Un brin de clochettes pour une brassée de bonheur

Le 1er mai est l’occasion d’offrir un porte-bonheur à travers un brin de muguet. Que nous croyons en la chance ou pas, les raisons pour lesquelles les porte-bonheurs sont populaires depuis des temps immémoriaux peuvent être suffisamment convaincantes pour chatouiller notre curiosité. Si vous êtes cartésien, ce qui va suivre aura au moins le mérite, je l’espère de vous faire sourire.

Le service des archives municipales de Levallois détient une large collection de cartes postales anciennes, dont un bon nombre représente divers porte-bonheurs.

Je vous propose de faire un petit tour des différentes croyances ou superstitions.

Les superstitions sont des croyances qui défient la raison. Elles prennent généralement source dans les traditions populaires, et sont transmises de générations en générations. Les superstitieux croient que certains phénomènes ont une explication magique ou mystique, et que certaines actions comme, par exemple, posséder un porte-bonheur attireraient la chance. A l’inverse, il existe aussi des « porte-malheurs ».

Différentes superstitions à travers le monde

Chaque civilisation, chaque société a son lot de superstitions et de porte-bonheur. Si en France, comme presque partout dans le monde, croiser un chat noir peut en faire frémir certains, à l’inverse, en Grande-Bretagne ou au Japon, cela ravira les superstitieux qui le considéreront comme un porte-bonheur.

En Pologne, ce sont les écailles de carpe qui portent bonheur. Lors du traditionnel repas de Noël, une carpe est servie, et les convives gardent chacun une écaille dans leur portefeuille, leur poche, ou leur sac. Ce porte-bonheur dure une année entière, toutefois, c’est à double tranchant, car si quelqu’un perd son écaille, il sera frappé de malchance jusqu’au Noël suivant ! Cette coutume se trouve également dans les pays voisins, notamment en Slovaquie et en République Tchèque.

Le symbole de l’éléphant est un porte-bonheur commun à toute l’Asie, particulièrement présent en Inde et en Thaïlande. Il représente la force, le pouvoir, la stabilité et la sagesse. Beaucoup pensent que placer un éléphant sur le pas de sa porte apportera le bonheur dans la maison. des bijoux sont même créées avec les poils de ce pachyderme.

En Chine, c’est le Jin Chan, ou Crapaud d’Or, qui est un porte-bonheur très populaire, en Allemagne, c’est le Cochon, en Égypte, c’est le Scarabée, en Turquie et dans beaucoup de ses pays voisins, c’est le Nazar Boncuk, ou Œil bleu.

Il existe un porte-bonheur mondialement connu, censé éloigner les mauvais esprits, il s’agit de la Patte de Lapin. Cependant, dans certains pays, quelques règles particulières doivent être respectées pour que la patte d’un lapin attire la chance ! En effet, pour que ce porte-bonheur soit efficace, il doit s’agir de la patte arrière gauche de l’animal, qui doit être tué pendant la nouvelle lune !

Porte-bonheurs en France, mais pas que…

Le muguet, qui dans le langage des fleurs symbolise la fougue de la jeunesse, la joie, l’honnêteté, la discrétion, la coquetterie et… Le retour du bonheur est considéré comme porte-bonheur.

En France, la tradition du muguet de mai est officialisée en 1561 par Charles IX, qui demande à ce que le 1er mai, les dames de la cour en reçoivent un brin. Cette tradition est popularisée à la fin du XIX eme siècle par le chanteur Félix Mayol, qui à défaut de camélia ( à la mode à cette époque), en porte un brin à sa boutonnière le 1er mai 1895, lors de son tour de chant. Il fera du muguet son emblème.

Le 1er mai 1936, le muguet est associé pour la première fois à la Fête du Travail.

Si il est encore actuel d’offrir un brin de muguet à ceux à qui l’on souhaite du bonheur, il est de plus en plus courant d’envoyer un mail ou même un MMS avec une image de muguet. Il fut un temps où cette tradition utilisait les voies de la poste grâce aux cartes postales.

Le gui est lui aussi considéré comme porte-bonheur, symbole d’immortalité chez les gaulois. Pour les druides la plante signifiait «guérit tout». On lui attribuait des vertus médicinales et d’immortalité, car ses feuilles restaient vertes, même en plein hiver.

Un porte-bonheur bien connu de tous, trouve l’origine de son utilisation en Irlande, il s’agit du trèfle à quatre feuilles.

