Gaston ! Y a l’ téléphon qui son…

Nino Ferrer le dit dans sa chanson, mais pour que le téléphone sonne, encore faut-il connaitre le numéro de son correspondant ! Aujourd’hui avec Internet, c’est facile. Pour celles et ceux qui en étaient équipés, à partir de 1983, le minitel donnait ce genre de renseignements. Mais avant ces avancées technologiques, comment faisait-on ? Nous connaissons tous l’annuaire, ou le bottin, mais connaissez-vous ses origines ? Allons-nous encore disposer de cet outil longtemps ?

Des origines plus anciennes que l’on ne se l’imagine

Sébastien Bottin est prêtre avant la Révolution française, et il renonce à cet état pour s’engager dans la Révolution. Il occupe des postes administratifs de plus en plus importants en Lorraine et en Alsace.

En 1763, apparaît « l’Almanach de Gotha » qui est un annuaire des maisons royales et des familles souveraines (ou l’ayant été) et de la haute noblesse de l’Europe, ainsi que des chefs d’État. (Il sera sous-titré en 1944 Annuaire généalogique, diplomatique et statistique).

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Quelques années plus tard, S.Bottin s’inspire de l’Almanach royal, édité pour Louis XIV, qui recensait les hauts fonctionnaires de l’Etat et les professeurs d’universités, et fonde la Société de l’almanach du commerce en 1796 à Paris. Il publie le premier annuaire des entreprises en 1798 sous l’appellation « Almanach du commerce et de l’industrie ». Cet almanach est devenu l’annuaire de l’administration française, et est édité jusqu’en 1919. C’est son nom qui est donné à cette forme de publication comme l’annuaire téléphonique, communément surnommé le bottin en France et en Suisse, mais aussi le « bottin gourmand » ou le « bottin mondain ».

 L’arrivée du téléphone, démocratise le bottin

En 1880, avec l’installation des premiers centraux de communication manuels, apparaît le premier annuaire des abonnés téléphoniques (il comportait à peine 200 connexions). Les numéros de téléphone qui étaient donnés par les opératrices du numéro 11 en 1938 en France, provenaient des annuaires édités par la Direction des Postes et Télégraphes.

Les « pages jaunes » naissent en 1883, lorsque la Wyoming Telephone Company demande à un éditeur local de créer le premier annuaire. À court de papier blanc, celui-ci utilise un stock de papier jaune. L’annuaire se popularise sous le nom de yellow pages (« pages jaunes »). En 1886, Reuben Donnelley améliore le concept en définissant deux catégories : en blanc, les particuliers classés par nom, ; en jaune, les professionnels répartis par domaines d’activité.

À l’origine, l’annuaire téléphonique était publié uniquement sous forme de livre.

Une plongée dans l’histoire

Les archives municipales de Levallois possèdent un exemplaire de l’annuaire général de Neuilly et Levallois de 1904. Celui-ci comporte divers renseignements et informations : un rapide historique de la commune, des renseignements administratifs, les tarifs des octrois, une liste du personnel communal et leur rémunération, une biographie des membres de l’équipe municipale et des personnalités levalloisiennes… Des publicités pour les différents commerces, mais aussi bien sûr, la liste des habitants et leur adresse, ainsi que la liste de tous les professionnels installés sur la commune.

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On y apprend des choses surprenantes. Ainsi, en 1904, Levallois dispose de 12 lavoirs, de 8 marchands de chevaux et de 11 maréchaux-ferrants. Pour se chauffer, il existe 10 fumistes (Si ! Si ! c’est bien le nom que portaient à l’époque les chauffagistes, ils étaient chargés d’installer ou réparer les cheminées et appareils de chauffage) et de 53 charbonniers (appelés aussi bougnats ou marchands de charbon).

Si les Levalloisiens bénéficient de 133 épiceries, et de 39 coiffeurs, ils n’ont accès qu’à 4 dentistes !

Les archives municipales de Levallois disposent aussi de l’annuaire général de 1914, dans lequel les premiers numéros de téléphone font leur apparition. Nous disposons aussi d’annuaires appelés « indicateur bijoux », il s’agit tout simplement de l’ancêtre des pages jaunes, le plus ancien que nous ayons date de 1934.

