« C21H22N2O2 », L’héroïne de nombreux romans policiers.

 

Nous avions envie de célébrer avec vous une découverte vieille de 200 ans. C’est en effet en 1818 que la molécule de la strychnine a été isolée.  Les effets liés à son absorption font de cette substance un poison et un remède. Cette découverte , nous la devons à deux pharmaco-chimistes  : Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou.

La strychnine, qu’est-ce donc ?

Sous ce nom compliqué se cache un alcaloïde très toxique. A très faible concentration, il est utilisé en pharmacie pour ses propriétés stimulantes (du système digestif, et du système nerveux central), mais il est aussi un poison très puissant. Son effet est foudroyant, quelques milligrammes suffisent à entrainer la mort.

Vous seriez surpris d’apprendre que certains d’entre nous en consommons. En effet, il est aujourd’hui connu en homéopathie sous le nom de « nux vomica » car il provient des fruits du vomiquier :  la noix vomique, nux vomica, ou encore « noix qui font vomir ». Ses fruits sont ronds, et leurs couleurs varient du vert à l’orange.

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Strychnos nux vomica : arbre à feuillage persistant originaire d’Asie du sud est
Les chimistes Pelletier et Caventou parviennent en 1818 à en extraire la molécule presque pure. Pour l’époque, nous pouvons parler d’un exploit.

Un chimiste de talent

Joseph Pelletier est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Fils d’un maitre en pharmacie, et petit fils d’un maitre-apothicaire, il a travaillé dès l’âge de 12 ans dans l’officine de sa mère.

Après être entré à l’école de pharmacie de Paris, il obtient différents prix : premier prix de chimie à la fin de sa première année, prix de Botanique et d’Histoire naturelle…

Rapidement, il se lance dans l’étude de diverses résines, gommes et substances colorantes. Il est  précurseurs dans l’étude du pigment des feuilles vertes, qui s’appelle aujourd’hui, grâce à lui, chlorophylle.

Il poursuit ses recherches avec Joseph Caventou, et ils découvrent la strychnine en 1818,  la quinine en 1820. Il s’agit d’un autre alcaloïde naturel, antipyrétique ( lutte contre la fièvre), analgésique et antipaludique. Ils n’en retirent aucun bénéfice financier, car ils décident de rendre publique leur découverte . Cela vaudra à Pelletier le titre  de bienfaiteur de l’humanité.

A l’école de pharmacie de Paris, il obtient une chaire de professeur d’histoire naturelle, et en devient par la suite, le directeur adjoint. Il est également nommé membre de l’Académie royale de médecine, et officier de la Légion d’Honneur.

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Une industrie pharmaceutique à Levallois

En 1821, Joseph Pelletier acquiert des terres, une maison et ses dépendances dans le hameau de la Planchette. Il vient y habiter, et y crée une fabrique de produits chimiques, qui est l’une des premières industries du Village Levallois,  la quinine y est fabriquée, et commercialisée. Pelletier est un des premiers créateurs d’une industrie pharmaceutique en France. La Planchette est un petit hameau qui cette année là comptait 27 habitants, vraisemblablement les ouvriers de Pelletier.

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Publicité pour les capsules de Quinine parue dans « Le Monde Illustré » du 10/06/1899

Joseph Pelletier meurt en 1842, et c’est l’un de ses élèves qui reprend la fabrique jusqu’en 1850, date à laquelle cette activité pharmaceutique à Levallois s’arrête.

La fabrique se situerai aujourd’hui à l’emplacement de la crèche « La planchette » et du siège social de « Plastic Omnium ».

La strychnine,  héroïne malgré elle

La strychnine est un poison extrêmement violent. En général, elle est utilisé dans la lutte contre les corbeaux, les petits rongeurs…

C’est aussi un stimulant du système nerveux central. Elle accroît le goût, l’odorat et la vue. A dose moyenne elle augmente l’amplitude respiratoire.
C’est un poison incolore, inodore qui a une saveur amère. Il peut être ingéré, inhalé ou mixé à une solution et injecté par intraveineuse.

Un produit dopant

Nous avons vu que la strychnine augmente l’amplitude respiratoire. Au début du siècle des athlètes se dopaient à la strychnine. Citons quelques cas célèbres:

Le cas de Thomas Hicks champion olympique de marathon en 1904. Il reçoit une première dose d’1 mg alors qu’il ralentissait. Puis, la première dose ne faisant pas effet, il en reçoit une deuxième et gagne. A l’arrivée, il s’effondre. Une troisième dose aurait pu lui être fatale.