La légende raconte que Saint- Patrick utilisait un trèfle pour faire comprendre aux peuples irlandais le concept de « Sainte Trinité », et ainsi les convertir. L’origine de l’utilisation de ce symbole national irlandais remonte au Moyen-Âge.

La probabilité de trouver un trèfle à quatre feuilles, 1 sur 10 000 à peu près, explique la raison pour laquelle en trouver un est associé à une « sacrée chance » !?

Alors… à Levallois, pour « forcer » la chance au début du siècle dernier, on s’en envoyait via des cartes postales.

Le porte-bonheur le plus répandu aux États-Unis est aussi très présent en France, avec une petite nuance cependant. En effet, pour qu’il remplisse complètement son rôle, dans notre tradition, nous devons le trouver, et non l’acquérir. Il s’agit du fer à cheval !

Beaucoup de superstitieux sont convaincus que suspendre un fer à cheval au-dessus de la porte de leur maison apportera protection et bonheur au sein du foyer. Mais attention, il existe un important point de discorde sur la façon de le suspendre…

Certains pensent que les extrémités du fer à cheval doivent pointer vers le ciel, en argumentant que cette position permet de recueillir la chance.

D’autres ne sont pas d’accord, ils jugent que les extrémités doivent être tournées vers le bas afin que la chance se déverse sur ceux qui passent sous la porte.

A Levallois, on a résolu ce débat en s’en envoyant sous forme de… Cartes postales !

Mais, j’en connais qui le portent sur eux au moment de vivre une première expérience, comme par exemple, lors d’un baptême de vol en montgolfière !

En conclusion, un porte-bonheur est un objet auquel on attribue le pouvoir de porter chance, et si la plupart sont issues de croyances collectives, beaucoup d’entre nous avons un rituel ou objet fétiche qui n’appartient qu’à nous.

Alors si vous ne passez pas sous une échelle, que vous vous débrouillez pour ne pas être 13 à table, que vous ne caressez pas les chats noirs ou que vous avez peur de casser un miroir, et que vous avez un petit grigri dans votre poche, vous êtes très certainement un peu superstitieux !

Cet article vous portera, sans aucun doute, chance, alors n’hésitez pas à partager son lien !

Une aventurière hors pair ! (suite)

Dans notre précédent article, nous avions laissé Maryse Hilsz avec sa Légion d’Honneur et ses pyjamas… D’autres performances sont à porter à son actif.

Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus loin !

En avril 1933, elle relie Paris à Tokyo en 15 jours et renouvelle ce parcours l’hiver suivant par mauvais temps avec un nouvel engin de prestige. Pierre Cot, alors ministre de l’air, et Jean Moulin, son chef de cabinet, mettent à sa disposition le Bréguet 27, le fameux « tout acier », afin qu’elle puisse promouvoir l’excellence de la technologie française à travers le monde, grâce à ses divers raids.

Bréguet 27

Il s’agit d’un avion prévu pour le combat, et même si pour notre aviatrice la tourelle du mitrailleur est enlevée (au profit de réservoirs d’essence supplémentaires), cette masse de trois tonnes et demie ne se manœuvre pas comme un avion de tourisme. Rapidement, Maryse en aura une maîtrise sûre, et elle s’envole pour la seconde fois à Tokyo.

C’est lors de cette deuxième visite qu’elle offre à deux geishas un baptême de l’air. Je vous laisse imaginer sa surprise lorsque les deux jeunes filles sont arrivées en costume traditionnel, avec la coiffure rituelle et volumineuse ! Maryse les trouve splendides pour un défilé, mais pas pour une promenade dans les airs. Impossible cependant de les équiper de combinaisons de cuir, elles n’ont pas le droit d’abandonner leur tenue d’apparat, elles doivent l’arborer en toutes circonstances… Elles voleront donc dans leurs belles tenues.

De retour en France, Maryse Hilsz se lance à nouveau à corps perdu dans de nouveaux records (altitude, vitesse, parcours avec un pilote seul à bord…). Aux commandes d’un avion Potez 506, qu’elle a obtenu de haute lutte, elle pulvérise le record féminin d’altitude (toujours inégalé) le 23 juin 1936 en atteignant les 14 310 mètres.

