Comment laver son linge sale autrement « qu’en famille » ?

Parmi les tâches ménagères incontournables, il y en a certaines qui ont beaucoup évolué. Si aujourd’hui « faire tourner une machine » parait une évidence pour prendre soin de son linge, cela n’a pas toujours été le cas. Il n’y a pas si longtemps, la façon la plus simple de s’occuper du linge sale était le lavage à la main, dans un cour d’eau ou au bord d’une mare.  Muni d’un morceau de savon, une brosse, un battoir en bois et un bac en bois ouvert sur l’arrière pour s’y mettre à genoux avec beaucoup d’huile de coude, et vous étiez paré pour un bon lavage à l’eau froide ! Il y a deux siècles à Levallois, les femmes procédaient certainement ainsi, sur les bords de la Seine. Mais les rives étaient boueuses, encombrées de détritus, et le niveau de l’eau variable. À l’occasion « du mois du blanc », revenons sur l’évolution de cette tache !

Les bateaux-lavoirs

Il est rapidement évident que l’établissement des lavoirs est plus efficace s’ils ne sont plus sur les berges, mais sur des bateaux flottants, à quelque distance des bords, là où l’eau est plus claire. On construit donc des sortes de pontons, baptisés « bateaux-lavoirs », qui ont l’avantage de suivre le niveau des eaux.

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Ces nouveaux genres de bateaux sont exploités par les premiers blanchisseurs. Se rendant compte que les postes de lavage ne sont pas exploités à plein temps par leurs employées, ils les louent à des ménagères qui font elles-mêmes leur lessive. Le procédé tient bon, puisque dans l’annuaire de Levallois de 1904, il est fait mention d’un bateau, quai Michelet dans la rubrique « lavoirs ».

À la fin du 18ème siècles, les blanchisseurs font venir l’eau jusqu’à eux, par des pompes, des puits et des forages pour pouvoir faire chauffer l’eau et laver le linge de façon plus efficace. Pour chauffer l’eau, on utilise des « fagots d’épines », constitués de coupes de haies, d’ajoncs, de genêts, de mûriers… Avec le développement du chemin de fer, on commence à utiliser le charbon.

Toute cette blanchisserie artisanale se fait de façon anarchique, et provoque accidents et nuisances. C’est pourquoi, en 1805, le ministre de l’industrie charge Cadet de Vaux (inspecteur de la salubrité) de rédiger une « instruction populaire pour le blanchiment à la vapeur », destinée à la fois au traitement des matières brutes, et au lavage des linges sales.

Vive l’eau chaude et son commerce !

Les blanchisseurs élargissent leur activité au début du 19ème siècle. Les logements ne bénéficient que très rarement de l’eau courante, et les résidents des maisons individuelles ou des appartements se ravitaillent aux fontaines publiques. Les habitants peuvent aussi, grâce à des porteurs, se faire livrer de l’eau chaude achetée aux blanchisseurs.

Les blanchisseurs deviennent donc aussi marchands d’eau chaude, et l’un d’eux, astucieux, achète des baignoires et des pommes de douches, et devient également « maitre de bains-douches ».

Repoussés par les grands travaux d’HAUSSMANN, de nombreux blanchisseurs et teinturiers venant de Paris arrivent vers la banlieue Ouest, dans les années 1860. Attirés par les prix attractifs des terrains du village de Levallois, il y arrivent en nombre.

Les lavoirs et blanchisseries s’installent à Levallois

En 1865, il y aurait eu 27 blanchisseurs et teinturiers au village de Levallois. Quelques années plus tard, en 1882, un certain Monsieur SEMICHON établit un lavoir public au 57 rue des arts (rue Marius AUFAN), Le « lavoir de la fontaine ». Sa façade est un bel exemple d’ornementation exubérante, avec beaucoup d’allure et de charme.

