« C21H22N2O2 », L’héroïne de nombreux romans policiers.

 

Nous avions envie de célébrer avec vous une découverte vieille de 200 ans. C’est en effet en 1818 que la molécule de la strychnine a été isolée.  Les effets liés à son absorption font de cette substance un poison et un remède. Cette découverte , nous la devons à deux pharmaco-chimistes  : Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou.

La strychnine, qu’est-ce donc ?

Sous ce nom compliqué se cache un alcaloïde très toxique. A très faible concentration, il est utilisé en pharmacie pour ses propriétés stimulantes (du système digestif, et du système nerveux central), mais il est aussi un poison très puissant. Son effet est foudroyant, quelques milligrammes suffisent à entrainer la mort.

Vous seriez surpris d’apprendre que certains d’entre nous en consommons. En effet, il est aujourd’hui connu en homéopathie sous le nom de « nux vomica » car il provient des fruits du vomiquier :  la noix vomique, nux vomica, ou encore « noix qui font vomir ». Ses fruits sont ronds, et leurs couleurs varient du vert à l’orange.

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Strychnos nux vomica : arbre à feuillage persistant originaire d’Asie du sud est
Les chimistes Pelletier et Caventou parviennent en 1818 à en extraire la molécule presque pure. Pour l’époque, nous pouvons parler d’un exploit.

Un chimiste de talent

Joseph Pelletier est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Fils d’un maitre en pharmacie, et petit fils d’un maitre-apothicaire, il a travaillé dès l’âge de 12 ans dans l’officine de sa mère.

Après être entré à l’école de pharmacie de Paris, il obtient différents prix : premier prix de chimie à la fin de sa première année, prix de Botanique et d’Histoire naturelle…

Rapidement, il se lance dans l’étude de diverses résines, gommes et substances colorantes. Il est  précurseurs dans l’étude du pigment des feuilles vertes, qui s’appelle aujourd’hui, grâce à lui, chlorophylle.

Il poursuit ses recherches avec Joseph Caventou, et ils découvrent la strychnine en 1818,  la quinine en 1820. Il s’agit d’un autre alcaloïde naturel, antipyrétique ( lutte contre la fièvre), analgésique et antipaludique. Ils n’en retirent aucun bénéfice financier, car ils décident de rendre publique leur découverte . Cela vaudra à Pelletier le titre  de bienfaiteur de l’humanité.

A l’école de pharmacie de Paris, il obtient une chaire de professeur d’histoire naturelle, et en devient par la suite, le directeur adjoint. Il est également nommé membre de l’Académie royale de médecine, et officier de la Légion d’Honneur.

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Une industrie pharmaceutique à Levallois

En 1821, Joseph Pelletier acquiert des terres, une maison et ses dépendances dans le hameau de la Planchette. Il vient y habiter, et y crée une fabrique de produits chimiques, qui est l’une des premières industries du Village Levallois,  la quinine y est fabriquée, et commercialisée. Pelletier est un des premiers créateurs d’une industrie pharmaceutique en France. La Planchette est un petit hameau qui cette année là comptait 27 habitants, vraisemblablement les ouvriers de Pelletier.

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Publicité pour les capsules de Quinine parue dans « Le Monde Illustré » du 10/06/1899

Joseph Pelletier meurt en 1842, et c’est l’un de ses élèves qui reprend la fabrique jusqu’en 1850, date à laquelle cette activité pharmaceutique à Levallois s’arrête.

La fabrique se situerai aujourd’hui à l’emplacement de la crèche « La planchette » et du siège social de « Plastic Omnium ».

La strychnine,  héroïne malgré elle

La strychnine est un poison extrêmement violent. En général, elle est utilisé dans la lutte contre les corbeaux, les petits rongeurs…

C’est aussi un stimulant du système nerveux central. Elle accroît le goût, l’odorat et la vue. A dose moyenne elle augmente l’amplitude respiratoire.
C’est un poison incolore, inodore qui a une saveur amère. Il peut être ingéré, inhalé ou mixé à une solution et injecté par intraveineuse.