L’aventure a failli s’arrêter là…

Le 19 décembre 1936, dans le Sud de la France, elle se risque à battre le record féminin de vitesse. Un puissant mistral crée de fortes turbulences et rend son avion incontrôlable. Heureusement, elle est éjectée de l’appareil, mais évanouie. Maryse est miraculeusement sauvée par son parachute qui ne s’ouvre qu’à moitié, mais qui amorti sa chute et la maintient à la surface d’un étang, où des pêcheurs la secourent. Elle s’en sort avec plusieurs vertèbres fêlées, des côtes fracturées et une épaule démise qui la clouent au sol plusieurs mois.

Finalement, l’aventure et les péripéties continuent

Remise sur pieds, en décembre 1937, Maryse Hilsz relève un nouveau défi et bat un nouveau record. Elle relie de nouveau Paris à Saïgon et gagne le record international de vitesse (pour un pilote seul à bord) en reliant ces deux villes en moins de quatre jours. Au retour, une panne la contraint à se poser entre Karachi et Bagdad, dans le désert où elle parvient à se maintenir en vie jusqu’à l’arrivée des secours.

À cette période, Maryse Hilsz regrette que la France, depuis une dizaine d’années, néglige son industrie aéronautique. Cela se confirme à l’arrivée au Bourget du Raid Istres- Damas-Paris, les avions français sont battus par des équipages italiens et britanniques. Maryse s’en émeut auprès de Jean Moulin, Chef de Cabinet de Pierre Cot, Ministre de l’Air. Elle exprime son indignation devant le retard de l’aéronautique française.
Le futur fondateur du Conseil National de la Résistance ne peut que subir poliment la colère de l’aviatrice.

Maryse veut attirer l’attention du public sur ce déclin, car selon elle, la France ne cesse de prendre du retard par rapport aux autres grands pays, mais comment faire ?

Dans les turbulences de la guerre

En 1939, elle croise Maryse Bastié (une autre grande aviatrice) à Dakar et lui propose, pour redonner leur fierté aux Français, de créer une croisière impériale qu’elles dirigeraient. Elle a l’idée d’aligner trois avions pilotés par six femmes. Le gouvernement est enthousiasmé par le projet, le devis est accepté mais, au moment-même où elles s’apprêtent à partir pour un raid de vingt mille kilomètres, la guerre éclate, mettant un terme définitif à toute tentative de nouveau record.

En 1939, Maryse Hilsz est réquisitionnée avec trois autres pilotes, Maryse Bastié, Claire Roman et Paulette Bray-Bouquet, pour convoyer des avions vers le front. Le corps féminin est dissous le 1er septembre 1940 avec la débâcle de l’armée française.

Maryse s’installe alors comme modiste à Aix-en-Provence, mais il s’agit en fait d’une couverture pour participer à un réseau de résistance. Elle sera promue capitaine FFI à la Libération.

En 1944, le Ministre de l’Air du gouvernement de la Libération formé par le général de Gaulle, propose de former une escadrille féminine dans l’Armée de l’Air. Maryse Hilsz intègre ce régiment avec Maryse Bastié et Élisabeth Boselli. Maryse est nommée  Lieutenant pour le Groupe de Liaisons Aériennes Militaires (GLAM).

Une catastrophe de trop

Le 30 janvier 1946, aux commandes d’un Siebel 204, Maryse Hilsz décolle du Bourget avec un petit équipage, direction Marignane. Dès le départ, la météo est mauvaise. Notre aviatrice s’accroche au manche de son appareil, mais aux alentours de Lyon, au-dessus de Bourg-en-Bresse, la tempête sévit, et l’avion est pris dans un orage qui lui fait perdre beaucoup d’altitude. Malgré une brève remontée, il explose. Ainsi s’achève les aventures de Maryse.

Avant son inhumation, un hommage militaire lui est rendu dans la cour du Val- de-Grâce le 5 février.

Elle repose au cimetière de Levallois, avec son frère et ses parents (sa mère est demeurée au 99 rue Aristide Briand, jusqu’à sa mort, en 1956, dix ans après sa fille).

Lors de sa séance du 12 février 1948, le Conseil municipal de Levallois rebaptise un tronçon de la rue Lannois en lui donnant le nom de notre aviatrice, et commande, le 14 juin 1954 un monument en sa mémoire au sculpteur Lagriffou. Depuis 1958, l’œuvre qui représente une aile d’oiseau se dressant vers le ciel, trône fièrement au milieu du parc de la Planchette.

Question indiscrète

Je vous ai parlé de ses aventures et de ses liaisons aériennes… A-t-elle entretenue une liaison amoureuse ?