Une fin programmée

Traditionnellement, l’annuaire téléphonique est une publication imprimée, distribuée gratuitement. Les informations concernant les abonnés sont présentées par ordre alphabétique des villes (ou villages). L’annuaire est divisé en deux parties : la liste des particuliers et celle des professionnels.

L’arrivée du minitel en 1983, révolutionne les modes de recherches.  En 1986 en France, on dénombre plus de 7 millions d’heures passées sur l’annuaire électronique, chiffre qui atteint les 16 millions dix ans plus tard. L’annuaire devient ensuite également accessible sur logiciel informatique. Avec la démocratisation d’Internet dans les années 2000, les annuaires en ligne font leur apparition et remplacent progressivement non seulement le minitel,  mais aussi de plus en plus l’annuaire papier.

Les derniers annuaires téléphoniques, sur support papier, à destination des particuliers seront livrés à la fin de l’année 2019, et les derniers annuaires professionnels à la fin de l’année suivante. Seulement 9 millions d’annuaires seront diffusés cette année, contre 57 millions en 2007.

 

Alfred Le Petit, un Levalloisien irrévérencieux.

Alfred Le Petit est surtout célèbre pour ses nombreuses caricatures, mais c’était un artiste avec plusieurs cordes à son arc, ou à sa palette devrais-je dire ! Je vous propose de vous plonger dans le milieu de la caricature avant de faire le point sur les multiples talents de ce Levalloisien impertinent.

Caricatures… Dessins humoristiques… Satires…

Le mot caricature vient de l’italien caricatura : charge d’une façon exagérée, lui-même venu du latin carricare : charger, lester un char de poids, et donc par extension en rajouter. Ce mot est en usage en France et en Angleterre depuis le début du XVIII e siècle.

Une caricature est une représentation grotesque, en dessin, en peinture, etc… d’une ou plusieurs personnes, obtenue par l’exagération et la déformation des traits caractéristiques du visage ou des proportions du corps, dans une intention satirique. Ces représentations sont volontairement grotesques, bouffonnes, burlesques, humoristiques, absurdes et portent la volonté de tourner en dérision, de ridiculiser. La caricature est très utilisée par la presse depuis le XIXe siècle.

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Dans leur volonté de communiquer, les caricatures politiques diffèrent des dessins humoristiques car ces derniers représentent des blagues, racontées de manière visuelle pour divertir le public, alors que l’objectif des caricatures politiques, qui utilisent elles aussi l’humour, est de transmettre un message politique.

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Badinguet est le surnom satirique de Napoléon III

Les fonctions de la caricature politique incluent la propagande. La caricature propagandiste cherche à provoquer le public et à l’inciter à s’engager, en insistant sur un point de vue politique, tout en accentuant les divisions dans la société.

La presse charge les caricaturistes d’interpréter les évènements politiques plutôt que d’informer sur la réalité. À travers leurs dessins, les caricaturistes associent des éléments visuels à un message précis. Ils utilisent des figures rhétoriques, comme le jeu de mots, la métaphore, la comparaison et l’allégorie. ( Hé non ! Charlie hebdo n’a rien inventé !)

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À partir de 1881, les caricatures vont prendre une ampleur nouvelle. En effet, la loi du 29 juillet 1881 (nouvelle fenêtre) votée sous la IIIe république, définit les libertés et responsabilités de la presse française. Elle est souvent considérée comme le texte fondateur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en France. Auparavant, la loi exigeait que l’on demande à la « victime » son autorisation manuscrite avant la publication de la caricature (ou charge).

Qui est Monsieur Le Petit ?

Alfred Achille Alexandre Le Petit est né le 8 juin 1841 à Aumale (Seine Maritime). Son père est bijoutier, et sa mère, sans profession. Au cours du XIX e siècle, la photographie étant en plein développement, il entre à 21 ans comme apprenti chez un photographe professionnel à Paris.Alfred Le Petit001

Il s’installera à Levallois dès 1874, rue de Courcelles (actuellement rue du Président Wilson).