Il y a ensuite le cas Dorando Pietri. Aux jeux olympiques de 1908 à Londres, arrivé en tête, il s’effondre dans les derniers mètres du marathon devant 75000 spectateurs terrorisés. Ils tombe cinq fois de suite et est relevé à chaque fois par les officiels jusqu’à l’arrivée. Il sera disqualifié pour « aides étrangères ». On l’aurait vu absorber des pastilles d’atropine et de strychnine. Il aurait pu mourir sans les massages cardiaques.

L’haltérophile Kirghiz Izzat Artykov est contrôlé positif à la strychnine aux Jeux de Rio en 2016

Un produit létal

L’ampleur de l’empoisonnement dépend de la quantité ingérée, inhalée…

L’empoisonneur de Lambeth, l’assassin à la strychnine de quatre prostituées, fut pendu en 1892.

Le guitariste de Blues Robert Johnson aurait été empoisonné en 1938, à la strychnine à l’aide d’une bouteille de whisky offerte par le tenancier d’un bar, jaloux de le voir tourner autour de sa femme.

Le bandit Gaspare Pisciotta (1924-1954) fut empoisonné en prison par la mafia ; de la strychnine fut versée dans son café.

Le neurochirurgien Thierry De Martel se suicide le 14 juin 1940 en absorbant de la strychnine alors que les troupes allemandes entrent à Paris. Désespéré, il écrit avant sa mort : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j’y resterai mort ou vivant.……. Adieu. Martel. »

Héroïne de romans policiers

Dans le tout premier romans d’Agatha Christie, intitulé « La mystérieuse affaire de Styles » et écrit en 1917, la strychnine est au cœur de l’intrigue

De nombreux auteurs ont utilisé cette substance.; pour faire disparaitre leurs personnages : G.Simenon (le chien jaune), H.G.Wells (l’homme invisible), Sir Arthur Conan Doyle (le signe des quatre), F.Thilliez (la mémoire fantôme)….

Si la strychnine a fait aussi ses pas au cinéma (Arsenic et vieilles dentelles, les dents de la mer…), on la retrouve dans une chanson de Nino Ferrer « le roi d’Angleterre »:

Madame Joséphine
Nourrit de strychnine
Toutes ses voisines
De l’étage en dessous

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la 2 CV, une Très Petite devenue grande

Notre « deudeuche » nationale est née d’un projet intitulé TPV pour Très Petite Voiture. Nous allons retracer l’incroyable épopée de cette voiture populaire, présentée au public en octobre 1948, il y a 70 ans !

Naissance du projet

En 1934, Pierre Michelin rachète la société Citroën confrontée à des déboires financiers. Il place à la direction générale de l’entreprise Pierre-Jules  Boulanger, c’est lui qui conduira le projet de la 2 CV(nouvelle fenêtre).

Monsieur Boulanger cherche à développer la société sur un marché autre que la Traction avant. Cette idée de concevoir une voiture économique lui serait venue lors d’un embouteillage dans un village auvergnat. Pierre Boulanger constate que les difficultés de circulation sont dues non à des voitures mais à des carrioles à cheval, des charrettes et brouettes. Comme il veut comprendre la raison de cette absence de véhicules motorisés, de retour à Paris, il charge un ingénieur de concevoir et de réaliser une enquête d’opinion. Le résultat est sans appel. Les personnes interrogées considèrent l’automobile comme trop chère, trop grande, voir difficilement maniable.

 

C’est alors que naît le projet  » TPV « . Pierre Boulanger convoque le directeur du bureau d’études, Maurice Brogly et lui demande de concevoir cette voiture. La commande semble simple… cette voiture devra pouvoir transporter entre deux et quatre personnes, cinquante kilos de pommes de terre (ou de bagages) à la vitesse de 50/60 km/h, sans consommer plus de 3 litres aux cents ! dernière contrainte, son prix devra être 3 fois plus bas que celui d’une traction avant 11 CV.

En résumé, elle devra être économique en entretien comme en fonctionnement !

Maurice Brogly, surnommé le lion, mandate l’équipe d’André Lefèbvre pour réaliser ce projet.