Au début des années 1930, Maryse Hilsz rencontre André Salel, lui aussi pilote d’exception. Ils ont une relation passionnée, mais ne se marient pas et ne fondent pas de famille, car aucun des deux ne souhaite mettre un terme à sa carrière pour connaitre une vie paisible et sans risque. André, pilote d’essai, meurt dans l’après-midi du 18 juin 1934 avec son mécanicien, en réalisant le 2e vol d’essai du prototype d’un avion de combat. Maryse fait ériger une stèle en mémoire du pilote et de son mécanicien, à l’endroit même où l’avion s’est écrasé, à Chateaufort. Celle-ci est inaugurée un an après, jour pour jour.

Une aventurière hors pair !

Une femme déterminée et intrépide est née et a vécu à Levallois

Elle a mangé de la tortue dans une île de l’océan indien, a volé vêtue de plusieurs couches de pyjamas (mais en soie !), a été remise sur pieds par un marabout à Léopoldville (actuelle Kinshasa), a voyagé à dos d’âne en Iran pour remplir un réservoir d’huile… À Tokyo, elle a offert un baptême de l’air à deux geishas, en costume traditionnel et avec tous leurs atours ! Elle a fréquenté des ministres et Jean Moulin, a reçu chez elle Mermoz, Saint-Exupéry, Léon-Paul Fargue et bien d’autres qui faisaient partie de son groupe d’amis.

Mais elle est surtout une pionnière de l’aviation, pulvérisant différents records. Elle est aussi la première femme à avoir piloté un avion militaire. Elle a participé à la résistance, et s’est enrôlée dans l’armée de l’air.

Oups ! Je n’ai pas mentionné son nom… Je vais vous parler de Maryse Hilsz.

Marie-Antoinette Hilsz nait à Levallois le 7 mars 1901, au 25 rue Victor Hugo où réside sa famille. François Hilsz, son père, d’origine alsacienne, est tonnelier pour le compte du négociant en vins Valette, installé rue du Bois (actuelle rue Jean Jaurès) à Levallois. Sa mère, Eugénie Letourneur, est née à Paris en 1868, et elle exerce le métier de lingère.

Marie-Antoinette est la plus jeune d’une fratrie de trois : Reine née à Paris en 1891, Paul en 1897, et donc, notre future héroïne le 7 mars 1901.

Des chapeaux élégants aux casques en cuir

La famille a déménagé au 99 rue Aristide Briand (anciennement rue Gravel), et en 1911, alors que sa sœur se marie en l’Hôtel de Ville de Levallois, Marie-Antoinette, définitivement surnommée Maryse, semble turbulente. Elle descend volontiers les étages sur les rampes des escaliers en véritable casse-cou qu’elle restera toute sa vie.

En 1921, Maryse est apprentie dans la maison de confection Antoinette à Levallois. Elle y apprend le métier de modiste (fabriquant de chapeaux pour femmes) et se révèle talentueuse. L’élégance la caractérisera tout au long de sa vie. Un autre domaine passionne aussi Maryse : l’aviation.

Levallois est alors une ville où règnent les industries automobile et aéronautique. Des avions sortent des usines de Couzinet, et de Clément-Bayard. Des ateliers, s’échappent le bruit de moteurs à l’essai et l’odeur d’huile, cette ambiance particulière crée des vocations… C’est le cas pour Maryse qui se lie d’amitié avec des passionnés d’aviation et va avec eux sur les terrains admirer les prouesses de voltige et de vitesse.

Le 26 février 1924, elle saute le pas (et pas seulement le pas !) sur une impulsion. Elle se rend sur le terrain de Vincennes où un concours de saut en parachute pour les non-initiés est organisé.  Maryse s’inscrit, et si sa candidature est discutée, la détermination de la jeune femme  arrive à convaincre les organisateurs du meeting. Son inscription surprend tous les assistants, notamment en raison de son allure et de sa frêle silhouette.

On lui explique en quelques mots comment sauter, se diriger et se poser en roulé-boulé.  Contre toute attente, elle remporte le concours en étant celle qui atterrit le plus près de la cible. Son unique expérience était un baptême de l’air six mois auparavant. Elle renouvelle donc cette expérience et finit par pratiquer le saut acrobatique.

Maurice Pinat, alors directeur pour le développement de l’aviation, l’encourage dans la profession. Maryse saute beaucoup (jusqu’à s’abîmer lourdement les pieds !) dans des exhibitions, à 500 francs le saut, pour financer ses cours de pilotage, son salaire de modiste n’y suffisant pas. Notre modiste parachutiste obtient son brevet de pilote en avril 1930, et achète son premier avion, un biplan d’occasion.  Elle devient rapidement une aviatrice hors pair.