Dessinateur et caricaturiste

Après différentes périodes d’apprentissage à Paris, Alfred Le Petit devient élève à l’académie de peinture et de dessins de Rouen. Il développe rapidement son trait et son style si satirique, et se lance dans la caricature. Il dessine pour plusieurs journaux, dont les plus célèbres : Le Grelot, Le Charivari et L’assiette au beurre. Plus que des dessins, il s’agit de caricatures qui reflètent avec son humour caustique et son génie satirique ses idéologies et positions politiques, dans un esprit républicain avancé et très anticlérical.

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Patron de presse

Avec la liberté de la presse, le nombre de titre de presse est à son apogée. Alfred Le Petit (qui utilise aussi les pseudonymes Caporal et LE Grand) fonde une multitude de journaux, à l’existence plus au moins longue. Dès 1867, année de naissance de Levallois, il crée le TAM TAM à Rouen, puis à Paris : La Charge (nouvelle fenêtre) (1870-1871), Le Pétard, Le Sans-culotte et L’Etrille. Ses attaques contre le régime lui valent quelques ennuis, et plusieurs mois d’emprisonnement à la prison politique Sainte-Pélagie. En effet, il doit affronter la censure avec notamment la caricature de Napoléon III en porc contemplant Paris d’un balcon des Tuileries. Une autre de ses cibles préférées est Adolphe Thiers.

Peintre à ses heures perdues

Alfred Le Petit s’essaie à la peinture dès son plus jeune âge. Il va jusqu’à présenter deux peintures au salon officiel. « Le singe malade » et « singe chiffonnier », mais il y sera refusé.

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Cela ne le décourage pas de continuer. L’un de ses plus célèbres tableaux est son auto portrait réalisé en 1893 où il pose fièrement face à un miroir.

Une fin de vie difficile, dépourvue d’humour

Le caricaturiste a perdu de son génie. Pour survivre, il portraiture les touristes au premier étage de la Tour Eiffel. Le soir, il chante dans les cabarets parisiens, mais sa solitude levalloisienne lui pèse (il est veuf depuis 1895).  img061

Entre 1903 et 1905, il séjourne à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris, et rédige un journal illustré de nombreux dessins et croquis. Il y décrit avec minutie sa vie quotidienne, celle des autres malades et les habitudes du lieu. Ces souvenirs, témoignages de la médecine de l’époque, seront publiés plus d’un siècle plus tard, dans un ouvrage intitulé « Je suis Malade, curieux carnets d’un séjour à l’Hôtel-Dieu en 1903-1905″.

Alfred Le Petit décède en novembre 1909 à Levallois à l’âge de 68 ans. Il est inhumé au cimetière de sa commune de naissance, à Aumale. Il est le père d’Alfred Marie, peintre reconnu et de Fernand, qui lui a « fait médecine ».

La reconnaissance institutionnelle arrive en 1919, avec une rétrospective au salon des humoristes, puis en 1931 une exposition au salon d’automne à Paris, et dans sa Normandie natale, au musée de Rouen trois ans plus tard.

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Alfred Le Petit dessiné par lui-même. Sept.1897

Je tenais à remercier la famille Le Petit qui m’autorise à publier les deux autoportraits de leur aïeul.

Un poète occitan à Levallois

2019 célèbre le 80ème anniversaire du décès d’un poète occitan prolifique, à la fois député et conseiller général, chevalier de la légion d’honneur et maire entreprenant de notre commune: Louis Rouquier.

Un poète

Louis Rouquier  écrit de nombreux ouvrages en langue occitane, sous le pseudonyme de Lou Bourret, ainsi que sous son propre nom occitan Lois Roquièr. Son œuvre rassemble une grande quantité d’expressions typiques de cette région, et illustre des scènes pittoresques de la vie du « petit peuple » de son époque. Il use de l’humour pour transmettre son parler, persuadé que sa langue maternelle ne peut être celle de la tragédie.

Tout au long de sa vie, il ne cessera d’écrire, malgré ses nombreuses autres activités.

Un homme politique

Né le 12 octobre 1863, à Puisserguiers (Hérault), Louis Rouquier quitte l’école à l’âge de 13 ans pour devenir ouvrier agricole. Deux ans plus tard, il sert dans la marine marchande, et devient ensuite secrétaire de mairie de sa commune natale. Il décide par la suite de « monter » à Paris pour vendre du vin.