Un produit dopant

Nous avons vu que la strychnine augmente l’amplitude respiratoire. Au début du siècle des athlètes se dopaient à la strychnine. Citons quelques cas célèbres:

Le cas de Thomas Hicks champion olympique de marathon en 1904. Il reçoit une première dose d’1 mg alors qu’il ralentissait. Puis, la première dose ne faisant pas effet, il en reçoit une deuxième et gagne. A l’arrivée, il s’effondre. Une troisième dose aurait pu lui être fatale.

Il y a ensuite le cas Dorando Pietri. Aux jeux olympiques de 1908 à Londres, arrivé en tête, il s’effondre dans les derniers mètres du marathon devant 75000 spectateurs terrorisés. Ils tombe cinq fois de suite et est relevé à chaque fois par les officiels jusqu’à l’arrivée. Il sera disqualifié pour « aides étrangères ». On l’aurait vu absorber des pastilles d’atropine et de strychnine. Il aurait pu mourir sans les massages cardiaques.

L’haltérophile Kirghiz Izzat Artykov est contrôlé positif à la strychnine aux Jeux de Rio en 2016

Un produit létal

L’ampleur de l’empoisonnement dépend de la quantité ingérée, inhalée…

L’empoisonneur de Lambeth, l’assassin à la strychnine de quatre prostituées, fut pendu en 1892.

Le guitariste de Blues Robert Johnson aurait été empoisonné en 1938, à la strychnine à l’aide d’une bouteille de whisky offerte par le tenancier d’un bar, jaloux de le voir tourner autour de sa femme.

Le bandit Gaspare Pisciotta (1924-1954) fut empoisonné en prison par la mafia ; de la strychnine fut versée dans son café.

Le neurochirurgien Thierry De Martel se suicide le 14 juin 1940 en absorbant de la strychnine alors que les troupes allemandes entrent à Paris. Désespéré, il écrit avant sa mort : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j’y resterai mort ou vivant.……. Adieu. Martel. »

Héroïne de romans policiers

Dans le tout premier romans d’Agatha Christie, intitulé « La mystérieuse affaire de Styles » et écrit en 1917, la strychnine est au cœur de l’intrigue

De nombreux auteurs ont utilisé cette substance.; pour faire disparaitre leurs personnages : G.Simenon (le chien jaune), H.G.Wells (l’homme invisible), Sir Arthur Conan Doyle (le signe des quatre), F.Thilliez (la mémoire fantôme)….

Si la strychnine a fait aussi ses pas au cinéma (Arsenic et vieilles dentelles, les dents de la mer…), on la retrouve dans une chanson de Nino Ferrer « le roi d’Angleterre »:

Madame Joséphine
Nourrit de strychnine
Toutes ses voisines
De l’étage en dessous

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la 2 CV, une Très Petite devenue grande

Notre « deudeuche » nationale est née d’un projet intitulé TPV pour Très Petite Voiture. Nous allons retracer l’incroyable épopée de cette voiture populaire, présentée au public en octobre 1948, il y a 70 ans !

Naissance du projet

En 1934, Pierre Michelin rachète la société Citroën confrontée à des déboires financiers. Il place à la direction générale de l’entreprise Pierre-Jules  Boulanger, c’est lui qui conduira le projet de la 2 CV(nouvelle fenêtre).

Monsieur Boulanger cherche à développer la société sur un marché autre que la Traction avant. Cette idée de concevoir une voiture économique lui serait venue lors d’un embouteillage dans un village auvergnat. Pierre Boulanger constate que les difficultés de circulation sont dues non à des voitures mais à des carrioles à cheval, des charrettes et brouettes. Comme il veut comprendre la raison de cette absence de véhicules motorisés, de retour à Paris, il charge un ingénieur de concevoir et de réaliser une enquête d’opinion. Le résultat est sans appel. Les personnes interrogées considèrent l’automobile comme trop chère, trop grande, voir difficilement maniable.

 

C’est alors que naît le projet  » TPV « . Pierre Boulanger convoque le directeur du bureau d’études, Maurice Brogly et lui demande de concevoir cette voiture. La commande semble simple… cette voiture devra pouvoir transporter entre deux et quatre personnes, cinquante kilos de pommes de terre (ou de bagages) à la vitesse de 50/60 km/h, sans consommer plus de 3 litres aux cents ! dernière contrainte, son prix devra être 3 fois plus bas que celui d’une traction avant 11 CV.