Envolée vers la grande aventure

Après avoir effectué des liaisons entre Paris et différentes capitales européennes, Maryse  tente de relier seule, sans mécanicien, Paris à Saigon aller et retour. Elle est la première femme à courir cette aventure. Elle décolle du Bourget le 12 novembre 1930 pour un périple qui lui réservera beaucoup de mésaventures. Météo défavorable à plusieurs reprises, difficultés mécaniques, financières et logistiques, atterrissages de fortune, hélice cassée… C’est lors de son retour, qu’en plein désert, elle va chercher de l’huile à dos d’âne. À son retour, le 7 février 1931, la pilote est reçue triomphalement au Bourget : elle a passionné le public par sa réussite et ses malheurs.

Portrait de Maryse Hilsz, en souvenir de son passage à Rochefort le 29 mars 1938

D’exploits en records

L’année suivante, Maryse accompagnée d’un pilote cette fois, décolle pour relier le Bourget à Madagascar en passant par le Sahara. Elle devient la première pilote à traverser ce désert. Une fois de plus, le raid n’est pas de tout repos : elle fait face à un enchainement de problèmes, et au lieu des 7 jours prévus, elle met un mois pour arriver à destination.

Le retour est pire ! Suite à de nouvelles pannes mécaniques, Maryse et son mécanicien se retrouvent naufragés de l’air sur une ile quasi déserte du canal de Mozambique, l’ile de Juan de Nova. Ils sont nourris par des pêcheurs (c’est là qu’elle mange de la tortue, et des boites de conserves avariées) et tombent tous les deux gravement malades. Ils sont secourus par un navire de la marine nationale (L’Aviso Antarès), et doivent leur salut au médecin de bord.

Ils sont transportés à Madagascar pour y recevoir quelques soins, et de quoi réparer leur avion, et rejoignent leur île. Pas tout à fait rétablie, Maryse repart avec son compagnon d’infortune, mais doit à nouveau faire escale, cette fois à Léopoldville (actuelle Kinshasa).Elle est trop souffrante et connait des accès de fièvre et de migraine trop importants pour reprendre les airs. Un médecin lui rend visite dans sa chambre de l’aérodrome, mais elle continue à perdre du poids et ne se rétablit pas. Une Africaine la prend en pitié et l’entraine voir un sorcier en forêt. De retour en ville, ses migraines ont disparu. Maryse se demandera toujours si sa guérison miraculeuse est due à de l’autosuggestion ou à la magie du marabout. Elle est de retour au Bourget dix jours plus tard.

Adrienne Bolland, autre célèbre aviatrice (à gauche) et Maryse Hilsz (à droite)

Quelques mois plus tard, sur le terrain de Villacoublay, elle s’offre son premier record féminin d’altitude. Elle grimpe jusqu’à 9 791m, emmitouflée d’une drôle de façon !

 Ce jour-là, au sol règne une température caniculaire, mais craignant à juste titre d’avoir froid (elle atteindra les -51°C), elle décide  de ne porter aucun vêtement pouvant entraver la circulation sanguine. Elle empile les uns sur les autres trois pyjamas en soie qu’elle recouvre d’une combinaison en cuir doublée de fourrure. Elle protège ses pieds par deux paires de bas de soie, deux épaisseurs de papier journal, et ne porte pas de chaussure, mais des chaussons eux aussi fourrés.

Ses mains sont recouvertes de gants de laine sous des moufles. Sur la tête, elle porte deux cagoules en soie, deux écharpes de laine autour du cou et un casque en cuir.

L’exploit (et non sa tenue) lui vaut la croix de la Légion d’Honneur.

Elle continuera à réaliser d’autres exploits et à pulvériser d’autres records… Mais vous le saurez dans le prochain épisode !

Elles

Je vous propose un dernier article sur les rues de Levallois qui ont changé de noms… La détermination des noms dans l’espace public relève de la compétence du Conseil communal. La décision d’un nom de lieu est un acte fort, avec souvent une portée politique et mémorielle.

À l’occasion de la journée internationale du droit des femmes (qui a eu lieu le 08 mars), je voulais vous faire découvrir des rues, squares et places qui ont pris le nom de femmes célèbres, qui sont liées à Levallois, ou qui ont joué un rôle au sein de notre commune. Hélas, à l’inverse, une rue et une place portaient des noms de femmes, et elles les ont perdus au profit de noms d’hommes.