Son engagement politique (à gauche) se manifeste de manière décisive lorsqu’il crée le Syndicat des travailleurs de la terre de Puisserguier, et en participant à divers congrès syndicaux. Sa carrière politique ne décolle qu’à son installation en région parisienne en 1906.

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Portrait de Louis Rouquier

Lors de la Grande Guerre, la première Guerre Mondiale, il est secrétaire du « Comité de défense de Levallois-Perret » qui aide les familles des mobilisés dans leurs démarches administratives. Dans le même temps, il participe à la création de coopératives d’habitations à loyer modéré (HLM).

En 1919, à 56 ans, il devient Maire de Levallois-Perret, et ce jusqu’en 1939. Il assurera donc quatre mandats, mais décédera un an avant la fin du dernier.

Sur un plan national, il est élu Député de la Seine en 1928 pour une législature. À la Chambre des députés, il est inscrit au groupe des indépendants de gauche, et participe aux commissions de l’hygiène, des régions libérées, de l’administration générale.

Communiste en 1920, puis socialiste, Louis Rouquier engage de profondes transformations pour sa ville.

De lourds dossiers et de belles réalisations

C’est sous le premier mandat de Louis Rouquier que s’accomplit l’érection du monument aux morts. Cela donnera lieu à de nombreuses polémiques.

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Monument aux morts, situé au centre du cimetière de Levallois

Louis Rouquier gère l’annexion à la ville de Paris du territoire zonier de Levallois. Ce décret d’annexion intervient en juillet 1930. Il obtient, après un travail acharné et quelques années de tractations, l’accord du préfet pour une indemnisation. C’est la ville de Paris qui devra s’acquitter de cette indemnité pour préjudices.

Conscient de l’importance de l’éducation, Louis Rouquier fait voter par le conseil municipal la construction d’un groupe scolaire, baptisé Jean Jaurès. Là encore, le projet est d’envergure, car il comprend une école de garçons, une école de filles et une école maternelle, pour une capacité d’accueil de 960 enfants. L’inauguration a lieu en 1929.

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Groupe scolaire Jean Jaurès

Louis Rouquier acquiert le domaine de La Carolue en Côte d’Or pour le transformer en colonie scolaires. Des générations de jeunes levalloisiens viendront y respirer l’air de la campagne.

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Toujours selon les thèses hygiénistes de l’époque, Louis Rouquier décide l’acquisition du reste de l’ancien domaine de la Planchette. Cet espace est aménagé en jardin public afin d’être le poumon vert de cette ville industrielle.

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Inauguration du prolongement de la ligne de métro n°3

 

Côté transports, Louis Rouquier joue un rôle déterminant dans la décision de l’état de prolonger la ligne de métro n°3, en prenant soin de la faire passer au centre de Levallois, avec trois stations.  Il négocie même que soient embauchés en priorité des ouvriers levalloisiens au chômage pour la réalisation de ce vaste chantier.

Une brusque disparition

Louis Rouquier n’achèvera pas son quatrième mandat de Maire. Il meurt subitement à son domicile levalloisien du 11 rue Victor Hugo, le 23 novembre 1939. Il est alors âgé de 76 ans.

La stupeur est totale. Ses funérailles sont organisées en grande pompe par la Municipalité. Pour l’occasion, la façade de l’Hôtel de Ville est drapée de noir. Le corps de Louis Rouquier revêtue de son écharpe de Maire est exposé dans le péristyle pour un dernier hommage des Levalloisiens.

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Façades de la Mairie drapée de noir à l’occasion du décès de Louis Rouquier

Conformément à ses dernières volontés, Louis Rouquier repose au cimetière de Puisserguier, dans un tombeau surmonté de sa statue.

À Levallois, la rue Chevalier est débaptisée et renommée Louis Rouquier deux semaines après sa disparition.

 

De Caillebotte à Marie-Jeanne, de Levallois à Orsay…

Une modeste Levalloisienne a contribué à enrichir une des plus grandes collections de peinture impressionniste, celle du musée d’Orsay, à travers un legs exceptionnel. Il s’agit d’un don de 5 œuvres de Gustave Caillebotte.