Du même propriétaire, on trouve un autre lavoir, le « lavoir de la source » au 94 rue des frères HERBERT ( rue Édouard VAILLANT). Monsieur SEMICHON apprécie les formules qui évoquent une eau limpide et pure. Ce « lavoir de la source » est mentionné dans l’annuaire de 1904, c’est un des 11 lavoirs existant alors à Levallois. Il est doté d’un équipement haut de gamme pour l’époque :  » Il comprend six essoreuses, quatre barboteuses en bois, cinq chambres chaudes fixes, soixante séchoirs à air libre, une machine à sécher et repasser le linge, trois machines pour les faux-cols et manchettes, et un monte-charge actionné à la vapeur ».

En 1904, on trouvait des lavoirs dans les rues : d’Alsace, Victor HUGO, Jean JAURES, Marius AUFAN, MARJOLIN, Président WILSON, TREBOIS, place Jean ZAY, quai PASQUA.

Outre les lavoirs, il existe au début du 20ème siècle de nombreuses blanchisseries, 10 sont répertoriées en 1904. À ces blanchisseries, nous pouvons ajouter les « blanchisseuses de fin ». C’est une activité en pleine expansion, 10 ans plus tard, on trouve 36 blanchisseries ! Dont la blanchisserie du Cygne, rue du Président WILSON.

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Quand la poste joue au ping-pong

Si les texto et les mails sont devenus des moyens quotidiens et rapides de communication, pour certains d’entre nous, le courrier traditionnel, postal, reste une valeur sûre, surtout lors d’occasions particulières ou exceptionnelles.

Prendre le temps de choisir une jolie carte, ou un beau papier, d’y coucher notre texte, puis de le glisser dans une enveloppe, et enfin d’y coller un timbre, de collection ou pas. Réjouissons-nous ! Plus besoin de mettre un petit coup de langue au dos qui y laisse un gout amère. Ensuite, commence la quête de la boite aux lettres. Après avoir promené notre courrier au fond de notre sac ou de notre poche quelques jours,  nous nous rendons au lieu le plus sur : le bureau de poste !

A l’occasion de la nouvelle année, certains d’entre nous allons nous y rendre. Je vous propose un petit bond dans le temps pour découvrir l’histoire de notre bureau de poste principal.

Origines de notre service postal français

Si la poste est issue des relais de poste créés par Louis XI en 1477 pour le transport des messages royaux, elle prend forme avec la naissance des offices de messagers royaux, créés en 1576. Ils sont autorisés à transporter le courrier des particuliers, et font une concurrence directe aux messagers de l’université. A la fin du XVI ème siècle, on assiste à l’apparition des premiers bureaux de poste, et sans doute des premiers distributeurs.

C’est du début du XVIIe siècle que date l’origine de l’administration des postes en France, avec la création de la « poste aux lettres », dirigée par le surintendant général des postes. À l’époque, le port était payé par le destinataire.

En 1879, deux administrations fusionnent : celle des postes et celle du télégraphe pour former l’administration des postes et télégraphes (P&T). Dix ans plus tard, le téléphone rejoint cette administration (PTT). C’est une administration d’État, relevant du ministère des PTT. Cette institution fonctionne alors  avec des fonctionnaires de l’État, des véhicules et des bâtiments du parc immobilier du domaine de l’État. Elle est transformée au fur et à mesure de différentes réformes de l’État.

Les bâtiments qui abritent l’administration de la poste, appartiennent normalement à l’état. Notre Hôtel des postes fait donc partie des bizarreries que l’on croise parfois, car en effet, il n’a pas toujours appartenu à l’état.

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Postes et télégraphes rue Gravel

Succédant à un premier bureau de poste situé 72 rue Gravel (aujourd’hui rue Aristide-Briand), l’actuel Hôtel des Postes de la rue du Président-Wilson (alors rue de Courcelles) est construit entre 1910 et 1911.