Les premiers prototypes voient le jour en 1937. Ils ont comme caractéristiques de disposer d’un seul phare et d’une manivelle pour le démarrage.100Z151002

À partir de cette date, les prototypes sont testés, dans le plus grand secret, sur le site de La Ferté-Vidame, en Normandie.

En septembre 1937, un brevet d’invention est déposé à la direction de la propriété industrielle sous le nom «  Voiture à roues indépendantes ». Ce dernier est délivré en novembre 1938.

L’équipe du projet veut faire vite car la marque Ford s’apprête à sortir une 6 CV à Poissy.

Avant la déclaration de guerre à l’Allemagne, il existe 250 prototypes de la TPV, toutes assemblées dans l’usine levalloisienne, anciennement Clément-Bayard.

Fin août 1939, la TPV est homologuée par les Mines sous l’intitulé « 2 CV A ».Citroën 7Fi321029

Une voiture dans la tourmente

La guerre met en suspend le projet. Les Allemands sont intéressés par ce véhicule. Plusieurs missions d’ingénieurs allemands sont venus observer la 2cv sur la chaine de montage à Levallois. Suite à ces visites, les Allemands demandent que 3 voitures leurs soient cédées. La direction de Citroën refuse de donner suites malgré les injonctions de l’occupant, et va jusqu’à détruire tous les prototypes (sauf 5, qui seront retrouvés bien plus tard).

La Très Petite présentée au président

Le 07 octobre 1948, à l’ouverture du 35 ème Salon de l’automobile, Pierre Boulanger dévoile lentement la 2 CV devant le Président de La République, Vincent Auriol. Elle stupéfie par son aspect insolite, l’astuce de ses aménagements, son caractère économique, et ses possibilités d’utilisation multiples. Un public de 1 300 000 visiteurs vient voir ce curieux véhicule. Le capot du moteur est plombé, le moteur n’est pas visible.Grandes heures de la 2 chevaux 2

L’accueil de la presse est mitigé. La 2 CV est comparée à une boite de conserve. Peu nombreux sont les journalistes à lui prédire un brillant avenir. Pour autant, l’équipe Citroën réalise un sondage d’opinion durant 10 jours sur le stand auprès des hommes, des femmes et des enfants !

Elle s’élance !

Le prix annoncé est de 185 000 francs. Elle ne sera commercialisée qu’à partir de 1949..Citroën 7Fi325003

La vente est organisée de telle façon que les 200 premiers clients doivent avoir des moyens modestes et la nécessité de se déplacer fréquemment. Les premiers conducteurs sont principalement des cultivateurs, des assistantes sociales et des agents d’assurance.

De plus, elle est vendue uniquement de couleur grise. Finalement, le prix est 228.000 francs

Les commandes affluent et les délais de livraisons se comptent en plusieurs années. C’est un triomphe.

La fin d’une épopée, mais le mythe survit

Si le 29 février 1988, la toute dernière 2 CV sort de l’usine de Levallois par la porte du 54 quai Michelet (actuellement Charles-Pasqua), ce n’est pas pour autant « la chronique d’une mort annoncée ». En effet, elle est une star immortalisée sur la pellicule.

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La dernière 2 CV sort de L’usine Citroën de Levallois

Nous pouvons la retrouver au travers de nombreux films : Moyen de fuite dans « Les diaboliques » (1955), symbole des « Dupont et Dupond » Dans « Tintin et les oranges bleues » (1964), objet d’un larcin dans « les valseuses » (1974) Compagne de Roger Moore dans « Rien que pour vos yeux » (1981), amoureuse dans « Cars 2 » (2011)…  et bien d’autres encore, mais surtout, objet de désespoir pour Bourvil dans l’inoubliable « Corniaud » (1965),

« Ah bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien ! Forcement ! »

Un jeu d’enfants, auquel certain d’entre vous a peut-être joué, contribue a faire vivre ce mythe. Si je vous dis:  » 2 CV verte sans retouche » arrivez-vous à visualiser une 2 CV verte tout en ressentant un petit pincement sur l’avant-bras ?

Un bel héritage

Levallois, dotée d’une histoire récente est cependant riche d’un patrimoine important. Le patrimoine est un héritage (une transmission) commun d’une collectivité, d’un groupe humain afin de perpétuer la mémoire. Derrière cette notion , plusieurs aspects : on parle de patrimoine architectural, historique, culturel…

Patrimoine architectural

Si certaines constructions comme le Temple protestant, l’Hôpital britannique, ou encore la Villa mauresque ont été classées monuments historiques, d’autres bâtiments enrichissent notre patrimoine architectural (nouvelle fenêtre) .