Peintre impressionniste, mais pas que… Gustave Caillebotte

Né à Paris en 1848, Gustave Caillebotte est un peintre issu d’une famille aisée, et après avoir reçu un héritage conséquent, il n’a pas à se soucier de contraintes financière. Cette situation confortable lui permet une totale liberté dans ses choix picturaux. Admirateur des impressionnistes, il rejoint leur groupe et expose avec eux à partir de 1876 (date de la seconde exposition de ce groupe).

Il ne peint pas comme les autres artistes impressionnistes, à l’aide de petites touches de couleurs posées les unes à coté des autres, ou juxtaposées. Il a marqué l’histoire de la peinture en adoptant des points de vue nouveaux pour l’époque. Ses lignes sont nettes et précises, faisant presque penser à des photographies.

Pourquoi et comment des tableaux de G. Caillebotte ont orné les murs d’une Levalloisienne ?

Il était une fois… Un majordome nommé Jean Daurelle (un majordome est un domestique qui dirige les employés de maison). Jean est le majordome de G. Caillebotte, dans sa propriété de Yerres.

Les familles Caillebotte et Daurelle s’apprécient, au point que le peintre fait poser son majordome en tenue de bourgeois, et réalise deux portraits de Camille. C’est le fils de Jean qui grandit dans la maisonnée avec sa mère, également domestique.

Ainsi entouré, Camille  devient commis, puis agent de change et finalement fondé de pouvoir. Une belle progression sociale pour cette famille issue de la France rurale. Camille vient habiter à Levallois vers 1906 et y restera jusqu’à sa mort en 1930, au n° 63 de la rue Voltaire.

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Vue de l’Hôtel de ville depuis l’immeuble de Camille Daurelle

Si Camille est le fils de Jean, il est aussi le grand-père de Marie-Jeanne Daurelle ! Elle vivait avec son frère, disparu plusieurs années avant elle, tous les deux célibataires et sans enfants, dernière de sa lignée, les cinq tableaux de G.Caillebotte étaient en sa possession. Les œuvres sont restées dans la famille Daurelle de la fin du XIX ème siècle au début 2019.

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Le 16 octobre 2018, Marie-Jeanne s’est éteinte en laissant un testament dans lequel elle fait don des cinq œuvres du grand peintre qu’il avait offertes à son majordome ( 3 peintures et 2 pastels) au musée d’Orsay. Plusieurs fois approchée par des marchands, elle aurait pu les vendre tous, et très cher.

Rencontre autour d’un ballon ovale à Levallois

Les jeux de ballon ont été de tous temps pratiqués par toutes les civilisations. Le football, sous d’autres formes que celui qui est pratiqué de nos jours, semble être le plus ancien. De ce sport est né le rugby, en Angleterre, à la fin du XIXe siècle, et il viendra jusqu’à Levallois en 1892.

À l’occasion de la coupe du monde de rugby, je vous propose de vous en raconter l’histoire.

Petit tour d’horizon des ancêtres du football et du rugby.

Alors qu’en Chine, au troisième millénaire on joue au « Cuju » (balle de cuir remplie de plumes et de cheveux que l’on doit frapper avec le pied en direction d’un filet, en évitant les attaques de l’équipe adverse), en Amérique du sud, les peuples précolombiens, et plus particulièrement les Mayas, jouent au « Pok ta pok » (balle de caoutchouc que les joueurs doivent faire passer dans un anneau vertical, uniquement à coups de hanches, cuisses, bras et coudes. Il est interdit de toucher la balle avec les pieds ou les mains.

Le « Kernari » se joue au Japon avec un ballon de bambou recouvert de cuir. (Les joueurs se passent la balle sans qu’elle ne touche terre).

Dans l’Antiquité : en Égypte,  en Grèce, à Rome… existent des jeux de balle qui peuvent être considérés comme les ancêtres du Football ou du Rugby. Ainsi, les Romains pratiquent « L’harpastum », qui se joue avec une outre de cuir, bourrée de chiffons, de paille ou de son ( les joueurs, divisés en deux camps, doivent se saisir de l’outre, et la porter dans le camp adverse).

Les légions romaines introduisirent ce jeu en Grande-Bretagne.