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Rue Gravel et la poste

Histoire mouvementé de notre Hôtel des postes

La commune de Levallois achète dès 1884 un terrain de 649m2, occupé par la caserne des sapeurs-pompiers et une partie de l’ancienne mairie. Malgré de nombreux contretemps, en particulier les dramatiques inondations de 1910, et les grèves survenues la même année, l’Hôtel de postes est inauguré en grandes pompes le 23 juillet 1911 par le Maire de la commune Edmond Lamoureux, qui exerce lui-même la profession d’architecte. (Ses réalisations feront l’objet d’un article que vous découvrirez prochainement). Située face à l’Hôtel des postes, la nouvelle caserne des pompiers est inaugurée le même jour.

Je vous rappelle que la poste dépend du ministère du commerce, de l’industrie, et des postes et télégraphes, et à ce titre, c’est l’état qui finance et est propriétaire de ces bâtiments… Et pourtant, l’Hôtel des postes est réalisé par l’architecte municipal Charles Henry ! Cela peut paraitre surprenant que ce soit l’architecte municipal qui se charge de cette réalisation, mais plus surprenant encore, c’est la Ville qui en assure le financement et les travaux ! Dès le projet de cette construction, il est prévu que la Ville loue ce bâtiment à l’administration des postes. Le premier bail est signé pour 29 ans, 11 mois et 15 jours. Ce bail sera renouvelé régulièrement jusqu’en 1970, date à laquelle la direction des services postaux de la région parisienne signifie à la Ville son souhait de se porter acquéreur de l’immeuble. Par la délibération n° 448 du 23 novembre 1971, la Ville le cède à l’État (Ministère des Postes et télécommunications).

L’histoire ne s’arrête pas là, car Le 3 novembre 2004,  une déclaration d’intention d’aliéner est déposée sur cet immeuble. Par conséquent, le Conseil municipal opte (dans le cadre du Plan Local d’Urbanisme) pour qu’un emplacement soit réservé pour ses services administratifs dans cet immeuble, sis 68 rue Président Wilson, à proximité de l’Hôtel de ville. Le 30 décembre 2004, le maire prend une décision municipale en vue de son acquisition.

Néanmoins, une seule partie de cet immeuble est à céder, afin d’y conserver les locaux à usage d’activité de bureau de poste situés en rez-de-chaussée et sous-sol. En conséquence, le Conseil municipal vote une délibération en vue de l’acquisition de lots de volumes restants

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L’architecture de l’édifice se caractérise par l’emploi de pierres de taille pour le gros œuvre. Sa toiture, en ardoise et en zinc, est formée de longs pans brisés avec pignon couvert et une croupe polygonale. Son originalité réside dans les lucarnes, bandeaux et corniches, ainsi qu’une majestueuse marquise qui protège l’entrée.

Le saviez-vous ?

  • le premier timbre-poste français est émis en 1849, il est à l’effigie de Cérès, déesse des moissons. Cinq ans plus tard, pour inciter les français à utiliser ce timbre, il est créé une prime à l’affranchissement (réduction sur le prix du port) à condition que la lettre soit affranchie par l’expéditeur.
  • 1960, l’oiseau postal devient le logotype de La Poste.
  • Changement de couleurs ! en 1962 les boîtes aux lettres postales passent du bleu au jaune.monogramPTT_1900_logo
  • Oui ! Oui ! il s’agit bien du monogramme de la poste en 1900
  • 1911 : première expérience du transport de courrier par avion. Henri Péquet, aviateur français, franchit le Gange sur une distance de 10 km avec 15 kg de courrier
  • 1918 : création des chèques postaux.
  • En décembre 1962, le « Secrétariat du Père Noël » ouvre pour la première fois avec la complicité des postiers et la participation active de Françoise Dolto, sœur du ministre des PTT Jacques Marette

 

 

 

Gaston ! Y a l’ téléphon qui son…

Nino Ferrer le dit dans sa chanson, mais pour que le téléphone sonne, encore faut-il connaitre le numéro de son correspondant ! Aujourd’hui avec Internet, c’est facile. Pour celles et ceux qui en étaient équipés, à partir de 1983, le minitel donnait ce genre de renseignements. Mais avant ces avancées technologiques, comment faisait-on ? Nous connaissons tous l’annuaire, ou le bottin, mais connaissez-vous ses origines ? Allons-nous encore disposer de cet outil longtemps ?