Il est difficile de ne pas évoquer notre majestueux Hôtel de Ville, inauguré en 1898. Difficile aussi de ne pas parler de la Résidence sociale, de la fondation Cognacq-Jay. Il faut rappeler que le Patrimoine est vivant, par conséquent des bâtiments disparaissent, d’autres apparaissent ou sont reconvertis pour une autre activité. C’est le cas, entres autres de l’hospice Raynaud (aujourd’hui office public départemental du logement) et de sa crypte, , ou encore de l’Alliance des travailleurs (reconverti en immeuble de bureaux) et de l’Escale (anciennement usine des cafés Carvalho).

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Patrimoine paysager

Ce patrimoine se compose de 8 parcs, 18 squares, une centaine d’îlots verts dont 7 sont classés remarquables. Ces espaces verts représentent presque un cinquième de la superficie de notre ville. Ce patrimoine est exceptionnel et se caractérise par la diversité de son fleurissement permanent à chaque saison, sa créativité et son originalité. Rappelons que Levallois a reçu de nombreuses récompenses, dont la fleur d’Or en 2010 et 2016.

 

Un Patrimoine mémoriel lié au devoir de mémoire

Le patrimoine mémoriel (nouvelle fenêtre)  peut se résumer comme l’ensemble des monuments et objets commémoratifs nécessaire à la transmission de la Mémoire aux générations futures pour ne pas oublier. Il s’articule autour de  la mémoire nationale, de  la mémoire locale et de la mémoire individuelle.

Depuis plusieurs années, ce patrimoine prend une plus grande importance avec les célébrations et commémorations nationales. Cette année 2018 célèbrera  le centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918. Sur le territoire de Levallois, ce patrimoine mémoriel est très conséquent . En effet, de nombreux monuments ou  plaques commémorent l’action de Levalloisien(ne)s dans l’Histoire.  Ainsi un monument, place du 11 novembre 1918,  honorent les taxis de la Marne dont une partie est sortie des garages levalloisiens de la compagnie de taxi G7.

D’autres plaques dans les rues signalent le lieu où un résistant est mort lors des combats pour la libération de Levallois en août 1944.

Lieux de mémoire par excellence, le cimetière de Levallois accueille, outre les Morts pour la France, des personnalités historiques telles que Louise Michel, Maurice Ravel, Gustave Eiffel, et plus récemment Madame Soleil ou Léon Zitrone. La Municipalité entretien ce lieu avec soin.

Un patrimoine immatériel

Très peu connu du grand public, le patrimoine culturel immatériel est apparu dans les années 1990. Il se caractérise par son aspect fragile et fédérateur.  Il est formé de  pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire.  A titre d’exemple,  les armoiries de la Ville sont une représentation condensée de l’Histoire de la Ville.

Armoiries
Les trois abeilles représentent le caractère laborieux de la ville, le brule parfum pour signaler l’industrie du parfum et des cosmétiques à Levallois, et la roue dentelée, pour signifier que Levallois a été l’un des  berceaux de l’industrie automobile

Mais il est nécessaire de garder toujours à l’esprit que la valeur patrimoniale de chaque élément est déterminée par plusieurs facteurs et varie au cours du temps.

Bien que très jeune d’un point de vue historique, Levallois recèle un patrimoine important, varié et insoupçonné. Chacun des agents de la Ville, chacun dans leur domaine d’activités, s’emploient tous les jours à préserver et à transmettre ce patrimoine made in Levallois.

Les blogs prennent leur pause estivale

Comme chaque année depuis leur naissance il y a maintenant 4 ans, les blogs de La Médiathèque cessent leurs publications de la mi-juillet à la fin aout 2018. L’équipe des rédacteurs prend ainsi un peu de repos et vous souhaite un très bon été, où que vous soyez !

Tout au long de la saison 2017-2018, nous avons écrit près de 300 articles, rédigé des milliers de phrases et repéré des centaines de ressources que nous avons eu le plaisir de vous faire connaître ou (re)découvrir ! Tous ces articles ne vivent que par vous aussi nous vous remercions de les avoir lus, appréciés, partagés, likés et parfois commentés ou critiqués.

