ampoules à incandescence, mais des LED « light-emitting-diode » (diode électroluminescente) . Grâce à cette avancée, 70% d’économie d’énergie est réalisé.

Quelques autres belles photos pour prolonger la rêverie…

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Merci à Monsieur Eric Daudignon (services techniques de la ville de Levallois) pour ses éclairantes informations !

Symbole de paix et objet de discordes : Le monument aux morts

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la plus meurtrière de notre histoire nationale, la France est victorieuse. Victorieuse mais endeuillée. Cette guerre a mobilisé plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part. Environ 9 millions de personnes sont mortes et approximativement 8 millions sont devenues invalides. Au sortir de la guerre, la nation souhaite rendre hommage au sacrifice de ces millions d’hommes et de femmes morts ou disparus au champ d’honneur.

Une loi et des délibérations

C’est ainsi que naît la loi du 25 octobre 1919 consacrée « à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre ». Plusieurs mesures sont prévues : notamment l’attribution de subventions par l’État aux communes pour glorifier les héros morts pour la Patrie.

Par délibération, en date du 28 juillet 1922, le Conseil municipal de Levallois vote la construction d’un monument aux morts dans le cimetière municipal. Un concours est lancé  avec pour seule consigne la sobriété.

Le choix du sujet est laissé aux concurrents. Toutefois, ils devront se pénétrer de l’idée qu’ils doivent créer un monument d’architecture sobre, ne comportant aucun attribut confessionnel ou de glorification guerrière et symbolisant l’horreur de la guerre et la prospérité des peuples dans un avenir de paix et de fraternité.

Différent types de monuments

Pierre Roy, coauteur de Autour des monuments aux morts pacifistes en France estime que les monuments aux morts peuvent se classer en 5 catégories « les triomphalistes, les doloristes (femmes ou enfants en pleurs), les explicatifs, les pacifistes, les problématiques. Par « problématique », il faut comprendre que le monument renvoie un message de paix, un poème par exemple, mais en même temps on voit un poilu (nouvelle fenêtre) le fusil à la main »

Marqués par un style généralement doloriste, les monuments aux morts varient selon les municipalités. En Alsace-Lorraine, la majorité des soldats sont morts sous l’uniforme allemand : on indique ainsi sur ces monuments « À nos morts », plus que « À nos enfants morts pour la France ». Les mairies de droite, nationalistes et  « revanchardes », mettent plutôt en avant une ode à la victoire, avec par exemple une statue avec une couronne de laurier et un fusil dressé, alors que les mairies de gauche préfèrent davantage insister sur le deuil. On trouve même parfois des monuments aux morts pacifistes (nouvelle fenêtre).

Les pertes massives amènent, le plus souvent, non à glorifier la victoire, mais à honorer ceux qui ont perdu la vie. Cet aspect est important, car la très grande majorité des monuments élevés à cette occasion le sont à l’initiative, ou au moins avec la participation financière des anciens combattants. Leur motivation à continuer de se battre était l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des Ders (nouvelle fenêtre) »), et que leur sacrifice ne serait pas vain ; les monuments sont aussi là, dans une certaine mesure, pour rappeler ce sacrifice.

Le 14 mai 1923, le jury  se réunit pour désigner le lauréat du concours.  Le projet du statuaire Charles Yrondi et de l’architecte Bertin est ainsi retenu. Levallois sera doté d’un monument pacifiste ! (En France, il n’existe que 35 monuments de ce type).

Le monument de toutes les polémiques

L’interprétation du monument donné par le statuaire, lui-même ancien combattant, et celle communément admise, est la suivante :

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Monument réalisé en calcaire et pierre de taille. L’édifice mesure 10,80 mètres de haut et 8,50 mètres de coté.

La France pleure ses enfants. À sa gauche un soldat noir rappelant le concours des troupes coloniales reste dans une naïve et muette admiration, tandis qu’à sa droite, un troupier plus conscient, attend les ordres de la Patrie, résolu au sacrifice. Dans son regard il y a une désapprobation des atrocités engendrées par la guerre. En dessous du soldat noir se trouve un fusillé. Plus bas, un autre combattant est à genoux, dans l’attitude du soldat prêt à lancer une grenade. Lui aussi semble s’adresser à la France et demander si il est vraiment indispensable, après tant de souffrances, de mourir soit fusillé, soit gazé comme son camarade à sa gauche. Enfin, au premier plan, l’ouvrier brisant l’arme symbolique du crime (une épée) pour l’utiliser à une œuvre de paix.

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Le monument surplombe une crypte comportant 300 places ainsi que plusieurs plaques nominatives recensant les Levalloisiens morts pour la France.

Actuellement reposent les corps de 192 soldats, 108 places sont donc inoccupées. Au fur et à mesure où des concessions familiales de soldats morts pour la France prennent fin, les corps sont transférés dans la crypte.

La porte qui mène à cette crypte est très travaillée. La pensée qui a guidé sa composition est la suivante :20181029_144402

Un soleil levant symbolise l’aurore de paix née de la cendre des géants qui dorment dans le tombeau. Deux mains puissantes sortent de ce soleil, elles représentent l’effort des morts s’arrachant de l’ombre, se hissant vers le jour pour rappeler aux vivants, en leur montrant la branche d’olivier symbole de paix, la raison de leur sacrifice.

 

 

Un projet pacifiste dans un climat tendu

Ce projet prend naissance dans un climat tendu, car en effet, à la sortie de la guerre des tensions éclatent entre la municipalité de Louis Rouquier  et les associations d’anciens combattants.

Ainsi, la commémoration du 1er novembre 1921 finit par des affrontements.  Le drapeau rouge  ayant été déployé en tête du cortège et M. Jambon, adjoint au maire terminant son discours par le slogan « À bas la guerre ! Vive la révolution sociale internationale », les associations d’anciens combattants y voient une provocation.

Dans ce climat tendu et afin d’apaiser la situation, le maire nomme deux délégués représentant les associations d’anciens combattants à la commission chargée du projet de monument aux morts.

Le monument retenu sera placé dans l’enceinte du cimetière. Il atteindra une hauteur totale de 10,88 mètres.

Une violente campagne de presse est menée contre ce monument.  Certaines associations d’anciens combattants y voient la France de la victoire représentée par une femme en pleurs, le soldat attaché au poteau, la glorification de ceux qui ont failli au combat, et l’ouvrier brisant une épée, une attaque contre l’armée.

« Le scandaleux et inacceptable monument aux morts de la guerre : ce monument ne parait pas seulement évoquer l’horreur de la guerre, il est aussi antimilitariste « . L’avenir de Levallois n°92 du 09 octobre 1926.

Le monument est mutilé dans la nuit du 23 au 24 novembre 1926. La ligue des droits de l’homme condamne cet acte. Selon elle, cette œuvre n’a aucun caractère défaitiste et rend hommage aux victimes. La municipalité, par voie d’affichage appelle la population à s’indigner contre cet acte de vandalisme.

Le monument aux morts, lieu de mémoire par excellence, est une interpellation adressée par les morts aux vivants qui pose ces questions toujours actuelles :

  • Pourquoi sommes-nous morts ?
  • Qu’avez-vous fait de notre mort ?
  • Sommes-nous morts pour rien ?

 

                                                                 Article écrit d’après les recherches de Denise D.