Des origines plus anciennes que l’on ne se l’imagine

Sébastien Bottin est prêtre avant la Révolution française, et il renonce à cet état pour s’engager dans la Révolution. Il occupe des postes administratifs de plus en plus importants en Lorraine et en Alsace.

En 1763, apparaît « l’Almanach de Gotha » qui est un annuaire des maisons royales et des familles souveraines (ou l’ayant été) et de la haute noblesse de l’Europe, ainsi que des chefs d’État. (Il sera sous-titré en 1944 Annuaire généalogique, diplomatique et statistique).

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Quelques années plus tard, S.Bottin s’inspire de l’Almanach royal, édité pour Louis XIV, qui recensait les hauts fonctionnaires de l’Etat et les professeurs d’universités, et fonde la Société de l’almanach du commerce en 1796 à Paris. Il publie le premier annuaire des entreprises en 1798 sous l’appellation « Almanach du commerce et de l’industrie ». Cet almanach est devenu l’annuaire de l’administration française, et est édité jusqu’en 1919. C’est son nom qui est donné à cette forme de publication comme l’annuaire téléphonique, communément surnommé le bottin en France et en Suisse, mais aussi le « bottin gourmand » ou le « bottin mondain ».

 L’arrivée du téléphone, démocratise le bottin

En 1880, avec l’installation des premiers centraux de communication manuels, apparaît le premier annuaire des abonnés téléphoniques (il comportait à peine 200 connexions). Les numéros de téléphone qui étaient donnés par les opératrices du numéro 11 en 1938 en France, provenaient des annuaires édités par la Direction des Postes et Télégraphes.

Les « pages jaunes » naissent en 1883, lorsque la Wyoming Telephone Company demande à un éditeur local de créer le premier annuaire. À court de papier blanc, celui-ci utilise un stock de papier jaune. L’annuaire se popularise sous le nom de yellow pages (« pages jaunes »). En 1886, Reuben Donnelley améliore le concept en définissant deux catégories : en blanc, les particuliers classés par nom, ; en jaune, les professionnels répartis par domaines d’activité.

À l’origine, l’annuaire téléphonique était publié uniquement sous forme de livre.

Une plongée dans l’histoire

Les archives municipales de Levallois possèdent un exemplaire de l’annuaire général de Neuilly et Levallois de 1904. Celui-ci comporte divers renseignements et informations : un rapide historique de la commune, des renseignements administratifs, les tarifs des octrois, une liste du personnel communal et leur rémunération, une biographie des membres de l’équipe municipale et des personnalités levalloisiennes… Des publicités pour les différents commerces, mais aussi bien sûr, la liste des habitants et leur adresse, ainsi que la liste de tous les professionnels installés sur la commune.

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On y apprend des choses surprenantes. Ainsi, en 1904, Levallois dispose de 12 lavoirs, de 8 marchands de chevaux et de 11 maréchaux-ferrants. Pour se chauffer, il existe 10 fumistes (Si ! Si ! c’est bien le nom que portaient à l’époque les chauffagistes, ils étaient chargés d’installer ou réparer les cheminées et appareils de chauffage) et de 53 charbonniers (appelés aussi bougnats ou marchands de charbon).

Si les Levalloisiens bénéficient de 133 épiceries, et de 39 coiffeurs, ils n’ont accès qu’à 4 dentistes !

Les archives municipales de Levallois disposent aussi de l’annuaire général de 1914, dans lequel les premiers numéros de téléphone font leur apparition. Nous disposons aussi d’annuaires appelés « indicateur bijoux », il s’agit tout simplement de l’ancêtre des pages jaunes, le plus ancien que nous ayons date de 1934.

Une fin programmée

Traditionnellement, l’annuaire téléphonique est une publication imprimée, distribuée gratuitement. Les informations concernant les abonnés sont présentées par ordre alphabétique des villes (ou villages). L’annuaire est divisé en deux parties : la liste des particuliers et celle des professionnels.