Nous reviendrons à la rentrée avec de nouvelles idées et pleins d’enthousiasme pour la saison 2018-2019. Et même un nouveau blog…

N’hésitez pas à profiter de ces deux mois pour lire ou relire nos articles précédents : que vous ayez des envies de lecture, de conseils de musique ou de cinéma, que vous vouliez vous renseigner sur le monde du travail ou sur une formation, ou que vous ayez envie de mieux connaitre l’histoire de votre ville, vous trouverez de quoi vous satisfaire sur les cinq blogs de La Médiathèque !

Et vous pourrez les lire partout : au bureau, en vacances ou dans les transports.

Bon été à tous !

À Levallois, Eugène Morel crée la lecture publique pour tous !

Nous avions conclu notre précédent article « l’histoire de La Médiathèque de Levallois, 1ère partie-1873-1912» en citant le nom d’un des grands fondateurs de la lecture publique en France, celui d’Eugène Morel connu surtout dans le monde professionnel du livre pour avoir fortement influé sur l’évolution des bibliothèques françaises au XXème siècle.

Faire de la bibliothèque un lieu propice à la découverte, au savoir et à la distraction.

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Quand est inaugurée en 1898 la bibliothèque de l’hôtel de ville de Levallois, cela fait un peu plus de cinq ans qu’Eugène Morel vient de quitter son métier d’avocat pour devenir bibliothécaire au service de la Bibliothèque Nationale.

Bien que nouveau dans le métier, Morel va très vite porter un regard critique sur l’état de la Nationale et celui des bibliothèques en général qu’il qualifie alors de lieux poussiéreux, mal conçus pour le public et aux horaires inadaptés. À l’image des bibliothèques « librarians », qu’il visite lors d’un séjour dans les pays anglo-saxons, Morel préconise des mesures radicales en terme de services et de collections qu’il expose, dès 1908, dans un premier ouvrage intitulé : Bibliothèques, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans les deux mondes (1908-1909) puis dans un second en  1910 : La Librairie publique.

La modernisation des bibliothèques françaises selon Eugène Morel

Jugeant l’état des bibliothèques françaises déplorable et non adapté au public, avec comme fil conducteur le principe d’un accès au savoir pour tous,  Morel va définir son objectif de rénovation en trois axes : rénovation du lieu bibliothèque ;  classification des collections ; formation des bibliothécaires à cette évolution.

  1. L’espace : construire des bibliothèques libres d’accès, gratuites et bien visibles de l’extérieur. Y concevoir un aménagement intérieur clair et accueillant pour changer radicalement l’image de ces lieux. La bibliothèque doit être un lieu convivial et animé où tous les citoyens peuvent aussi venir se distraire.
  2. La composition des fonds : le fonds doit être divers et actualisé pour satisfaire le plus grand nombre de lecteurs. Un espace entièrement dédié aux périodiques doit être prévu (journaux, revues, gazettes…) et un autre à la jeunesse.

Les documents doivent être prêtés gratuitement, ce qui suppose de mettre en place un service de prêt pour tous types de documents par un système de classification simple et pratique afin que chacun puisse trouver et emprunter facilement un ou plusieurs documents. L’objectif est de permettre aux lecteurs d’acquérir de l’autonomie, dans la liberté de choix qui est la leur, pour trouver ce qu’ils cherchent ou découvrir de nouvelles disciplines.

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Il est donc impératif de tenir les collections à jour et disponibles.  Morel propose à cet effet un classement par matières et un système à trois chiffres selon la méthode mise en place aux États-Unis par Dewey . Un catalogue à destination du public dans lequel chaque titre est répertorié selon sa nature et son sujet va compléter cette démarche afin que tout lecteur puisse connaitre l’ensemble du fonds et se repérer facilement dans les rayons.

La formation des bibliothécaires : un aménagement et des techniques de classement et d’accueil nouveaux qui exigent une formation appropriée du personnel.