En résumé, elle devra être économique en entretien comme en fonctionnement !

Maurice Brogly, surnommé le lion, mandate l’équipe d’André Lefèbvre pour réaliser ce projet.

Les premiers prototypes voient le jour en 1937. Ils ont comme caractéristiques de disposer d’un seul phare et d’une manivelle pour le démarrage.100Z151002

À partir de cette date, les prototypes sont testés, dans le plus grand secret, sur le site de La Ferté-Vidame, en Normandie.

En septembre 1937, un brevet d’invention est déposé à la direction de la propriété industrielle sous le nom «  Voiture à roues indépendantes ». Ce dernier est délivré en novembre 1938.

L’équipe du projet veut faire vite car la marque Ford s’apprête à sortir une 6 CV à Poissy.

Avant la déclaration de guerre à l’Allemagne, il existe 250 prototypes de la TPV, toutes assemblées dans l’usine levalloisienne, anciennement Clément-Bayard.

Fin août 1939, la TPV est homologuée par les Mines sous l’intitulé « 2 CV A ».Citroën 7Fi321029

Une voiture dans la tourmente

La guerre met en suspend le projet. Les Allemands sont intéressés par ce véhicule. Plusieurs missions d’ingénieurs allemands sont venus observer la 2cv sur la chaine de montage à Levallois. Suite à ces visites, les Allemands demandent que 3 voitures leurs soient cédées. La direction de Citroën refuse de donner suites malgré les injonctions de l’occupant, et va jusqu’à détruire tous les prototypes (sauf 5, qui seront retrouvés bien plus tard).

La Très Petite présentée au président

Le 07 octobre 1948, à l’ouverture du 35 ème Salon de l’automobile, Pierre Boulanger dévoile lentement la 2 CV devant le Président de La République, Vincent Auriol. Elle stupéfie par son aspect insolite, l’astuce de ses aménagements, son caractère économique, et ses possibilités d’utilisation multiples. Un public de 1 300 000 visiteurs vient voir ce curieux véhicule. Le capot du moteur est plombé, le moteur n’est pas visible.Grandes heures de la 2 chevaux 2

L’accueil de la presse est mitigé. La 2 CV est comparée à une boite de conserve. Peu nombreux sont les journalistes à lui prédire un brillant avenir. Pour autant, l’équipe Citroën réalise un sondage d’opinion durant 10 jours sur le stand auprès des hommes, des femmes et des enfants !

Elle s’élance !

Le prix annoncé est de 185 000 francs. Elle ne sera commercialisée qu’à partir de 1949..Citroën 7Fi325003

La vente est organisée de telle façon que les 200 premiers clients doivent avoir des moyens modestes et la nécessité de se déplacer fréquemment. Les premiers conducteurs sont principalement des cultivateurs, des assistantes sociales et des agents d’assurance.

De plus, elle est vendue uniquement de couleur grise. Finalement, le prix est 228.000 francs

Les commandes affluent et les délais de livraisons se comptent en plusieurs années. C’est un triomphe.

La fin d’une épopée, mais le mythe survit

Si le 29 février 1988, la toute dernière 2 CV sort de l’usine de Levallois par la porte du 54 quai Michelet (actuellement Charles-Pasqua), ce n’est pas pour autant « la chronique d’une mort annoncée ». En effet, elle est une star immortalisée sur la pellicule.

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La dernière 2 CV sort de L’usine Citroën de Levallois

Nous pouvons la retrouver au travers de nombreux films : Moyen de fuite dans « Les diaboliques » (1955), symbole des « Dupont et Dupond » Dans « Tintin et les oranges bleues » (1964), objet d’un larcin dans « les valseuses » (1974) Compagne de Roger Moore dans « Rien que pour vos yeux » (1981), amoureuse dans « Cars 2 » (2011)…  et bien d’autres encore, mais surtout, objet de désespoir pour Bourvil dans l’inoubliable « Corniaud » (1965),

« Ah bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien ! Forcement ! »

Un jeu d’enfants, auquel certain d’entre vous a peut-être joué, contribue a faire vivre ce mythe. Si je vous dis:  » 2 CV verte sans retouche » arrivez-vous à visualiser une 2 CV verte tout en ressentant un petit pincement sur l’avant-bras ?