Une rue et une place ont perdu leur féminité

La rue Eugénie

Rappelons qu’au début du XIXe siècle, une poignée de riches propriétaires possèdent 85% de la surface de la ville actuelle. En 1822, l’un d’eux, Jean-Jacques Perret, tente une opération de lotissement de soixante terrains sur vingt hectares. C’est ainsi que naît le Champ Perret, qui dépend de la commune déjà constituée de Neuilly-sur-Seine.

Eugénie est le prénom de la fille de Jean-Jacques Perret, mais aussi celui de la princesse de Montijo, épouse de l’Empereur Napoléon III, et Impératrice des Français (les pionniers de Levallois, étaient pour la plupart, bonapartistes). En donnant ce prénom à cette voie, il s’agit donc d’un double hommage.

Longue de 1 425 mètres, elle est percée en trois fois, à partir de 1843. En 1858, cette rue est éclairée par des lampes à huile. Le dernier tronçon sera terminé en 1910, mais elle ne portait déjà plus ce nom à ce moment-là, car elle est rebaptisée en 1883 rue Danton.

La place de la Reine Hortense

Commençons par expliquer qui est la Reine Hortense… et ce n’est pas simple : Hortense est la mère de Napoléon III, et la fille du Vicomte Alexandre François Marie de Beauharnais et de Marie Josèph Rose de la Pagerie, dite Joséphine de Beauharnais. Elle est née en avril 1783. En 1794, son père meurt sur l’échafaud, et deux ans plus tard, sa mère épouse Napoléon Bonaparte. Ce dernier adopte Hortense et son frère. Jusque-là, tout va bien ! Les choses se compliquent en 1802 lorsqu’Hortense épouse Louis Bonaparte, qui est le frère cadet de Napoléon. En effet, Hortense devient la belle-sœur de sa propre mère, et la belle-sœur de son beau-père !  Son fils sera le neveu de Napoléon, et le petit-fils de l’épouse de ce dernier… Une aspirine ?

Elle est appelée Reine Hortense car Louis, son époux, est devenu Roi de Hollande, elle est donc Reine consort de Hollande.

Revenons à Levallois. Il existe une place que tous les Levalloisiens connaissent, et qui a changé de nom à plusieurs reprises. Elle s’est appelé place de la Reine Hortense jusqu’en 1872, puis place de Cormeille jusqu’en 1926, ensuite elle a porté le nom de place Anatole France jusqu’en 1948 pour s’appeler aujourd’hui place du Général Leclerc.

Paris a aussi rendu hommage à cette Reine. Il existait une rue, une avenue, et même un boulevard de la Reine Hortense qui sont aujourd’hui respectivement la rue de l’Élysée, l’avenue Hoche et le boulevard Richard Lenoir.

Elles sont encore au milieu de nos rues

Louise Michel

En 1926, la municipalité de Louis Rouquier décide de donner le nom de Louise Michel (nouvelle fenêtre)  à la rue Vallier, mais cette décision est refusée par la préfecture.  Le Préfet motive son refus par le fait que les hommages publics ne doivent être décernés qu’à des personnalités décédées, sur lesquelles l’Histoire peut se prononcer… La Commune de Paris est un événement encore trop récent pour que la « Bonne Louise » ait une rue à son nom à Levallois. Il faudra attendre une petite vingtaine d’années pour que cet hommage lui soit rendu par décision du Conseil Municipal le 23 novembre 1945. La rue Louise Michel est la rue de Levallois portant un nom de femme la plus longue.

Marie-Jeanne Bassot

Usine de la parfumerie Oriza-Legrand

Antonin RAYNAUD (industriel et maire de Levallois de 1888 à 1890), propriétaire de la parfumerie ORIZA-LEGRAND,  installe son usine dans l’ancienne ferme de Courcelles. Cette rue porte le nom de « rue des Champs ». Elle est percée dans le prolongement de la rue Poccard (actuellement Gabriel-Péri) au-delà de la Planchette.

Par une délibération du 23 novembre 1945, le Conseil municipal la rebaptise rue Marie-Jeanne BASSOT. Ceci en hommage à la fondatrice de la Fédération nationale des centres sociaux et socioculturels de France mais aussi de la Résidence sociale de Levallois, décédée en 1935.