L’arrivée du minitel en 1983, révolutionne les modes de recherches.  En 1986 en France, on dénombre plus de 7 millions d’heures passées sur l’annuaire électronique, chiffre qui atteint les 16 millions dix ans plus tard. L’annuaire devient ensuite également accessible sur logiciel informatique. Avec la démocratisation d’Internet dans les années 2000, les annuaires en ligne font leur apparition et remplacent progressivement non seulement le minitel,  mais aussi de plus en plus l’annuaire papier.

Les derniers annuaires téléphoniques, sur support papier, à destination des particuliers seront livrés à la fin de l’année 2019, et les derniers annuaires professionnels à la fin de l’année suivante. Seulement 9 millions d’annuaires seront diffusés cette année, contre 57 millions en 2007.

 

Alfred Le Petit, un Levalloisien irrévérencieux.

Alfred Le Petit est surtout célèbre pour ses nombreuses caricatures, mais c’était un artiste avec plusieurs cordes à son arc, ou à sa palette devrais-je dire ! Je vous propose de vous plonger dans le milieu de la caricature avant de faire le point sur les multiples talents de ce Levalloisien impertinent.

Caricatures… Dessins humoristiques… Satires…

Le mot caricature vient de l’italien caricatura : charge d’une façon exagérée, lui-même venu du latin carricare : charger, lester un char de poids, et donc par extension en rajouter. Ce mot est en usage en France et en Angleterre depuis le début du XVIII e siècle.

Une caricature est une représentation grotesque, en dessin, en peinture, etc… d’une ou plusieurs personnes, obtenue par l’exagération et la déformation des traits caractéristiques du visage ou des proportions du corps, dans une intention satirique. Ces représentations sont volontairement grotesques, bouffonnes, burlesques, humoristiques, absurdes et portent la volonté de tourner en dérision, de ridiculiser. La caricature est très utilisée par la presse depuis le XIXe siècle.

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Dans leur volonté de communiquer, les caricatures politiques diffèrent des dessins humoristiques car ces derniers représentent des blagues, racontées de manière visuelle pour divertir le public, alors que l’objectif des caricatures politiques, qui utilisent elles aussi l’humour, est de transmettre un message politique.

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Badinguet est le surnom satirique de Napoléon III

Les fonctions de la caricature politique incluent la propagande. La caricature propagandiste cherche à provoquer le public et à l’inciter à s’engager, en insistant sur un point de vue politique, tout en accentuant les divisions dans la société.

La presse charge les caricaturistes d’interpréter les évènements politiques plutôt que d’informer sur la réalité. À travers leurs dessins, les caricaturistes associent des éléments visuels à un message précis. Ils utilisent des figures rhétoriques, comme le jeu de mots, la métaphore, la comparaison et l’allégorie. ( Hé non ! Charlie hebdo n’a rien inventé !)

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À partir de 1881, les caricatures vont prendre une ampleur nouvelle. En effet, la loi du 29 juillet 1881 (nouvelle fenêtre) votée sous la IIIe république, définit les libertés et responsabilités de la presse française. Elle est souvent considérée comme le texte fondateur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en France. Auparavant, la loi exigeait que l’on demande à la « victime » son autorisation manuscrite avant la publication de la caricature (ou charge).

Qui est Monsieur Le Petit ?

Alfred Achille Alexandre Le Petit est né le 8 juin 1841 à Aumale (Seine Maritime). Son père est bijoutier, et sa mère, sans profession. Au cours du XIX e siècle, la photographie étant en plein développement, il entre à 21 ans comme apprenti chez un photographe professionnel à Paris.Alfred Le Petit001

Il s’installera à Levallois dès 1874, rue de Courcelles (actuellement rue du Président Wilson).