En ce début de XXe siècle, la seule véritable formation pour les bibliothécaires est celle de l’École des Chartes, fondée en 1821, que Morel considère beaucoup trop spécialisée, trop axée sur l’histoire médiévale et la paléographie, loin des attentes du public. Toujours conformément au modèle anglo-saxon, Morel souhaite former le bibliothécaire de demain. Il expose son projet de formation pour les bibliothécaires, dans La Librairie publique :

Il faut exciter sans cesse le public, le fournir de renseignements de toute sorte, chercher pour lui, non dans d’insipides catalogues, mais en place, les volumes ou documents les plus utiles, suivre l’actualité, dresser à chaque moment l’état des ressources de la librairie sur les sujets les plus divers : une guerre, des tarifs douaniers, une loi sociale, une invention nouvelle…

Une première approche de cet enseignement voit le jour en 1910 avec la création de la section des Bibliothèques modernes fondée à l’initiative de Morel avec l’appui de la toute jeune Association des bibliothécaires français ABF . C’est donc sous la forme d’un cycle de conférences que Morel  va proposer les premiers enseignements de cours de bibliothéconomie moderniste. Un cycle qui s’étalera sur quatre ans de 1910 à 1914. Une cinquième série de conférences avait été prévue pour l’année 1914-1915, mais n’eut finalement pas lieu, la France étant entrée en guerre début août 1914. Morel a semble-t-il tenté de reconduire le programme en 1915-1916, mais sans succès. La Grande Guerre a donc mis un terme définitif aux conférences sur les bibliothèques modernes. Elles sont aujourd’hui accessibles sur le site de l’ABF.


La bibliothèque de Levallois : le premier catalogue Dewey et la première section de lecture enfantine de France.

Il s’agit alors pour Morel de convaincre les municipalités de créer des espaces proposant des collections à destination de tous les publics ! Mais la plupart restent frileuses à ce nouveau  mode de fonctionnement.
En 1911,  la municipalité de Levallois-Perret a pourtant le projet de rénover et d’agrandir les locaux de sa bibliothèque municipale créee en 1898. Ayant eu connaissance des conférences de « bibliothèques modernes » d’un certain Eugène Morel, le Conseil municipal de Levallois eut l’idée de faire appel à lui en vue de ce réaménagement. C’est pour Morel l’occasion inespérée d’introduire et de mettre en pratique en France le modèle d’organisation anglo-saxonne, modèle jusqu’alors rejeté par les gens du métier.
En deux ans, Morel va procéder à des achats massifs de documents, reclasser l’ensemble du fonds en utilisant la classification décimale Dewey avec des indices à trois chiffres, constituer une section de lecture enfantine, introduire pour la première fois  un système de libre-accès aux documents et publier un catalogue de près de 700 pages avec une longue introduction qui est à la fois un manifeste et un manuel technique pour la bibliothèque publique moderne. Toute la problématique de la bibliothèque publique y est énoncée : locaux, collections, catalogues, horaires, prêt, publicité, gestion, autonomie du lecteur, accès libre au rayon. Morel espère démontrer que ce système est applicable en France dans toutes les bibliothèques.

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Le catalogue de Levallois fut rédigé en deux ans  de 1911 à 1913 et  a donc été le tout  premier essai en France de catalogue important et systématique appliqué à une bibliothèque populaire. Tiré en 2000 exemplaires, il fut presque aussitôt épuisé.  Ce n’est qu’en 1921 que celui-ci put être réédité, au lendemain de la Première Guerre mondiale.

La conséquence de la rédaction du catalogue et de la modernisation du lieu : les prêts et la fréquentation  furent rapidement doublés.

MERCI MONSIEUR MOREL !

Cet article n’est qu’un bref aperçu de l’œuvre de Morel qui retrace les grandes lignes de son immense influence pour innover, transformer les bibliothèques et le métier de bibliothécaire. Il insiste sur le fait que c’est d’abord à la bibliothèque de Levallois que cet homme précurseur a eu l’occasion et la liberté de développer et d’instaurer ses idées. Son action à Levallois demeure un tournant dans l’histoire de la bibliothèque publique en France.
En 1911, à Levallois, pour la première fois en France, une bibliothèque a été conçue et reconnue comme une institution formatrice et culturelle destinée à un public plus large.
Ce service n’a cessé d’être au cœur des préoccupations des générations de bibliothécaires qui se sont succédé à Levallois. S’il a, aujourd’hui, largement dépassé le cadre du simple prêt de documents, force est de constater que les défis et les idées révolutionnaires de Morel restent toujours d’actualité. Au cours des dernières décennies, La Médiathèque de Levallois contribue à la modernisation des bibliothèques suivant l’évolution et les nouveaux besoins de la société. Elle propose un accès à Internet, des ressources en ligne, du prêt de livres numériques et des animations pour la jeunesse autour du numérique et ce, dans un souci constant d’intérêt général, de service pour tous les usagers et de lien social.