La rue des Champs devenue rue Marie-Jeanne Bassot change à nouveau de nom suite à une délibération du 11 décembre 1989, et devient avenue de l’Europe, coupée par une place qui a conservé le nom de M.J.BASSOT.

Mathilde Girault

Mathilde Girault

La rue Mathilde Girault est située entre la rue Baudin et la rue Paul Vaillant Couturier. Elle est dans le prolongement de la rue Antonin Raynaud.

Mathilde Girault a œuvré aux côtés de Marie-Jeanne Bassot au sein de la Résidence sociale, puis en 1920, elle adhère à l’Union Notre Dame, et crée neuf ans plus tard Le Lien pour apporter un appui aux anciennes de l’École d’Action sociale de Levallois puis à toute travailleuse sociale catholique. Elle en fut l’animatrice jusqu’en 1969.

La comtesse Greffulhe

Cette rue a porté le nom de rue Bin jusqu’en 1890. Il s’agit d’une des rares rues de Levallois qui ne décrive pas une ligne droite. Elle prend naissance place de la Libération, et se finie dans la rue André Malraux.

Félicité Pauline Marie de la Rochefoucauld d’Estissac, née en 1824, appartient à la Maison de la Rochefoucauld, une des plus anciennes familles subsistantes de la noblesse française. En 1846, elle épouse le Comte Charles Greffulhe, banquier et homme politique. En 1873, la Comtesse Greffulhe fonde un hospice à Levallois, rue de Villiers, dirigée par les sœurs de Saint Vincent de Paul. Cet établissement recevait gratuitement « des femmes de 70 ans au moins, non atteintes de maladies incurables ou contagieuses, et présentant un certificat de bonne vie et mœurs ». Il semble bien que l’hospice Greffulhe, a été fondé surtout au départ pour les domestiques âgées dont on n’avait plus besoin.

La fondation Greffulhe a évolué, déménagé, mais une rue portant le nom de cette comtesse lui rend encore hommage.

Maryse Hilsz

La rue Maryse Hilsz relie le parc de la Planchette au parc de la Mairie. Jusqu’en 1948, elle s’appelait rue Lannois.

Maryse Hilsz est une Levalloisienne, née en 1901, et pionnière dans son domaine : l’aviation. Après avoir relevé plusieurs défis et battu de nombreux records, elle s’engagera lors de la seconde Guerre mondiale dans la résistance, puis fera partie du premier corps de pilotes militaires féminins. Le 30 janvier 1946, victime du mauvais temps, elle trouve la mort dans le crash de son avion. Elle est inhumée au cimetière de Levallois.

Édith de Villepin

Lors de la séance du Conseil municipal du 28 mars 2002, la collectivité prend la décision de renommer l’espace vert appelé par usage « square Trézel ». En hommage à Madame Édith de Villepin, Maire adjoint à la petite enfance, décédée en 1995, alors qu’elle était encore en fonction, ce square porte son nom.

Cécile Vannier

L’allée Cécile Vannier est créée lors de la séance du Conseil municipale du 1er octobre 2020. C’est un hommage à cette jeune lycéenne levalloisienne, victime de l’attentat au Caire alors qu’elle y était en séjours de vacances. Il s’agit d’une nouvelle voie, située entre la rue de la gare et l’impasse Gravel.

 

« Comme elle au monde, il n’y en a pas deux… » (suite)

Après Comme elle au monde il n’y en a pas deux (première partie) où nous avions laissé Marguerite Boulc’h, dite Fréhel, tout à son bonheur de femme amoureuse, voici la suite de son épopée…

Elle s’exile pour survivre

Le chanteur à succès, Maurice Chevalier, la trompe et la quitte à son tour pour Mistinguett (nouvelle fenêtre). Elle tente de se suicider, sans succès, commence à boire, et à requérir l’aide des paradis artificiels à travers l’éther et la cocaïne. En désespoir de cause, elle part pour un long voyage vers l’Orient, pendant plus de dix ans : elle commence par Saint-Pétersbourg, où elle est invitée par la Grande Duchesse Anastasie. En 1916, elle est en Roumanie, puis elle s’installe à Constantinople. Elle fuit une vie sentimentale ravagée, mais emmène avec elle ses mauvais démons.

Lors de son séjour en Roumanie, elle tombe amoureuse d’un soldat, Eugène, et ils se fiancent. Ils deviennent rapidement l’objet de la jalousie d’un général, lui aussi épris de Fréhel, qui expédie Eugène au front. Il y trouve la grande Faucheuse, pour le plus grand désespoir de Marguerite.