En France, du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXe  siècle, on joue à la « Soule » ou « Choule » en Normandie. Le jeu oppose deux équipes qui se disputent un ballon (boule de bois, vessie de porcs remplie d’air, de paille, de son ou d’autres ingrédients) qu’il faut déposer dans un but (porche d’une église, d’une ruine, d’un mur, d’un arbre, d’un poteau…)

En 1066, Guillaume le Conquérant s’empare de la couronne d’Angleterre et y importe probablement la Soule normando-picarde.

Malgré les interdictions au milieu du XIXe, le jeu perdurera assez fortement, en cachette, essentiellement en Picardie, Normandie et Bretagne. Actuellement, on assiste à une renaissance de ce sport, essentiellement en Normandie. Il est aujourd’hui pratiqué avec des règles précises.

Le rugby voit le jour en Angleterre.

En Angleterre, le football est très populaire : les élèves des couches aisées l’adoptent, encouragés par les professeurs et directeurs des « public schools » (collèges anglais). Ce sport est un excellent moyen d’enseigner aux enfants la loyauté, le partage et la solidarité. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, chaque établissement scolaire a ses propres règles. C’est à ce moment-là les grands débuts d’un sport qui va lui aussi marquer le monde de son empreinte : le Football. À cette époque, il n’en est qu’à ses débuts et ne possède pas encore de règles très précises. La tradition veut qu’il se joue au pied, mais rien ne l’y oblige.

C’est un jour de 1823, alors que les étudiants du Collège de Rugby disputent un match de football, que le jeune William Web Ellis a l’idée de prendre le ballon en main et d’aller le déposer dans les buts adverses. Il n’est sûrement pas le premier à avoir cette idée, mais en tout cas il est le seul à avoir réussi à remporter un certain succès. En effet, si une partie des étudiants sont choqués par ce geste d’Ellis, un grand nombre trouvent de suite l’idée remarquable. Ils décident alors d’inventer leur propre Football, avec leurs propres règles, dont celle autorisant le jeu à la main. Ainsi nait le Rugby Football.

Dès 1846 on trouve les premières traces écrites des règles, un effort de codification imposé par les rencontres entre collèges. Encore nommé « Rugby-Football », ce jeu est souvent dominé par des mêlées interminables, le ballon est porté à la main, même si le jeu au pied reste primordial pour marquer des points.

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En 1863, plusieurs clubs se rallient aux règles de l’université de Cambridge et créent la première fédération de Football Association (FA). Coups et violences sont interdits, tout comme l’usage des mains : rugby et football se séparent définitivement.

Le rugby se développe alors en Angleterre puis se répand dans l’Empire Britannique et un peu partout où les Anglais font du commerce.

Le ballon ovale traverse la Manche jusqu’à Levallois.

« Le stade français » est le premier club français à participer seul à un match de rugby international face au « Rosslyn Park » de Londres. Cette rencontre a lieu au mois d’avril 1892, à Levallois.

Il est à noter que le « Rosslyn Park » est le premier club britannique à traverser la Manche pour venir disputer un match en France.

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Rencontre du Stade Français/Rosslyn Park à Levallois. Journal « l’illustration » avril 1892.

Le club anglais remporte la victoire, mais la défaite des français est honorable. Le match aura duré une heure vingt, en présence de personnalités telles que le premier secrétaire de l’ambassade d’Angleterre, le Vicomte de Janzé, Lady et Lord Dufferin, le baron de Coubertin1892-StadeFrancais-RosslynPark2Les journaux de l’époque nous indiquent que cette rencontre a eu lieu sur la piste du Coursing-Club. Nous sommes, hélas, dans l’incapacité de préciser s’il s’agit en fait du vélodrome, ou de l’hippodrome… Il semblerait tout de même qu’il s’agisse de l’hippodrome.

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Le 26 mars 1894, les deux équipes s’affrontent à nouveau, cette fois à Bécon-les-Bruyères, et c’est une première victoire française face à une équipe « étrangère », avec un score serré de 9 à 8. Le capitaine est alors Louis Dedet.

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Louis Dedet, capitaine de l’équipe du Stade Français
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Rencontre du Stade Français/ Rosslyn Park sur la pelouse de Bécon-les-Bruyères. Journal « l’univers illustré » 31 mars 1894