Dessinateur et caricaturiste

Après différentes périodes d’apprentissage à Paris, Alfred Le Petit devient élève à l’académie de peinture et de dessins de Rouen. Il développe rapidement son trait et son style si satirique, et se lance dans la caricature. Il dessine pour plusieurs journaux, dont les plus célèbres : Le Grelot, Le Charivari et L’assiette au beurre. Plus que des dessins, il s’agit de caricatures qui reflètent avec son humour caustique et son génie satirique ses idéologies et positions politiques, dans un esprit républicain avancé et très anticlérical.

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Patron de presse

Avec la liberté de la presse, le nombre de titre de presse est à son apogée. Alfred Le Petit (qui utilise aussi les pseudonymes Caporal et LE Grand) fonde une multitude de journaux, à l’existence plus au moins longue. Dès 1867, année de naissance de Levallois, il crée le TAM TAM à Rouen, puis à Paris : La Charge (nouvelle fenêtre) (1870-1871), Le Pétard, Le Sans-culotte et L’Etrille. Ses attaques contre le régime lui valent quelques ennuis, et plusieurs mois d’emprisonnement à la prison politique Sainte-Pélagie. En effet, il doit affronter la censure avec notamment la caricature de Napoléon III en porc contemplant Paris d’un balcon des Tuileries. Une autre de ses cibles préférées est Adolphe Thiers.

Peintre à ses heures perdues

Alfred Le Petit s’essaie à la peinture dès son plus jeune âge. Il va jusqu’à présenter deux peintures au salon officiel. « Le singe malade » et « singe chiffonnier », mais il y sera refusé.

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Cela ne le décourage pas de continuer. L’un de ses plus célèbres tableaux est son auto portrait réalisé en 1893 où il pose fièrement face à un miroir.

Une fin de vie difficile, dépourvue d’humour

Le caricaturiste a perdu de son génie. Pour survivre, il portraiture les touristes au premier étage de la Tour Eiffel. Le soir, il chante dans les cabarets parisiens, mais sa solitude levalloisienne lui pèse (il est veuf depuis 1895).  img061

Entre 1903 et 1905, il séjourne à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris, et rédige un journal illustré de nombreux dessins et croquis. Il y décrit avec minutie sa vie quotidienne, celle des autres malades et les habitudes du lieu. Ces souvenirs, témoignages de la médecine de l’époque, seront publiés plus d’un siècle plus tard, dans un ouvrage intitulé « Je suis Malade, curieux carnets d’un séjour à l’Hôtel-Dieu en 1903-1905″.

Alfred Le Petit décède en novembre 1909 à Levallois à l’âge de 68 ans. Il est inhumé au cimetière de sa commune de naissance, à Aumale. Il est le père d’Alfred Marie, peintre reconnu et de Fernand, qui lui a « fait médecine ».

La reconnaissance institutionnelle arrive en 1919, avec une rétrospective au salon des humoristes, puis en 1931 une exposition au salon d’automne à Paris, et dans sa Normandie natale, au musée de Rouen trois ans plus tard.

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Alfred Le Petit dessiné par lui-même. Sept.1897

Je tenais à remercier la famille Le Petit qui m’autorise à publier les deux autoportraits de leur aïeul.

Un poète occitan à Levallois

2019 célèbre le 80ème anniversaire du décès d’un poète occitan prolifique, à la fois député et conseiller général, chevalier de la légion d’honneur et maire entreprenant de notre commune: Louis Rouquier.

Un poète

Louis Rouquier  écrit de nombreux ouvrages en langue occitane, sous le pseudonyme de Lou Bourret, ainsi que sous son propre nom occitan Lois Roquièr. Son œuvre rassemble une grande quantité d’expressions typiques de cette région, et illustre des scènes pittoresques de la vie du « petit peuple » de son époque. Il use de l’humour pour transmettre son parler, persuadé que sa langue maternelle ne peut être celle de la tragédie.

Tout au long de sa vie, il ne cessera d’écrire, malgré ses nombreuses autres activités.