Difficile retour parmi son public

En 1923, elle se décide à rentrer à Paris où elle est rapatriée d’urgence, complétement droguée. À son retour en France, elle a beaucoup changé : ses traits se sont épaissis, et elle a ce visage de matrone des faubourgs qu’elle gardera jusqu’à la fin de sa vie.

Elle renoue rapidement avec le succès, en remplissant l’ Olympia dès 1924, où elle est présentée comme « l’inoubliable inoubliée ». Cette femme meurtrie et affaiblie « chante la poisse, la débine, la misère » avec une voix rauque, qui tort les tripes et bouleverse le public en donnant vie au Paris des « petites gens ». Elle dira : « c’est la vie qui m’a dressée, la rue qui m’a faite telle que je suis, avec mes qualités et mes défauts, la rue qui m’a appris à chanter ».

Le cinéma réclame sa « gueule ». Elle tourne beaucoup, joue successivement dans Cœur de Lilas avec Jean Gabin (1933), film dans lequel son personnage porte le nom de La douleur, Pépé le Moko (1937), Le roman d’un tricheur, la Java, La maison du Maltais… Au final, elle joue dans 17 films.

Images tirées du film Cœur de lilas

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Fréhel signe un contrat avec l’organisation « la force par la joie », et part chanter dans des stalags en Allemagne. Elle souhaite entretenir le moral des soldats, et leur donner des nouvelles de leur famille. Ce contrat lui sera reproché après la guerre, car « la force par la joie »(nouvelle fenêtre) est une organisation de loisirs contrôlée par l’État nazi. Elle admet avoir chanté pour des officiers allemands, car elle n’a pas eu le choix, mais raconte avoir aidé des prisonniers à s’évader.

La dégringolade continue

En 1946, totalement ruinée, elle est accueillie dans un hospice du Vésinet. Ses amis font tout pour l’en sortir, et lui trouvent un petit logement dans Pigalle.

Robert Giraud et Pierre Merindol ouvrent un cabaret « les Escarpes », et ont l’idée d’organiser le bal des tatoués (nouvelle fenêtre). Ils font appel à Fréhel, lui promettant un cachet confortable.

Contente de renouer avec ses spectateurs, juchée sur des caisses de vin et accompagnée de Léon la lune, clochard parigot et musicien, elle se produira quelques mois malgré les cachets qui ne lui sont pas versés.

Elle ne se relèvera jamais de ses drames passés. C’est dans une chambre sordide d’un hôtel de passe, au 45 rue Pigalle, complétement démunie, qu’elle meure seule le 3 février 1951. Une foule importante assistera à son enterrement, au cimetière de Pantin.

La chanson réaliste

Aristide Bruant (nouvelle fenêtre) en est certainement l’inventeur. Dans son cabaret de Montmartre, le Chat noir, il chante durant les années 1890 d’une voix puissante, en langage argotique, le sort tragique des ouvriers urbains, né de l’exode rural et de la première révolution industrielle, des apaches et des filles perdues.

Rapidement, la chanson réaliste, genre musical à part entière, devient une spécialité plutôt féminine, et Fréhel en est une pionnière. À partir de 1908, avec Damia, elles triomphent en jouant, en vivant leurs chansons qui deviennent alors de véritables mélos.

Les thèmes récurrents de ces chansons traitent de sujets dramatiques gravés d’une noirceur certaine, souvent inspirés par le quotidien des quartiers populaires de Paris. Les chansons évoquent la pauvreté, les difficultés sociales, la difficile condition des femmes, et autres malheurs du « petit peuple ». Leurs personnages sont généralement prisonniers de leur misère, de leur classe sociale modeste, de leur passion amoureuse…

La chanson réaliste française, de par les sujets qu’elle aborde pourrait être une cousine du blues américain et du gospel.

Fréhel a marqué de son empreinte la scène musicale française. Nombre d’artistes se réclament de son influence, entres autres et dans le désordre: Jacques Higelin, Serge Gainsbourg, Renaud, Brigitte Fontaine, Mano Solo…

« Quand j’ai trop le cafard, je change d’époque. Je pense à ma jeunesse. Je regarde ma vieille photo et je me dis que je suis devant une glace » (célèbre réplique tirée du film Pépé le Moko, que Fréhel s’est plu à reprendre à plusieurs reprises).