Un homme politique

Né le 12 octobre 1863, à Puisserguiers (Hérault), Louis Rouquier quitte l’école à l’âge de 13 ans pour devenir ouvrier agricole. Deux ans plus tard, il sert dans la marine marchande, et devient ensuite secrétaire de mairie de sa commune natale. Il décide par la suite de « monter » à Paris pour vendre du vin.

Son engagement politique (à gauche) se manifeste de manière décisive lorsqu’il crée le Syndicat des travailleurs de la terre de Puisserguier, et en participant à divers congrès syndicaux. Sa carrière politique ne décolle qu’à son installation en région parisienne en 1906.

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Portrait de Louis Rouquier

Lors de la Grande Guerre, la première Guerre Mondiale, il est secrétaire du « Comité de défense de Levallois-Perret » qui aide les familles des mobilisés dans leurs démarches administratives. Dans le même temps, il participe à la création de coopératives d’habitations à loyer modéré (HLM).

En 1919, à 56 ans, il devient Maire de Levallois-Perret, et ce jusqu’en 1939. Il assurera donc quatre mandats, mais décédera un an avant la fin du dernier.

Sur un plan national, il est élu Député de la Seine en 1928 pour une législature. À la Chambre des députés, il est inscrit au groupe des indépendants de gauche, et participe aux commissions de l’hygiène, des régions libérées, de l’administration générale.

Communiste en 1920, puis socialiste, Louis Rouquier engage de profondes transformations pour sa ville.

De lourds dossiers et de belles réalisations

C’est sous le premier mandat de Louis Rouquier que s’accomplit l’érection du monument aux morts. Cela donnera lieu à de nombreuses polémiques.

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Monument aux morts, situé au centre du cimetière de Levallois

Louis Rouquier gère l’annexion à la ville de Paris du territoire zonier de Levallois. Ce décret d’annexion intervient en juillet 1930. Il obtient, après un travail acharné et quelques années de tractations, l’accord du préfet pour une indemnisation. C’est la ville de Paris qui devra s’acquitter de cette indemnité pour préjudices.

Conscient de l’importance de l’éducation, Louis Rouquier fait voter par le conseil municipal la construction d’un groupe scolaire, baptisé Jean Jaurès. Là encore, le projet est d’envergure, car il comprend une école de garçons, une école de filles et une école maternelle, pour une capacité d’accueil de 960 enfants. L’inauguration a lieu en 1929.

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Groupe scolaire Jean Jaurès

Louis Rouquier acquiert le domaine de La Carolue en Côte d’Or pour le transformer en colonie scolaires. Des générations de jeunes levalloisiens viendront y respirer l’air de la campagne.

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Toujours selon les thèses hygiénistes de l’époque, Louis Rouquier décide l’acquisition du reste de l’ancien domaine de la Planchette. Cet espace est aménagé en jardin public afin d’être le poumon vert de cette ville industrielle.

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Inauguration du prolongement de la ligne de métro n°3

 

Côté transports, Louis Rouquier joue un rôle déterminant dans la décision de l’état de prolonger la ligne de métro n°3, en prenant soin de la faire passer au centre de Levallois, avec trois stations.  Il négocie même que soient embauchés en priorité des ouvriers levalloisiens au chômage pour la réalisation de ce vaste chantier.

Une brusque disparition

Louis Rouquier n’achèvera pas son quatrième mandat de Maire. Il meurt subitement à son domicile levalloisien du 11 rue Victor Hugo, le 23 novembre 1939. Il est alors âgé de 76 ans.

La stupeur est totale. Ses funérailles sont organisées en grande pompe par la Municipalité. Pour l’occasion, la façade de l’Hôtel de Ville est drapée de noir. Le corps de Louis Rouquier revêtue de son écharpe de Maire est exposé dans le péristyle pour un dernier hommage des Levalloisiens.

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Façades de la Mairie drapée de noir à l’occasion du décès de Louis Rouquier

Conformément à ses dernières volontés, Louis Rouquier repose au cimetière de Puisserguier, dans un tombeau surmonté de sa statue.

À Levallois, la rue Chevalier est débaptisée et renommée Louis Rouquier deux semaines après sa disparition.